Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.

29 avril 2009

Démocratie à la mode Raiffeisen


Je me souviens il y a quelques années avoir vu à la télévision une assemblée des actionnaires de l’UBS où deux ou trois « gros » actionnaires, debout au premier rang, mettaient à eux seuls en minorité une salle entière de petits actionnaires en colère. Une telle chose n’est évidemment pas possible dans une coopérative comme la banque Raiffeisen des Montagnes neuchâteloises, qui a tenu son assemblée le 24 avril dernier : la voix de chacun des 619 coopérateurs présents au Locle avait la même valeur. Etant de ceux qui croient que la démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes des entreprises, j’y ai proposé que Raiffeisen Montagnes neuchâteloises prenne position contre les salaires abusifs des dirigeants de Raiffeisen Suisse et se prononce en faveur d’un plafonnement à 600 000 francs par an du salaire du directeur, qui se déplacerait paraît-il en jet privé et gagnerait un ou deux millions par année (Je m’excuse de l’imprécision, mais le Conseil d’administration de Raiffeisen Montagnes neuchâteloises n’a pas été en mesure de me donner des chiffres plus précis, faisant preuve d’un étonnant manque d’intérêt pour un sujet qui devrait pourtant le concerner au premier chef).
Je dois avouer que j’ai un peu honte de ma modération presque extrémiste, sachant ce que 600 000 francs représentent pour la plupart des gens, sachant aussi que nombreuses personnes dont l’activité demande des qualités bien plus pointues que celles d’un directeur de banque se contentent de rémunération infiniment moins élevés. Bien des banquiers nous ont d’ailleurs prouvé ces derniers temps que les salaires pharaoniques ne sont nullement une preuve de compétence. 
Pourtant, le président du Conseil d’administration a refusé de mettre ma proposition au vote, sans même m’expliquer pourquoi il s'y  opposait. Il m’a simplement expliqué que le Conseil d’administration détient la prérogative exclusive de fixer l’ordre du jour de l’Assemblée des coopérateurs, dont les compétences sont ainsi extrêmement réduites, puisqu'elle doit se contenter de dire "oui" ou "non" à ce qu'on lui propose. Et c’est ainsi que j’ai découvert les limites de la démocratie à la mode Raiffeisen... Reconnaissons malgré tout que la fondue chinoise offerte était excellente.


Non publié

09 avril 2009

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?
Les économistes les plus en vue critiquent sévèrement le nouveau plan de sauvetage des banques américaines…

« J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Voilà ce qu’Hans-Rudolf Merz répondait le 8 novembre de l’an dernier aux journalistes du Temps qui l’interrogeaient au sujet du « joli cadeau » accordé à l’UBS. Merz disait la vérité, mais à hauteur de moins de 10%, soit les 6 milliards de francs suisses prêtés par la Confédération à l’UBS.
Les journalistes du Temps se gardaient bien de lui poser la question qui fait mal : que pensez-vous donc des 54 milliards de dollars avancés par la Banque Nationale Suisse ? Rappelons que la BNS prête cette somme, supérieure au budget annuel de la Confédération, dans une « société à but spécial ». En cas de faillite de cette société, une partie de l’argent prêté pourra être perdu par la BNS, sans possibilité de le réclamer à l’UBS, même si celle-ci retrouve le chemin du profit dans l’intervalle. Cette éventualité est tout sauf improbable, quand on sait que le « but spécial » en question est de racheter à l’UBS des « actifs pourris » à un prix d’achat fixé par des « experts », qui sera à n’en pas douter un prix « politique », un prix que personne d’autre n’est prêt à mettre.

Marché faussé
Confronté au même problème que la Confédération, Barack Obama a choisi une « solution » similaire. Personne sur le marché n’est prêt à acheter les actifs pourris à un prix que les banques pourraient accepter sans se retrouver immédiatement en faillite. Donc, il faut les racheter au prix fort avec de l’argent public. 
Toutefois, plutôt que sur des experts, l’administration américaine compte sur le marché pour fixer le prix. Mais comment faire pour que ce prix soit artificiellement surévalué ? Comment convaincre les investisseurs d’acheter des actifs trop cher, c’est à dire en sachant qu’une baisse est beaucoup plus probable qu’une hausse ? Personne ne serait assez fou pour faire un tel pari, à moins de pouvoir jouer l’argent de quelqu’un d’autre, en l’occurrence celui des contribuables américains.
Afin de fausser le marché dans le sens désiré, l’Etat américain a lancé récemment un programme permettant aux investisseurs de créer des fonds d’investissements publics-privés, destinés à racheter des actifs pourris. L’argent nécessaire sera avancé à 93% par l’Etat, à raison de 86% sous forme de prêt et 7% sous forme d’actions du fonds. Un investisseur peut donc acquérir des actifs pourris en avançant seulement 7% de leur prix, ce qui correspond à la moitié des actions du fonds. En cas de faillite du fonds, le prêt de l’Etat ne sera pas remboursable.
De ces petits montages entre amis, il résulte qu’en cas de baisse des actifs, l’Etat peut perdre jusqu’à 13 fois plus d’argent que l’investisseur ! En revanche, si le prix des actifs monte, le gain est partagé à 50-50 entre l’investisseur et l’Etat, qui sont actionnaires à parts égales, bien que l’Etat ait investi 11 fois plus! Dans l’hypothèse où le prix d’un paquet actif augmenterait de 50%, le gain de l’investisseur serait de 350% de la mise de départ, alors que l’Etat ne gagnerait que 27% de sa mise !

Obama pire que Bush ?
Certains des plus fameux économistes américains ont vertement critiqué ce plan, dont les deux prix Nobel classés « à gauche » que sont Paul Krugman et Joseph Stieglitz, ce dernier estimant qu’il s’agit d’« un partenariat dans lequel un partenaire vole l’autre ». Même pour Jeffrey Sachs, néo-libéral promoteur des thérapie de choc, le plan de l’administration Obama est « une tentative à peine voilée de transférer des centaines de milliards de dollars d’argent public aux banques commerciales, en achetant aux banques des actifs toxiques bien au dessus de leur valeur de marché… Pas étonnant que la capitalisation boursière des banques ait augmenté de 50% ».
Sachs considère même que du point de vue du contribuable américain, le nouveau plan est pire que celui adopté l’automne dernier à l’époque de George W.Bush.  Il met également en évidence un autre effet pervers du système : si les banques veulent racheter leurs propres actifs pourris à des prix surfaits avec l’argent de l’Etat, en avançant seulement 7% de la somme, il sera très difficile de les en empêcher, car “il y a des tas de manières de le faire indirectement, comme par exemple acheter les actifs d’une autre banque qui en retour achètera les vôtres”.

Aucune excuse
Le plan de l’admnistration américaine, pas plus que les cadeaux fait à l’UBS, n’est nécessaire pour sauver l’économie. Rien ne justifie ces détournements d’argent public. Pour Jeffrey Sachs, « il existe d’excellentes alternatives ». Il propose par exemple de fonder une « bonne Citibank », qui reprendrait les activités viables, pendant que l’entreprise originelle, la « mauvaise Citibank », garderait les actifs pourris. Les actions de la « bonne Citibank », propriété de la « mauvaise Citibank », serviraient à indemniser les créanciers et les actionnaires de cette dernière, destinée à être liquidée.
Bien évidemment, un tel plan aurait également pu s’appliquer à l’UBS. Mais peut-être eût-il fallu que les principaux partis au pouvoir, ici comme aux Etats-Unis, n’aient pas été stipendiés par les banquiers…

25 mars 2009

Péclet et la défense hypocrite des rentiers

Défendre les rentiers du capital en faisant semblant de défendre le mérite des travailleurs : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet s’inquiète du « risque de passer d’une extrême à l’autre ». Il trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, qui est pourtant le cœur du problème. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, je suis sûr que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société.

21 mars 2009

Subvention communale pour les lave-vaisselle


« Le métal que nous récupérons n’est pas assez propre ! » C’est ce que le Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, présent in corpore hier soir à Espacité, tenait à faire savoir à la population. Cause du problème : les gens ne lavent pas assez bien les boîtes de conserves usagées. Beaucoup se contentent de nettoyer à la main, alors que les instructions figurant sur les bennes de récupération sont pourtant sans ambiguïté, comme nos lecteurs pourront le vérifier sur la photo ci-contre.  « Beaucoup trop de bactéries  survivent sans aucune difficulté à un lavage à la main et sécrètent ensuite des acides qui rendent problématique la cohésion du métal en fusion ». Pour assurer un recyclage optimal, le lave-vaisselle est indispensable.
Malgré tout, nos autorités reconnaissent qu’il n’est pas à la portée de tous d’accomplir ce devoir civique. « Il faut bien se rendre compte que tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter un lave-vaisselle », nous a rappelé un conseiller communal, « la Ville serait mal venue de faire la morale à ces gens sans leur donner les moyens d’agir ». Raison pour laquelle les personnes qui ne posséderaient pas encore de lave-vaisselle et auraient des difficultés à en acheter un peuvent dès à présent d’adresser à l’administration communale, qui leur octroiera, selon leur situation, des aides ciblées sous forme de prêts ou de dons. 

Non publié

Capital et travail: qui mérite quoi?


Défendre les privilèges en faisant semblant de défendre le mérite de ceux qui travaillent dur : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, alors que c’est bien ce dernier qui est la cause de la plus grande partie des inégalités. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, j’espère que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société. 

15 mars 2009

Endettement : agir à la source du problème



L’impartial et l’Express du 13 mars nous apprennent que nous sommes «
champions de Suisse » de l’endettement et que le conseiller d’Etat
Roland Débely veut « comprendre les mécanismes », puis « définir des
mesures » pour « atténuer les effets néfastes». On peut pourtant se
demander si le gouvernement cantonal ne devrait pas commencer par
balayer devant sa porte. Rappelons en effet qu’il a renoncé à
introduire un prélèvement à la source de l'impôt alors que les retards
de payement sont une cause importante de paupérisation, même pour les
« bons contribuables ». Ayant moi-même aidé les gens à remplir leurs
feuilles d’impôts au secrétariat du POP (qui est spécialisé dans cette
tâche depuis pas mal d’années), j’en ai rencontrés beaucoup qui ne
savaient pas que les bulletins de versement qu’ils reçoivent au cours
de l’année ne reposent que sur des estimations. Ayant tout payé
ponctuellement, ces contribuables expriment une stupéfaction
désespérée lorsque je leur explique qu’ils devront encore verser des
milliers de francs. L’Etat devrait, au strict minimum, mieux informer
les populations à risque : jeunes en fin de formation, étrangers qui
obtiennent un permis C (et ne sont donc plus imposés à la source comme
les permis B), chômeurs dont le revenu augmentera lorsqu’ils
retrouveront du travail.
L’autre source d’endettement importante est bien sûr le petit crédit.
Là encore, la volonté affichée par le Conseil d’Etat contraste avec
les affiches publicitaires omniprésentes qui incitent les gens à
s’endetter à des taux d’intérêts très élevés, alors que dans bien des
cas d’autres solutions existent (par exemple, négocier des facilités
de payement avec le dentiste coûte moins cher que d’emprunter à 12%).
La publicité jouant un rôle très important dans l’éducation de la
population, il semble évident que des messages incitant les gens à se
mettre dans la m… devraient être interdits. Si M.Debély voulait nous
convaincre de sa bonne foi, il devrait prendre clairement position en
faveur d’une loi fédérale allant dans ce sens.

09 janvier 2009

Avancée démocratique: inquiétude des autorités helvétiques.

Plus de 60 000 signatures valables ont été récoltées contre la loi sur le
passeport biométrique. Phénomène extraordinaire, car, comme nous le disent
l'Impar et l'Express du 8 janvier, "ce résultat n'a pas été obtenu par une
grande organisation politique ou de société civile: c'est le résultat des
efforts de groupes de jeunes qui ont su exploiter Internet en leur faveur"
(même si L'Impar et l'Express omettent de mentionner certaines
organisations ayant participé à la récolte de signatures, comme par
exemple le POP et le fan-club du FC Zurich).
Le vice-chancelier de la Confédération nous le rappelle: "Il n'y a eu
aucun vrai débat préalable lorsque la question a été discutée aux
Chambres". Il est réjouissant de
constater que les citoyens, ne se sentant pas représentés par le monde
politique, ont décidé d'agir.
Bizarrement, nos autorités semblent plutôt s'inquiéter de cette
vitalité démocratique. Le Conseil fédéral a entamé une réflexion,
préoccupé non par le fait que la loi avait été votée sans vrai débat,
mais au contraire par la réaction des citoyens, parce qu'il serait
devenu trop facile, à cause d'Internet, de récolter des signatures.
Nos ministres reprendraient-ils à leur compte la fameuse phrase de
Berthold Brecht: "le gouvernement a perdu la confiance du peuple, il
faut changer le peuple"?
Cette fantastique récolte de signature m'amène à en espérer d'autres,
notamment au sujet du scandaleux montage financier concocté l'an
dernier au profit de l'UBS. Pour être bref, et contrairement à ce
qu'avancent MM. Merz et Couchepin, tout a été combiné pour que cette
banque ne doive pas rembourser la totalité de l'argent qu'on lui
prête. Devant ce scandale, le recours à la démocratie directe s'impose
et l'idée d'une initiative fédérale a été avancée dans ce canton à la
fin de l'an dernier. Les événement récents m'incitent à espérer que
les pessimistes se trompent quand ils affirment que la récolte de 100
000 signatures représenterait une tâche trop gigantesque pour être
réalisée sans le soutien d'un grand parti politique.

20 novembre 2008

INITIATIVE ANTI-CADEAUX


 Ce texte, envoyé un peu partout, représenta une tentative un peu don-quichottesque d'attaquer l'UBS. Isolé, manquant d'expérience, sans les qualités nécessaires pour entraîner les foules, je finis par laisser tomber. Merci à la télévision neuchâteloise Canal Alpha et à RTN qui m'ont donné la parole. Toutefois, je reste persuadé que pour une telle initiative, même pas de gauche, les signatures auraient pu être récoltées comme des petits pains.


Ceci est un appel adressé à tous les citoyens et citoyennes de ce pays, en vue de former un comité pour lancer une initiative fédérale. Il s'agit tout simplement de garantir qu'UBS soit tenue de rembourser l'argent qu'on lui avance, au même titre que n'importe quel citoyen et n'importe quelle PME. Cette exigence n'est ni de gauche ni de droite : il s'agit simplement de faire respecter des principes élémentaires d'équité.
La teneur de l'initiative devrait être en gros la suivante, sous réserve d'examen par un juriste :
1)      Si la Confédération ou la BNS fournissent une aide financière à une entreprise en difficulté, elles n'ont pas le droit de conclure des accords qui pourraient amener à une situation telle que de l'argent public soit perdu alors que dans le même temps les actionnaires de l'entreprise en gagneraient de nouveau.  
2)      L'initiative entre en vigueur avec effet rétroactif au 1er janvier 2008. La Confédération et la BNS entreprennent toutes les démarches possibles, en modifiant la législation si cela est possible et nécessaire, en vue de récupérer l'argent qu'elles auraient pu perdre à la suite d'accords conclus avant l'adoption de l'initiative.

LES FAITS
Il est important de comprendre qu'il y a deux prêts :
1)  La Confédération prête 6 milliards de francs à l'UBS, à 12,5 %. Cette somme sera convertie dans deux ans en actions UBS, au prix de 20 francs par action.
 http://www.news-service.admin.ch/NSBSubscriber/message/fr/22019
2)  La BNS prête 54 milliards de dollars à une « société à but spécial », constituée pour l'occasion et qui aura son siège aux Îles Cayman,  qui a pour but de racheter des « actifs illiquides » de l'UBS à hauteur de 60 milliards de dollars et de les revendre au cours des années à venir.
Les 6 milliards de francs prêtés par la Confédération à l'UBS doivent lui permettre d'investir 6 milliards de dollars dans la « société à but spécial ».

Qu'on le déplore ou s'en félicite, il semble probable que la majorité des citoyens de ce pays admette qu'il est nécessaire de sauver l'UBS de la faillite. A ce titre, il n'y a pas grand-chose à redire à un prêt à 12,5% de la part de la Confédération. La conversion du prêt en actions UBS est peut-être plus discutable, car la Confédération pourrait perdre de l'argent dans l'éventualité où l'action UBS baisserait. Toutefois, ce risque est compensé par les gains importants que la Confédération pourrait engranger si le cours de l'action remonte, comme le pense Hans-Rudolf Merz (Le Temps, 8.11.08). En outre, si la Confédération perd de l'argent, les actionnaires en perdront aussi. Dans, l'ensemble, l'accord passé entre la Confédération et UBS peut donc sans doute être qualifié d'honnête.
En revanche, le prêt de la BNS s'apparente à un cadeau pur et simple au bénéfice d'UBS. Il importe de se demander pourquoi la BNS prête de l'argent à une « société à but spécial » plutôt que directement à l'UBS. La raison, évidente, figure dans le communiqué de la BNS : « UBS pourra ainsi être déchargée de l'essentiel de son exposition résiduelle aux segments à problème du marché du crédit ». http://www.snb.ch/fr/mmr/reference/pre_20081016_1/source/pre_20081016_1.fr.pdf
Traduit en clair, cela veut dire que la BNS sera exposée à la place de l'UBS. Certes, tant que les pertes ne dépassent pas six milliards de dollars, elles seront à la charge de l'UBS. Mais tout ce qui dépassera ce montant représentera une perte sèche pour la Banque nationale. Selon le directeur de la BNS Jean-Pierre Roth « la diversité des actifs toxiques repris devrait permettre de limiter les dégâts ». (Le Temps, 17 octobre)  Ce qui sous-entend clairement que dégâts il y aura.
Il est impossible de prédire la somme que la « société à but spécial » tirera des 60 milliards d'actifs illiquides (qu'on appelle aussi « actifs pourris » ou « actifs toxiques ») qu'elle sera chargée de liquider. Une grande partie de ces actifs n'étant plus négociés sur le marché, leur prix d'acquisition par la « société à but spécial » sera fixé par une « expertise indépendante » qui fait un peu sourire, car personne ne peut savoir combien valent réellement ces actifs (n'oublions pas que ce sont les projections erronées d'« experts » qui ont mis UBS au bord de la faillite). Seule certitude: la BNS va payer un prix que personne d'autre au monde n'est prêt à mettre, car c'est la raison même de son intervention. La soi-disant « expertise indépendante » fixera donc le prix selon des critères politiques et il serait tout à fait inattendu que la « société à but spécial » fasse du bénéfice. Il est beaucoup plus probable qu'elle essuie des pertes qui seront répercutées sur la BNS, pendant que l'UBS assainie en profitera pour retrouver la voie des profits…

LES RAISONS D'AGIR
Il est prévu que le prêt de la Confédération soit soumis à l'approbation de l'Assemblée fédérale, mais celle-ci n'aura rien à dire concernant les 54 milliards avancés par la BNS, car celle-ci est indépendante du pouvoir politique. Pourtant, il s'agit bel et bien d'argent public. Rappelons que la BNS verse la plus grande partie de ses bénéfices à la Confédération et aux Cantons http://www.snb.ch/fr/iabout/snb/org/id/snb_org_indep. Il est donc fondamental que les citoyens de ce pays réagissent et appellent les gouvernements de leurs cantons respectifs à se joindre au mouvement de protestation.
Le lancement de l'initiative exercera une pression sur les experts qui décideront (avec des méthodes aussi objectives qu'une boule de cristal) de la quantité d'actifs illiquides que la société à but spécial recevra en échange des 60 milliards. Ainsi, nous pouvons contribuer immédiatement à limiter la quantité d'argent public perdu par la BNS au bénéfice d'UBS.
Lorsque l'initiative passera devant le peuple dans quelques années, si on s'aperçoit que la BNS a perdu de l'argent alors que l'UBS en gagne de nouveau beaucoup, on peut espérer que la majorité de la population estimera alors qu'il serait juste que l'UBS rembourse. L'effet rétroactif prévu par l'initiative deviendra alors très intéressant. La clause rétroactive a volontairement été formulée de manière imprécise, car il n'est pas sûr qu'il soit juridiquement possible de revenir sur un accord conclu par une autorité étatique. Mais même si les démarches de la Confédération pour récupérer l'argent de la BNS se limitent à une simple demande adressée à UBS sans contrainte juridique, on ose espérer que la pression d'un vote populaire amènerait UBS à céder.
Même si c'est le cadeau fait à UBS qui détermine le lancement de l'initiative, sa formulation est générale et devrait permettre de limiter à l'avenir d'autres faveurs abusives aux grandes entreprises.

FORMATION D'UN COMITE D'INITIATIVE
J'adresse ce message, en tant que simple citoyen de condition modeste, à un maximum de représentants du monde politique, du monde associatif et des médias. Mon fichier d'adresses étant tout à fait incomplet, je vous prie de diffuser ce document aussi largement que possible, en particulier en dehors du Canton de Neuchâtel et dans les autres régions linguistiques. Si les milieux les plus divers acceptent de s'engager, l'effort de chacun dans la récolte de signatures restera modéré.
J'invite les personnes, associations ou partis politiques intéressées à me contacter en vue de former un comité d'initiative (dont je ne souhaite pas forcément faire partie à titre personnel et que je ne veux surtout pas présider). Toute personne prête à traduire ce texte dans les autres langues nationales est bienvenue.                                                                                                                                      
La Chaux-de-Fonds, le 20 novembre 2008

08 novembre 2008

UBS : Mensonge par omission

Il y a de quoi tomber à la renverse en lisant le Temps du 8 novembre. Lorsque les journalistes Bernard Wutrich et Willy Boder interrogent Hans Rudolf Merz au sujet du « joli cadeau » que représentent les 60 milliards de dollars avancés à l’UBS, notre ministre répond simplement : « J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Réponse vraie, mais vraie pour moins de 10%. En effet, le prêt de la Confédération ne représente que 6 milliards de CHF, alors que la BNS avance 54 milliards de dollars pour acheter des « actifs pourris », prenant ainsi le risque de perdre un très très gros paquet dans l’aventure, pendant que les actionnaires de l’UBS assainie continueront à toucher des dividendes.
« La Confédération ressortira gagnante », nous assure M.Merz. Mais on aurait vraiment aimé entendre son avis concernant la BNS. Que chacun décide qui fait le plus mal son travail : un conseiller fédéral qui ne répond qu’à 10% d’une question, ou bien les journalistes qui publient une telle réponse sans esprit critique ?

17 octobre 2008

Argent public détourné pour l'UBS

Je suis peut-être méfiant de nature, mais « les actifs toxiques » ne m'inspirent pas confiance. « La banque centrale assume tous les risques, car UBS - à qui la gestion des actifs sera déléguée - est totalement déliée de l'obligation de rembourser s'il y a des pertes », nous apprend Le Temps (17.10). Jean-Pierre Roth, directeur de la Banque nationale suisse, ne me rassure guère lorsqu'il affirme que « la diversité des actifs toxiques repris devrait permettre de limiter les dégâts ». Car cela sous-entend que dégâts il y aura, sous forme de cadeaux purs et simples des contribuables aux actionnaires de l'UBS. Même un petit pourcentage des 54 milliards avancés par la Banque nationale suisse, cela fait une somme rondelette.
Il était pourtant élémentaire d'éviter cela. La nécessité de sauver l'UBS n'est en rien une excuse à ce qui ressemble à un détournement de fonds pur et simple. Car on aurait pu exiger que les prévisibles pertes sur les actifs toxiques soient à la charge de l'UBS. Il serait tout simplement normal qu'on bloque tout versement de dividendes aux actionnaires tant que l'Etat n'aura pas été remboursé.
On a un peu trop tendance dans cette crise, à concentrer la critique sur les rentes abusives des PDG (refusons-nous à parler de salaires).  C'est oublier que les dividendes des actionnaires sont encore moins le fruit légitime d'un travail et que la seule chose qui les justifie, c'est que la mise de départ peut être perdue. Rappelons en effet qu'en cas de faillite, les actionnaires ne peuvent recevoir de l'argent que si tous les autres créanciers ont pu être remboursés au préalable.  
En mettant sur pied un montage financier où les pertes seront épongées par la collectivité alors que les actionnaires encaisseront de nouveau des dividendes dans un avenir proche, le Conseil fédéral, qui semble avoir oublié les principes les plus élémentaires du capitalisme, fait de nous une république bananière. Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas rembourser les gens qui perdent au casino? 

Lettre de lecteur publiée dans le Temps, octobre 2008

26 septembre 2008

LETTRE OUVERTE A M.WILLEMIN



Monsieur le rédacteur en chef,

Au cours du débat du mercredi 24 septembre au Club 44, un spectateur vous a interrogé au sujet des profits de l'Impartial et l'Express. Vous avez donné au public présent l'impression d'une étrange ignorance.
Vous ne vous êtres apparemment jamais soucié de savoir combien les journaux que vous dirigez rapportent à leur propriétaire, le mystérieux M.Hersant que vous n'avez paraît-il vu qu'une seule fois, mais dont on peut soupçonner qu'il a envie de réaliser quelque profit financier grâce à ses acquisitions dans la région. Vous n'ignorez sans doute pas que nous vivons dans un monde où les gens riches estiment que leur argent leur donne droit à un revenu; où celui qui, ayant placé 1 millions, touche 100 000 francs par année (sans fournir aucun travail en contrepartie) aimerait en recevoir 150 000.
Lors de l'apéritif qui a suivi le débat, nous étions plusieurs à nous dire que le montant des profits de M.Hersant, s'il n'intéresse peut-être pas pas le rédacteur en chef que vous êtes, est d'un très grand intérêt pour les lecteurs. Vous avez souligné à plusieurs reprise à quel point les gens sont attachés à leurs quotidiens régionaux: ne seraient-ils pas en droit de savoir quel proportion de leurs frais d'abonnement finissent dans les poches du nabab qui s'est payé un élément si important de la vie des Montagnes neuchâteloises et des régions environnantes?

20 septembre 2008

Pourquoi je ne suis pas communiste

Avant la conférence du PST, le Neuchatelois, Christophe Schouwey, défend un parti « capable d’accueillir tous les militants potentiels ».
A l’heure où le Parti suisse du Travail envisage sérieusement de s’appeler « Parti communiste suisse », il est important de rappeler que tous ses membres ne se considèrent pas comme « communistes ». Ne pouvant parler au nom de tous, je n’exposerai dans ici que ma vision personnelle, même si je pense que de nombreux camarades me rejoignent sur bien des points.
J’étais communiste à quinze ans. Je rêvais d’une société sans argent, formée de citoyens suffisamment responsables pour travailler bénévolement et consommer sans abuser. D’ailleurs, tout le monde agit de temps à autre dans l’intérêt collectif sans chercher d’avantage personnel, que ce soit en travaillant bénévolement ou simplement en triant ses déchets. Plus ces comportements seront répandus, mieux nous vivrons ; peu importe que l’on appelle cela « communisme », « christianisme », « islam », « humanisme » ou « sens civique ». Mais je ne crois plus que toute la société puisse reposer sur ce principe et que des gens ordinaires tels que moi-même puissent construire une société complètement communiste. J’éprouve la même sympathie pour ceux qui croient à un futur communiste que pour ceux qui croient en un Dieu d’amour, mais je suis incroyant dans les deux cas.
Chacun choisit sa vie
Le peuple n’étant pas spontanément communiste, on a parfois envie que l’Etat l’y force. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en partie, en Suisse comme ailleurs, et c’est très bien ainsi. Des institutions comme l’impôt progressif, les assurances sociales et bien d’autres, que le Parti a toujours défendues, sont inspirées de la devise communiste « de chacun ses capacités, à chacun ses besoins ». Ce principe contribue à rendre notre société plus humaine et plus juste. Mais un Etat qui le pousserait jusqu’à son extrême limite, décidant des capacités et besoins de chacun dans les moindres détails, ne serait-il pas liberticide ?
Certains souhaitent avoir un minimum de soucis et un maximum de temps libre, pendant que d’autres aspirent aux responsabilités et sont prêts à travailler quatre-vingts heures par semaines. Ceux qui attachent peu d’importance aux biens matériels sont perplexes face à ceux qui rêvent de luxe et sont prêts à trimer comme des fous, contribuant de la sorte à la prospérité commune. Au nom de quoi devrions-nous empêcher chacun de choisir sa vie ?
Ne pas confondre pouvoir et liberté
Jusqu’à présent, certains lecteurs se demandent peut-être en quoi je me distingue de la droite modérée, qui défend elle aussi un compromis entre liberté économique et solidarité. Il faut, tout simplement, différencier clairement liberté et pouvoir : faire ce qu’on veut de sa vie, ce n’est pas la même chose que faire ce qu’on veut de la vie des autres. La liberté de garder le fruit de son labeur est une bonne chose et n’a rien de capitaliste, car l’essence même du capitalisme est le pouvoir de garder le fruit du labeur des autres. Le petit entrepreneur qui crée des richesses en ne gagnant pas forcément plus que ses employés n’est pas un capitaliste. Au contraire, il vit de son travail et est exploité lui aussi par les millionnaires et milliardaires, ceux qui sont convaincus que c’est leur argent qui travaille. Eux que nous laissons à tort s’appeler « libéraux », alors qu’ils ne défendent pas tant la liberté de créer de la richesse que le pouvoir de se l’approprier.
Une tendance parmi d’autres
Au sein du Parti, Je n’ai jamais affirmé quoi que ce soit de contraire à ce qui figure dans cet article. Il est vrai que j’ai laissé, sans réagir, des camarades affirmer que nous étions un parti communiste, sous-entendant ainsi que j’étais d’accord avec eux, moi qui voulais simplement éviter un long et épuisant débat dont je ne percevais pas l’utilité, alors même que nous sommes d’accord sur l’essentiel des actions à mener ici et maintenant. Mais s’il y a un malentendu, je n’en suis pas le seul responsable, car on ne m’a jamais demandé si j’étais communiste ou pas. Le Parti ressemble un peu à une église qui accepterait les athées : on peut y adhérer sans être communiste, mais il ne faut pas le dire trop fort. J’ai toujours espéré quant à moi que ceux qui se disent « communistes » accepteraient à la longue de devenir une tendance du Parti parmi d’autres. Leur volonté de s’approprier maintenant le Parti en changeant son nom est un facteur de division et risque d’en éloigner des militants potentiels. Même si j’étais communiste, j’hésiterais donc sérieusement à baptiser ainsi Parti suisse du Travail.

19 novembre 2007

Des congressistes résolus

« En l’état le budget 2007 est inacceptable », estiment les 31 militants qui ont participé dimanche dernier au Congrès du POP neuchâtelois à la Maison du Peuple de La Chaux-de-Fonds. Bien que des divergences soient apparues sur la question de savoir si le Parti socialiste neuchâtelois était ou non « ultra-libéral », personne n’est content de la politique actuelle du Conseil d’Etat. La première majorité « de gauche » de l’histoire du Canton a amèrement déçu. Jean-Pierre Renk, venu représenter nos alliés de Solidarité, a même parlé de « trahison ».

Bien que le budget 2007, à la faveur d’une conjoncture économique favorable, s’annonce « moins pire » que celui de 2006, il reste en deçà de celui de 2005, le dernier voté par la défunte majorité libérale-radicale. Par exemple, l’aide sociale, qui était inférieure aux recommandations fédérales en 2006, serait remise au niveau de ces dernières, mais ne retrouverait malgré tout pas le niveau qui était le sien à l’époque de la droite.

Cette politique du « demi-retour », ce « cran en moins à la ceinture », que le Conseil d’Etat veut appliquer également aux prestations complémentaires et aux subsides de l’assurance-maladie, est inacceptable pour le POP, qui exige le « retour à la situation qui prévalait en 2005 ». Il en fait « une condition minimum pour accepter le budget 2007 ». D’autant plus que le seul sacrifice qui était demandé aux riches en 2006, l’impôt sur la fortune, sera supprimé en 2007. Les députés popistes présents se sont donc déclarés résolus à refuser le budget si nécessaire et à ne pas répéter leur erreur de l’an dernier, où ils avaient accepté un budget catastrophique qui a entraîné des pertes de pouvoir d’achat de plusieurs milliers de francs pour de nombreux ménages.

« L’an dernier, nous avons été pris de cours et nous n’avons pas osé refuser le budget six mois seulement après le changement de majorité, de peur que le PS s’allie avec la droite », nous a expliqué Laurence Boegli. Mais cela s’est révélé plus catastrophique que ce que le POP croyait. Plusieurs camarades étaient d’avis que nous nous sommes fait rouler par le « marchand de tapis » Jean Studer. Ce dernier espère sans doute maintenant, après avoir plongé notre tête sous l’eau en 2006, obtenir notre reconnaissance en nous laissant respirer une petite bouffée d’air en 2007. Nous devons donc nous méfier des « presque » et des « petits caractères dans le contrat », de la part d’un gouvernement qui est souvent à « gauche dans le discours et à droite dans les faits ».

Le POP se retrouve ainsi dans la situation un peu gênante de devoir refuser un budget 2007 pourtant « moins pire » que celui qu’il avait accepté pour 2006. Il est donc important qu’il admette publiquement qu’il a commis une erreur à l’époque, ce qu’ont déjà fait certains députés. On se plaira à constater que personne n’a cédé à la facilité de leur faire des reproches à ce sujet, ce qui est révélateur de la bonne ambiance qui a régné samedi après-midi.

Des privatisations rampantes
Si les prestations sociales destinées aux plus démunis ont été au centre des débats, les sujets de mécontentement ont été innombrables. Qu’on pense à l’école, où le gouvernement ne se pas contente d’augmenter le nombre d’élèves par classe, mais s’attaque également aux classes spéciales destinées aux élèves maîtrisant mal le français. Il a même privé les élèves des degrés 6 et 7 de psychologues scolaires. Les militants ont également été choqué par le projet de « salaire au mérite » pour les pensionnaires des EMS, l’idée étant que ceux d’entre eux qui sont trop malades pour profiter de leur argent de poche ne le recevrait plus.
Dans sa déclaration finale, le Congrès a notamment dénoncé « les privatisations rampantes de plusieurs tâches essentielles de l’Etat », telles que les hôpitaux, les soins à domiciles, la psychiatrie ou les institutions spécialisées. Il s’est également inquiété des disparités de plus en plus grande entre les différentes régions du Canton, et en particulier des rumeurs de démantèlement de services dans les hôpitaux du Locle, de La Chaux-de-Fonds et de Couvet.

Vers un scénario inédit ?
Quelques militants ont profité de la présence de vieux routards de la politique pour leur demander ce qui se passerait si le budget ne passait pas la rampe du Grand Conseil, hypothèse qui se réaliserait si et la droite et le POP votaient « non ». La réponse est que dans le cas où aucun budget n’était adopté avant le 1er janvier 2007, le catastrophique budget 2006 serait reconduit mois par mois jusqu’à ce qu’éventuellement les députés parviennent à se mettre d’accord sur autre chose.
Il importe que les militants du POP se mettent dès maintenant à réfléchir aux stratégies à adopter dans un tel scénario, loin d’être improbable bien qu’inédit dans le canton.

11 novembre 2007

Comment éclairer un pays opaque ?

Une fois de plus, Sébastien Guex, invité par ATTAC à la Maison du Peuple de La Chaux-de-Fonds, n’a pas laissé ses auditeurs indifférents. Le professeur-assistant de l’Université de Lausanne a le rare talent d’exposer des thèmes ardus en mots simples et passionnants, mettant ainsi un peu de lumière sur ce pays extrêmement opaque qu’est la Suisse.
On ne peut que regretter que sa conférence n’ait été suivie que par le cercle des enthousiastes habituels, soit à peine une trentaine de personne. Il serait peut-être judicieux, à l’avenir, d’inviter cet orateur percutant à débattre avec une personnalité de droite, afin que ses idées atteignent un auditoire plus large.
Le principal enseignement qu’on peut tirer de la soirée est l’incroyable richesse de la bourgeoisie suisse. Cela ne semble pas être un scoop. Pourtant, qui dans l’auditoire savait que depuis 26 ans consécutifs, la Suisse, fait peut-être unique au monde, a un excédent de balance courante ? En langage claire, cela veut dire que chaque année, il y a plus d’argent qui rentre dans le pays que d’argent qui en sort, si on prend en compte à la fois le payement des biens et des services et les intérêts des capitaux.
Il est assez impressionnant qu’au cours de cette période de fantastique accumulation de capital, on ait réussi à populariser l’image d’une Suisse affaiblie et en crise, notamment grâce aux fameux 130 milliards de dettes de la Confédération, qu’on nous sert matin midi et soir, alors même qu’en réalité il sont largement compensés par la fortune colossale de la Banque nationale.
La richesse des entreprises, est également largement sous-estimées. Ainsi, un historien qui a eu la chance d’accéder aux archives SBS de l’entre-deux-guerres est arrivé à la conclusion que les bénéfices déclarés étaient de 80% inférieurs aux véritables chiffres. Des conclusions semblables ont été obtenues pour trois autres entreprises, et tout laisse penser que ce genre de pratiques est encore florissant de nos jours.
A l’issue de la conférence, on ne peut que se demander comment faire suffisamment peur à la bourgeoisie pour qu’elle redistribue une partie de sa phénoménale richesse. Ne négligeons pas la vulgarisation de certaines données de nature à soulever l’indignation du public, comme le fameux 1% d’impôt sur le bénéfice payés effectivement par les entreprises dans le Canton de Neuchâtel, chiffre que le gouvernement neuchâtelois a été obligé d’admettre grâce au brillant travail d’ATTAC.
Cet exemple est à suivre et on ne peut qu’encourager les militants à tout faire pour mieux connaître et faire connaître la situation de leurs cantons respectifs, autant en ce qui concerne la fiscalité des entreprises que de la véritable situation financière des collectivité publiques, dont la comptabilité n’est peut-être pas toujours présentée d’une manière digne de confiance.

10 novembre 2007

Une taxe mal pensée

Les Communistes de Genève, proposent l’introduction d’une taxe de 12 francs pour chaque passager arrivant à Cointrin (GH, 3.11), s’inspirant de ce qui existe déjà dans d’autres pays comme la France ou la Suède. Il est certes regrettable qu’une fois de plus, on taxe la consommation des individus plutôt que les revenus du capital. Malgré tout, cette taxe-là n’est pas la pire, dans la mesure où elle est susceptible de freiner un tout petit peu la croissance d’un mode de transport très polluant.
Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’elle porte sur les passagers plutôt que sur les avions. Cela revient non seulement à favoriser les marchandises au détriment des gens, mais également les avions vides au détriment des avions pleins. Pourtant, tout le monde devrait être d'accord pour penser qu’un un avion bien rempli vaut mieux qu’un avion à moitié vide, à la fois d'un point de vue écologique (à nombre de passagers égal, il y aura moins d’avions dans le ciel) et d'un point de vue économique (à nombre d’avions égal, plus de gens peuvent voyager).
Il faudrait que nous nous libérions une fois pour toutes de la tendance faire reposer le poids de tous les problèmes de société sur les épaules des individus, au point de nous faire croire que ce qui pollue, ce n’est pas les avions, mais les gens qui sont assis dedans.

01 novembre 2007

Non à la taxe TV

Je m’étonne de lire dans ces colonnes Christiane Jaquet-Berger faire l’éloge de la taxe radio-TV (GH du 27 octobre).
Pour les gens les plus pauvres, cette taxe de 1.32 francs par jour ou 480 francs par an (ce qui fait beaucoup dans les deux cas) représente souvent le prélèvement fiscal le plus important auquel ils sont soumis (il importe ici de démentir la rumeur persistante selon laquelle les bénéficiaires de l’aide sociale seraient dispensés du payement de la taxe). D’où une « fraude » bien compréhensible et très répandue. Nombreux sont ceux qui, à chaque coup de sonnette, vivent dans la crainte de voir apparaître la silhouette sinistre de l’inspecteur de Billag.
N’est-ce pas également un devoir de citoyen que de s’opposer à une taxe qui finance des événements aussi contestables que la coupe du monde de football ou les jeux olympiques, où des gladiateurs modernes se ruinent la santé en propageant l’idée monstrueuse que le bonheur consiste à être meilleur que les autres ? Y a-t-il vraiment un inconvénient à laisser le secteur privé couper cela avec des publicités ?
Certes, le système actuel est peut-être un moindre mal, face à l’alternative d’une information exclusivement aux mains du capital. Mais il n’en demeure pas moins que dans une démocratie, facturer l’information au citoyen est aussi absurde que de facturer le droit de vote et que son financement doit donc incomber à la collectivité.

31 octobre 2007

Cancer du sein : la politique du provisoire

Neuchâtel rattrape les autres cantons romands en traînant les pieds. Mais pour combien de temps ?

Une femme sur 10 développera un cancer du sein au cours de sa vie. Environ 1400 Suissesses, dont 45 à 50 Neuchâteloises, en meurent chaque année. Il n’est pas à donc pas à l’honneur du canton de Neuchâtel d’être le dernier de Romandie, avec 14 ans de retard sur le canton de Vaud, à mettre sur pied un programme de dépistage par mammographie.
Un humanisme rentable
Rappelons qu’à la suite d’une motion déposée par le médecin popiste Marcelo Droguett et acceptée sans opposition par le Grand Conseil, le Conseil d’Etat (de droite) publiait en 2004 un rapport demandant un crédit de 1,4 millions pour financer un programme sur 5 ans. On lit notamment que même Santésuisse est favorable au dépistage par mammographie car « un seul traitement chimiothérapique lourd coûte plusieurs dizaines de milliers de francs en une année ». Le Conseil d’Etat nous dit aussi qu’« il s'agit également de prendre en compte les conséquences économiques des absences sur les lieux de travail des femmes atteintes d'un cancer ».

Un court-termisme pathologique

Coup de tonnerre en août 2005. Par une invraisemblable volte-face et en violation totale de l’esprit de la démocratie, le Conseil d’Etat « de gauche », fraîchement élu, décidait soudainement de retirer le rapport juste avant le débat prévu au Grand Conseil, sans même prévenir les députés de sa propre majorité. Voilà qui est symptomatique de la dégénérescence qui a atteint le débat politique dans le canton de Neuchâtel depuis l’adoption en juin 2005 des instruments dits de « maîtrise des finances », qui condamnent le canton à un court-termisme pathologique.

Une protestation louable
Tentant de faire croire que la décision de comptables myopes prise par le Conseil d’Etat relevait d’une véritable vision, M.Debély osait parler d’une « volonté de lutter contre le cancer du sein », mais affirmait vouloir inscrire cette lutte dans un « véritable programme cantonal de promotion de la santé », évoquant pêle-mêle l’obésité, le tabagisme et le sport, « l’objectif étant de garantir et d’améliorer la qualité de vie ». En évoquant ce « programme cantonal », cache-sexe de circonstance destiné à masquer la vacuité des ses arguments, le Conseil d’Etat était d’autant moins crédible qu’il n’expliquait à aucun moment pourquoi il renonçait soudain à l’objectif à long terme mentionné dans le rapport, soit « un programme unique de dépistage romand ». On ne peut que féliciter Marcelo Droguett d’avoir alors quitté la salle en signe de protestation.
Nouveau coup de théâtre quelques jours plus tard, la Banque cantonale neuchâteloise (BCN) annonçant qu’elle faisait don au Canton des 1,4 millions manquant. Un an et demi plus tard, après de dures négociations avec Santésuisse concernant le coût des mammographies, le programme va enfin démarrer et toutes les Neuchâteloises âgées entre 50 et 70 ans seront progressivement invitées à des mammographie gratuites.

Une récupération choquante

S’il est heureux que Neuchâtel rattrape ainsi son retard, il est malgré tout déplorable qu’une motion lancée par un député du POP soit récupérée pour diffuser dans le grand public l’idée profondément antidémocratique selon laquelle les banques seraient plus généreuses et humaines que l’Etat. On peut se demander en effet quelle proportion de la population différencie une institution d’intérêt public comme la BCN d’une vulgaire entreprise privée comme l’UBS. Il est également assez saumâtre qu’il revienne à Roland Debély de lancer la campagne de prévention et qu’il se fasse photographier par la presse locale en train d’affirmer que «mieux vaut prévenir que guérir».
De plus, rien n’est acquis définitivement, le financement des mammographies n’étant garanti que pour 4 ans par le don de la BCN. On se réjouit à l’avance d’entendre le discours que nos autorités nous serviront à cette échéance.

10 octobre 2007

Sans-contrats de tous les pays, unissez-vous !

Le chômage est un phénomène que beaucoup de gens ne comprennent pas bien : pourquoi y-a-t-il des gens qui ne travaillent pas alors qu’il y aurait tant de choses à faire ? La réponse est simple : parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour les payer. Ayant compris cela aussi bien que nous, nos autorités ont depuis longtemps eu l’idée de faire travailler les chômeurs à prix réduit. Cette histoire étant insuffisamment étudiée, nous passons peut-être tous les jours sans le savoir sur des routes bâties par les « chômeurs » des années trente, dont rien ne rappelle la mémoire. Aujourd’hui encore, certaines administrations seraient bien embêtées si elles ne pouvaient plus compter sur les « chômeurs ».
Il est d’ailleurs un peu dérangeant qu’on continue de parler de « chômeurs » pour désigner ces travailleurs. Je propose donc de désigner par « sans-contrats » les travailleurs qui ne bénéficient pas d’un contrat de travail reconnu en tant que tel, même si en général on leur fait signer des « contrats d’insertion ». En règle générale, le travail du sans-contrat est considéré à priori comme dénué de toute valeur et l’argent qu’il reçoit est n’est pas considéré comme un salaire. Même s’il a accompli un travail extraordinaire, un sans-contrat au bénéfice de l’assurance-chômage n’est pas sûr de recevoir de l’argent à la fin du mois, car il faut en outre qu’il prouve qu’il a cherché un autre travail et n’a refusé aucun « emploi convenable ».
A défaut de pouvoir obtenir qu’on accorde un contrat de travail à tous les travailleurs, la gauche se doit de revendiquer un minimum de dignité pour les sans-contrats.
Premièrement, nul ne devrait être obligé à accepter un emploi sans contrat de travail. Il importe donc que la gauche s’oppose à tout projet allant dans ce sens, comme par exemple actuellement dans le canton de Neuchâtel où le Conseil d’Etat prévoit d’imposer du travail sans contrat à tous les bénéficiaires de l’aide sociale de moins de trente ans. Soit dit en passant, même d’un point de vue de droite, si vraiment on souhaite que plus de bénéficiaires de l’aide sociale travaillent à prix réduit pour la collectivité, il paraît plus efficace de les motiver en les traitant avec plus de dignité plutôt que de les contraindre.
Deuxièmement, toute personne qui travaille devrait être dispensée de justifier de recherches d’emplois, ainsi que de convocations régulières à des entretiens qui servent principalement à lui rappeler que ce qu’elle fait n’est pas du « vrai travail ». Nous connaissons le cas d’une personne en contrat d’insertion qui était convoquée à des entretiens que son assistante sociale fixait volontairement en dehors de ses heures de travail. Qui donc apprécierait de devoir rendre visite à son patron pendant ses jours de congé ? Le principe de la surveillance des chômeurs est discutable en lui-même, car il tend à mettre la responsabilité du chômage sur ceux qui en sont victimes. Mais dans le cas de personnes qui travaillent à prix réduit pour la collectivité, cela relève de l’acharnement.
Troisièmement, il faudrait cesser de diviser les sans-contrats en sous-travailleurs (personnes au bénéfice de l’assurance-chômage), en sous-sous-travailleurs (personnes aux mesures de crises) et en sous-sous-sous-travailleurs (personnes à l’aide sociale). Certes, ces catégories ont leur utilité pour l’administration. Par exemple, un bénéficiaire de l’aide sociale qui a obtenu un droit aux mesures de crises après avoir rempli un certain nombre de conditions pourra être considéré comme « réinséré », ce qui permettra de publier des statistiques flatteuses. Mais en réalité, ces catégories de fous sont tout juste bonnes à rendre les gens alcooliques. Passer d’un pseudo-emploi à un autre n’a rien à voir avec de l’insertion professionnelle et il est plutôt désagréable d’être considéré comme une patate chaude que les différents services cherchent à se refiler autant qu’ils peuvent.
Sans nul doute, on nous rétorquera que certains sans-contrats sont incapables de fournir un travail satisfaisant et qu’il n’est donc pas correct d’affirmer que la collectivité les exploite. Mais si c’est le cas, cela veut dire que ces personnes ne pourront de toutes manières pas retrouver d’emploi, du moins dans un avenir proche. Cela veut aussi dire, très souvent, qu’elles ont eu un parcours difficile et ont une piètre estime d’elles-mêmes. Nous voyons là des raisons supplémentaires de ne pas les rabaisser par des contrôles inutiles, de ne pas considérer à priori leur travail comme dénué de toute valeur et ne pas les surveiller comme des parasites.

Lutte des classes au POP

Au cours d’une récente discussion de parti, un militant chômeur protestait contre l’absence de mise au concours des postes dans l’administration cantonale, désormais réservés à la mobilité interne des fonctionnaires victimes des déstructurations en cours.
Les fonctionnaires présents ont réagi avec une certaine perplexité. Ils comprenaient mal qu’un camarade puisse s’attaquer à cette revendication syndicale importante qu’est le reclassement au sein de la fonction publique des employés de l’Etat éjectés de leur service.
Pourtant, d’un point de vue de chômeur de longue durée, des lois qui biaisent les mises au concours au profit de ceux qui sont déjà dans le système ont quelque chose de fondamentalement choquant, car elles ne font que renforcer l’inégalité des chances déjà existante.
Cet authentique conflit de classe entre salariés et chômeurs est traditionnellement théorisé par des économistes de droite, le capital ne s’étant jamais privé de diviser pour régner. La politique de l’autruche étant mauvaise conseillère, le POP se doit de débattre ouvertement de cette contradiction qui durera aussi longtemps que nous n’aurons pas réussi à imposer une politique de plein emploi.
Dans ce débat, il importe avant tout de savoir que les interlocuteurs ne sont pas égaux, car les chômeurs sont peu organisés, craignent de s’engager et leur parole a généralement moins de poids. Par conséquent, toute arrogance vis-à-vis d’eux ne fera que les pousser dans les bras de l’UDC.

23 septembre 2007

Villes : le classement des propriétaires

Le classement des villes suisses de Bilanz (publié à la fin du mois de juillet) a déjà été largement critiqué, mais un élément essentiel n’a pas été suffisamment mis en évidence. Sans même le vérifier, on peut facilement affirmer que le niveau des loyers n’a pas été pris en compte dans ce classement comme il l’aurait dû. Sinon, il est évident que des villes comme La Chaux-de-Fonds (116ème) ou Le Locle (120ème et dernière), dont les appartements spacieux et moins chers qu’ailleurs font se pâmer d’envie les visiteurs lémaniques ou zurichois, auraient obtenu un bien meilleur classement.
Cette bizarrerie méthodologique s’explique lorsqu’on constate que l’étude a été réalisée par un « centre d’information et de formations immobilière». Certes, il est normal que ces gens analysent la réalité en fonction de leurs préoccupations. Mais il est scandaleux que la presse destinée aux citoyens ordinaires s’en fasse aussi largement l’écho. Dans de tels cas, il serait important de protester auprès de la presse et d’exiger qu’elle indique clairement qu’elle rapporte le point de vue bien particulier d’une minorité. Une minorité fortunée qui cherche à encaisser des loyers aussi élevés que possible et dont les intérêts ne coïncident pas du tout avec ceux de la majorité de la population.

19 août 2007

Ne nous vendons pas à n’importe qui !

Les personnes au chômage ressentent souvent un sentiment de dévalorisation pouvant entraîner de lourdes souffrances psychiques, parfois plus graves que les conséquences purement financières de leur situation. Qu’on pense à cet homme qui n’osait pas écouter de musique pendant la journée, de peur que ses voisins l’entendent et se rendent compte qu’il était chômeur.
Les chômeurs ont honte parce qu' « ils ne gagnent pas leur vie ». Mais qu’entend-on exactement par « gagner sa vie » ? En réalité, cette expression contient deux sens qu’on devrait prendre soin de distinguer. D’une part, cela veut dire « recevoir de l’argent en échange d’un travail ». D’autre part, cela signifie également « faire quelque chose d’utile », afin de ne pas avoir l’impression d’être « à la charge de la société ».
Il faudrait éviter le plus possible d’utiliser cette expression réactionnaire formée des mots : « gagner sa vie ». En effet, son usage répété amène à penser que ses deux sens sont équivalents et que toute personne rémunérée pour une activité, quelle qu’elle soit, accomplit quelque chose d’utile. C’est pourtant loin d’être toujours le cas. Bien que le travail soit à la source de toute richesse, tout travail n’est pas utile.
Il existe même du travail nuisible. Qu’on pense à la publicité qui incite à s’endetter pour acheter des voitures inutilement dangereuses et polluantes ; aux juristes qui manigancent pour contourner les lois ; aux comptables qui oeuvrent à l’évasion fiscale ; à la promotion de certains médicament par l’industrie pharmaceutique, souvent plus préoccupée de ses profits que de santé publique ; au tabac ; aux armes ; à la presse qui ne peut pas dire la vérité lorsque celle-ci va à l’encontre de l’intérêt des annonceurs dont elle dépend. Sans oublier les vendeurs de téléphones mobiles qui nous harcèlent dans la rue.
Il serait déplacé de faire un quelconque reproche aux travailleurs de toutes ces industries, qui ne sont pas responsables des politiques de leurs dirigeants, n’ont pas vraiment le choix et sont même parfois exploités, certains au point d’y perdre leur santé voire leur vie. Mais il est important de se rendre compte que ce qu’ils font est souvent nuisible à la société et ne contribue qu’à remplir les poches de patrons peu soucieux du bien commun. On peut se demander s’il est raisonnable de considérer qu’ils « gagnent leur vie » et méritent plus de considération que les personnes sans emploi. Ces dernières peuvent du moins se targuer de ne rien faire de nuisible. Il faut donc qu’elles aient le courage de penser et de dire (sauf bien sûr aux gendarmes de l’ORP) qu’il n’y a pas plus de honte à ne rien faire qu’à faire n’importe quoi.
C’est une belle chose que d’avoir envie de faire quelque chose d’utile, mais cela ne veut pas dire qu’il faut être prêt à se vendre à n’importe qui pour « gagner sa vie », car cela profitera avant tout aux patrons les moins soucieux du bien commun, ainsi qu’aux actionnaires qui, rappelons-le, encaissent des dividendes sans fournir le moindre travail en contrepartie.
Les politiques des gens qui nous gouvernent créent du chômage. C’est malheureux mais c’est ainsi. Si vos compétences et votre envie de bien faire ne sont pas mises à contribution, il n’y a donc aucune raison pour que vous culpabilisiez une seule seconde. Et si vous arrivez à vivre heureux avec pas trop d’argent en profitant de votre temps libre, nous ne pouvons que vous faire part de nos plus chaleureuses félicitations.

08 avril 2007

Lutter contre la maladie, pas contre les malades.

Avec la 5ème révision de l’AI, la droite poursuit l’inquiétante expansion de l’Etat paternaliste.

Tout le monde pourrait devenir un jour rentier AI. Ils sont actuellement pas loin de 300 000 en Suisse, plus que la population de bien des cantons, et reçoivent au total des rentes à hauteur de 6,4 milliards par année. La Confédération veut leur retirer un milliard. En effet, il est non seulement prévu de consacrer un demi-milliard à « la détection précoce », pièce maîtresse de la 5ème révision qui passera en votation le 17 juin prochain, mais on veut, par-dessus le marché, faire économiser un autre demi-milliard à l’AI. C’est d’ailleurs déjà en bonne voie, puisque le nombre de nouvelles rentes accordées a déjà diminué de 30% au cours des deux dernières années.

Une pieuvre sans tête

Ce n’est pas seulement la situation financière de la population concernée qui sera péjorée, mais aussi celle des cantons et les communes, par le biais de l’aide sociale et d’une diminution des rentrées fiscales. Toutefois, personne ne sait dans quelles proportions, le Conseil fédéral ayant benoitement admis en septembre 2006, en réponse à une interpellation du socialiste chaux-de-fonnier Didier Berberat, qu’« il n'est actuellement pas possible d'établir un relevé statistique des conséquences des modifications de l'assurance-chômage et de l'assurance-invalidité pour l'aide sociale ». On retrouve à l’œuvre la logique de la pieuvre sans tête, où on fait travailler chaque tentacule de l’Etat pour son propre compte, sans se soucier des intérêts globaux de l’animal.
Une épidémie de dépressions
De plus en plus de personnes ne s’intègrent ou se réintègrent jamais sur le marché du travail. Les cas de rentes AI pour motifs psychiques on littéralement explosé, en particulier dans les classes d’âge les plus jeunes, et représentent maintenant 40% du total des rentes. Alors qu’en 1996, 1% de la population active bénéficiait d’une rente pour cause de maladie psychique, ce chiffre dépassait 2% dix ans plus tard. Augmentation qui s’explique principalement par un marché du travail de plus en plus dur, quoi qu’en dise Yves Rossier, directeur de l’Office fédéral des assurances sociales, qui ose affirmer qu’« il n’y a pas de lien entre un marché du travail difficile et l’augmentation des rentes AI ».
Une chasse aux sorcières
Imaginez qu’on vous impose des objectifs inatteignables et contradictoires et des rythmes de travail excessifs, en dénigrant systématiquement tout ce que vous faites. Imaginez que, comme beaucoup de gens dans une telle situation, vous perdiez toute motivation et confiance en vous, au point de ne plus être capable de faire quoi que ce soit. Faire les courses ou aller boire un verre devient aussi difficile que l’ascension de l’Everest. Quant à retrouver un emploi, vous n’y songez même plus…
C’est vous que veut « aider » la 5ème révision de l’AI. Sa pièce maîtresse, la « détection précoce », enjoint n’importe qui ou presque, famille, médecin, assurances ou employeur, à dénoncer à l’AI toute personne susceptible de se retrouver définitivement incapable de travailler. La chasse aux dépressifs est lancée.
Une fausse bonne nouvelle

Quand tout est noir, « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l’esprit gémissant », il vaut mieux avoir quelque activité de loisir à pratiquer ou quelques travaux à faire. Les sommes très importantes prévues par la 5ème révision de l’AI pour offrir divers programmes destinés aux gens en congé maladie devraient donc être une bonne nouvelle. Quand on sait que 90% des personnes qui déposent une prestation AI sont en congé maladie depuis une année ou plus, et qu’il arrive que l’AI n’accorde des mesures de réinsertion que trois ans après la survenance de la maladie, on peut penser qu’il aurait été approprié de ne pas laisser ces personnes en difficulté livrées à elles-mêmes aussi longtemps. Après un an de congé maladie, la probabilité d’un retour à l’emploi est de moins de 20%.
Mais la « détection précoce » prévue par la 5ème révision, une bonne idée en soi, ne peut fonctionner qu’à condition qu’on agisse uniquement avec l’accord des personnes concernées. Or, la révision de l’AI est tout le contraire. On lit dans le projet de loi que l’Office AI peut « ordonner » des mesures, et que « l’assuré doit entreprendre tout ce qui peut être raisonnablement exigé de lui pour réduire la durée et l’étendue de l’incapacité de travail et pour empêcher la survenance d’une invalidité ».
Un paternalisme anti-libéral
La démarche autoritaire est déjà éprouvée dans un autre domaine : afin de faire croire que ce sont les chômeurs qui sont responsables du chômage, on leur faire suivre des « cours de techniques de recherche d’emploi ». On crée des « entreprises d’entraînement » où on oblige les gens à faire du commerce fictif d’équipements de football fictifs. La crainte des sanctions et le manque d’estime de soi-même propres à la plupart des chômeurs les empêchent de critiquer trop ouvertement ces activités. Mais qui peut croire que beaucoup de gens y participeraient de leur plein gré ? Pourquoi la droite au pouvoir, soi-disant libérale, fait-elle soudain si peu confiance au libre choix des individus ?
Bon business pour Bâle
On pourra imposer aux personnes en détresse psychique un « entraînement à l’endurance », un « développement de la motivation », une « stabilisation de la personnalité » ou l’ « exercice des compétences sociales de base ». Mais la contrainte en la matière est extrêmement dangereuse et peut enfoncer les « bénéficiaires » encore plus profondément dans le manque d’estime d’eux-mêmes et le sentiment de ne pas maîtriser leur existence. Comment des personnes blessées par le monde du travail pourront-elles se rétablir si elles ont l’impression d’être soumises à un mobbing étatique ? D’autant plus que la loi prévoir l’obligation de se soumettre à des traitements. On peut s’attendre à la prise imposée de médicaments psychotropes, pour le plus grand profit de notre lobby pharmaceutique.
Il est prévu pour l’instant que les réfractaires pourront se voir retirer le droit aux prestations AI. Quelles contraintes inventera-t-on alors pour eux, lorsqu’ils seront pris dans le dernier filet, celui de l’aide sociale ? Si nous ne résistons pas dès maintenant à la logique de l’Etat tuteur, il continuera inéluctablement son expansion.
Une patience trop couteuse
Ne peignons pas le diable sur la muraille. Le demi-milliard pour la « détection précoce » ne servira pas seulement à persécuter les malades psychiques. Certains travailleurs sociaux feront bon usage de ce financement, n’en doutons pas. Mais cela ne sera peut-être pas souvent possible. Proposer à des gens en dépression des activités susceptibles de les motiver est une tâche difficile, qui nécessite beaucoup de patience. Or, il est permis de douter qu’on en prendra le temps. Pour rappel, le remboursement des psychothérapies par l’assurance-maladie a été restreint depuis le début de cette année, au motif que les traitements avec des médicaments seraient plus rapides.
Une mauvaise lutte
La 5ème révision de l’AI est typique de notre temps où on veut de moins en moins aider les gens et de plus en plus les surveiller. On veut accentuer le contrôle des personnes pauvres ou fragiles plutôt que de mettre en place un marché du travail moins dur. De la même façon qu’on lutte contre les chômeurs plutôt que contre le chômage, on veut maintenant lutter contre les malades plutôt que contre les causes des maladies psychiques.

19 mars 2007

Un popiste chaux-de-fonnier au Conseil national !

Du temps où la Suisse était à la traîne en matière d’hygiène publique et de médecine du travail, le POP était à la pointe du combat pour la santé des travailleurs.
« L’électorat neuchâtelois envoie un popiste au Conseil national ». Ce fait unique dans l’histoire du Canton date d’octobre 1967. La liste popiste, emmenée par le célèbre médecin Jean-Pierre Dubois, récolta alors 19,3% des suffrages. Une élection d’autant plus extraordinaire que les socialistes avaient refusé, par une courte majorité, de s’apparenter avec le POP.
Déjà l’écologie
Par bien des aspects, la campagne électorale de l’époque était semblable à celles d’aujourd’hui. Les partis de gauches dénonçaient les cadeaux fiscaux aux plus riches et le report des charges sur les pauvres et les classes moyennes. « La plus vieille démocratie du monde est soumise toujours plus ouvertement à la domination de la finance et des monopoles », lisait-on déjà sur les tracts du POP, qui s’inquiétait de l’exil vers l’étranger des diplômés universitaires ne trouvant pas de bonnes conditions de travail chez nous. On parle déjà des paysans qui deviennent dépendant des banques, perdant la maîtrise de leurs moyens de production et se prolétarisant toujours plus, ainsi que de « la télévision qui nous abrutit avec ces feuilletons ineptes, avec sa publicité pour demeurés ». L’écologie était déjà un thème central, notamment la pollution des eaux.
Le temps de l’inflation
C’est, à nos yeux, une époque bénie de plein emploi. Mais cela n’empêche pas qu’on parle, à droite comme à gauche, de « malaise helvétique ». Depuis la guerre, les entreprises se sont contentées de tirer profit de l’appareil productif épargné par les hostilités. Elles ont exploité une main d’œuvre étrangère à bon marché qui n’était pas là pour rester, pensait-on, et pour laquelle on ne s’est pas donné la peine de construire des infrastructures. On n’a pensé qu’à faire de l’argent vite et tout de suite. Le pays a pris du retard et manque de logements, d’écoles, de routes, d’hôpitaux et, paraît-il, de centrales nucléaires.
Le thème économique qui mobilise, c’est l’inflation. Dans ce pays qui manque de beaucoup de choses, il n’est certes pas étonnant que les prix augmentent. Pendant que le POP dénonce « les partis de la vie chère », la suppression du contrôle des loyers, la réduction des subventions pour certains produits alimentaires de base et l’augmentation des impôts indirects, les libéraux affirment que c’est les dépenses excessives de l’Etat qui sont la cause de la hausse des prix.
Hygiène et propreté
Si on en croit les clichés véhiculés en 1970 par Astérix chez les Helvètes, la Suisse de cette époque était propre. Mais elle n’était pas du tout hygiénique, surtout pas sur les lieux de travail. C’est là-dessus que portera l’essentiel du combat politique de Jean-Pierre Dubois : « Des pays comme le Portugal, la Turquie, L’Espagne même, ont créé des facultés de médecine du travail et des écoles d’hygiène publique post-universitaires. La Suisse, mise au pied du mur par une enquête de l’OMS à Genève, a décidé de ne pas s’occuper de ce problème, en invoquant des difficultés financières ». (JPD 106/89)
Des shoots aux tartines
Si Jean-Pierre Dubois devra sa célébrité en grande partie à l’affaire du benzol, sur laquelle nous reviendrons la semaine prochaine, il mènera également d’autres combats, notamment contre la phénacétine, produit interdit à l’époque déjà dans de nombreux pays, parce qu’il entraîne presque toujours, à long terme, des lésions sanguines et rénales. Mais en Suisse cette substance, présente dans des médicaments comme le Kaffa ou le Saridon, rapporte d’énormes profits à « deux grandes maisons de produits chimiques suisses » et a également la vertu d’améliorer la performance des ouvriers : « Chaque prise apporte un sentiment de bien-être, atténue la fatigue, subjectivement, augmente même le rendement devant la machine » (JPD 106/91) Des entrepreneurs en distribuent même aux ouvriers, c’est les célèbres « tartines au Saridon », saupoudrées d’une poudre censée faire du bien.
Une interdiction tardive
Cette toxicomanie institutionnalisée préoccupe assez peu les autorités. En Suède, dès 1961, on était parvenu à diviser par 17 la consommation nationale de phénacétine en soumettant le produit à ordonnance. En Suisse, en 1976, le directeur de l’Office intercantonal de contrôle des médicaments ose encore affirmer : « C’est la consommation normale d’un médicament qui détermine la mise sous ordonnance ou non. Les analgésiques ne sont pas nocifs s’ils sont consommés raisonnablement. » (24 heures, 8.11.76). Il faudra attendre 1981 avant que la Confédération interdise la publicité pour la phénacétine et se résolve à soumettre le produit à ordonnance, en admettant toutefois une exception pour « les petits emballages jusqu’à 10 doses », ce qui évidemment prive la mesure de toute efficacité. Ce n’est qu’assez récemment que le produit a finalement été interdit.
Un combat peu reconnu
La lutte du Dr Dubois, aussi légitime qu’elle paraisse, se heurte souvent à des oppositions. Lorsqu’il dénonce, dans le réseau d’eau potable de La Chaux-de-Fonds, une pollution aux détergents à l’origine d’une hécatombe de truites dans les viviers de la ville et de troubles intestinaux chez les personnes, un conseiller général l’accuse de vouloir discréditer la ville.
Aussi injuste que cela puisse paraître, cet homme ayant probablement sauvé la vie de milliers de personnes, qui avait autant fait pour des causes aussi universellement reconnues que la santé publique et la santé au travail, et dont certaines propositions avaient été adoptées par le Parlement, n’a pas été réélu.
Des adversaires nauséabonds
Certes, les problèmes d’alcoolisme de Jean-Pierre Dubois étaient connus et il avait parfois fait preuve d’angélisme au sujet des pays dit socialistes, d’une façon peut-être un peu surprenante pour un esprit aussi critique, lui qui n’avait pas hésité à déclarer : « Les seuils admis de substances toxiques utilisés dans la fabrication des usines à l’est en général, [sont] infiniment plus bas que ceux permis… dans les pays capitalistes occidentaux. » (JPD 106/90)
Mais son échec a probablement d’autres causes. Les élections de 1971 sont marquées par l’entrée en scène du Mouvement national d’action républicaine et sociale, dont le président national est le tristement célèbre James Schwarzenbach, qui obtient 10,6% des voix pour sa première participation aux élections fédérales dans le canton de Neuchâtel. Les autres partis restant stables, il paraît probable qu’une partie importante des 6,5% de voix perdus par le POP soit tombées dans l’escarcelle du parti d’extrême-droite. C’est du moins l’analyse faite à la fois par l’Impartial et la Voix ouvrière de l’époque.
Une conclusion qui ne parait pas invraisemblable, quand on sait qu’à La Chaux-de-Fonds, le Docteur Dubois a été le candidat le plus rajouté sur les listes du mouvement d’extrême-droite. D’autant plus que le MNA, qui se prétend ni à droite ni à gauche, a fait une campagne brillamment démagogique, fustigeant « les spéculateurs et les profiteurs ». Une campagne bien hypocrite, puisqu’une année avant, ce parti s’était prononcé contre l’initiative populaire pour le droit au logement. Il ose promettre également des allocations plus élevées pour les enfants, la gratuité des études pour tous les jeunes Suisses et un meilleur système de retraite, tout cela bien sûr sur le dos des étrangers censés être des profiteurs.
La gauche a beau dénoncer ces analyses fallacieuses, comparer le MNA à Hitler qui avait lui aussi multiplié les promesses de type social avant de se révéler le meilleur allié du grand capital allemand, rien n’y fait. La démagogie aura eu raison de l’humanisme.
Source principale : Fonds Jean-Pierre Dubois. Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds.

Suite
L’affaire du Benzol : hécatombe dans les usines
Quand la négligence devient politique nationale, c’est des milliers d’ouvriers qui meurent.
Le « benzol », également souvent appelé benzine de houille, est plus connu de nos jours sous le nom de « benzène ». Dans les années 60, de nombreuses personnes, y compris celles qui le vendent ou l’utilisent quotidiennement, ignorent que les trois noms désignent un seul produit. En 1958, le futur conseiller national popiste Jean-Pierre Dubois découvre que les ouvriers de la fabrique des Prelets au Val-de-Ruz nettoient les cadrans de montres avec du benzène sans précaution et en toute ignorance. « Quand la bouteille était vide, on demandait un nouveau remplissage de « benzine », alors que c’était du benzol », racontera plus tard une ouvrière (Blick, 9.11.63). Huit employés de l’entreprise payeront cette négligence de leur vie. A l’échelle suisse, c’est probablement des milliers de personnes, d’après le Dr Dubois, qui sont mortes d’intoxications au cours des dizaines d’années pendant lesquelles le benzène a été utilisé sans précautions. Qui est responsable ?
Une conspiration du silence
La toxicité du produit était connue depuis bien longtemps. En 1938, cinquante cas d’intoxication avaient été annoncés à la Caisse nationale d’assurance, dont 23 graves et 7 mortels. Mais elle s’était désintéressée du problème, n’ayant plus eu vent de nouveaux cas depuis. Et pour cause, puisque ses inspecteurs n’étaient pas tenus de signaler la présence de benzène dans les fabriques. Les services de la Confédération n’étaient pas innocents non plus, puisque le benzène n’était classé que dans la cinquième classe de toxicité, alors qu’il aurait dû logiquement figurer dans la première. Il n’était même pas obligatoire de signaler la toxicité du produit sur les étiquettes, alors que c’était le cas depuis bien longtemps en France. De nombreux pharmaciens vendaient ce produit toxique sans savoir à quoi s’en tenir : « Il y en a qui ne supportent pas les fraises et d’autres pas le benzol », aurait dit une droguiste en vendant le produit (La Sentinelle, 13.11.63). A l’époque, des produits semblables au benzène sont même utilisés comme solvants pour l’encre de stylos feutres destinés aux enfants.
On peut donc parler d’une véritable conspiration du silence, consciente ou inconsciente. « Des ouvriers mouraient de « leucémie ». A chaque décès, un médecin remplissait une fiche qui s’en allait faire des fausses statistiques à Berne » (JPD 106/90), dénonce le Dr Dubois, qui met également le doigt sur les insuffisances de la presse : « Au lendemain d’une interpellation au Grand Conseil, nous avons été frappés de voir que certains journaux de notre canton n’ont pratiquement pas parlé de ce scandale, autocensure, ainsi qu’aucun journal syndical » (JPD/106/88)
Une prise de conscience
Lorsqu’un procès retentissant s’ouvre en 1963 à La Chaux-de-Fonds contre le fournisseur qui a vendu le benzène à l’usine des Prelets, celui-ci fait un peu figure de bouc émissaire. Mais il bénéficiera finalement d’un non-lieu, car la loi ne l’obligeait pas à signaler la toxicité du produit. Quant à l’acheteur, le patron de l’usine, il invoque son ignorance et ne sera même pas inculpé, même si en principe « c’est le chef d’entreprise qui est en premier lieu responsable de la sécurité du travail » (Sentinelle, 27/11/63).
Le procès de La Chaux-de-Fonds aura pourtant pour effet de faire connaître la toxicité du benzène et d’entraîner une prise de conscience dans toute la Suisse. Mais cela ne nous empêche pas, aujourd’hui encore, de respirer quotidiennement ce produit cancérigène, présent entre autres dans l’essence des voitures. Le trafic automobile étant actuellement à la source de trois quarts des émissions, les concentrations les plus fortes se retrouvent dans les stations services et les garages souterrains, même si de gros efforts sont faits et que les concentrations baissent chaque année.
Vers de nouvelles affaires ?
Personne ne peut dire combien le benzène fait actuellement de victimes. Mais on peut se satisfaire que ce produit fasse l’objet de contrôles réguliers. Car à notre époque où les entreprises sont plus puissantes, plus avides de profit et moins humaines que jamais, et où on donne de moins en moins de moyens à l’Etat pour les contrôler, de nouvelles affaires sont peut-être encore à venir, avec des produits dont le simple pékin ignore encore l’existence…

Source principale : Fonds Jean-Pierre Dubois. Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds.

19 décembre 2006

UNE SITUATION EXPLOSIVE

Le département neuchâtelois de l’économie a présenté le 10 novembre dernier les résultats d’une étude universitaire franco-suisse portant sur les premières conséquences de « l’ouverture des frontières ».
Depuis l’entrée en vigueur en juin 2004 de l’Accord bilatéral relatif à la libre circulation des personnes (ACLP), la préférence à la main d’œuvre indigène a été abandonnée. Les entreprises sont désormais libres d’engager comme elles veulent des travailleurs originaires de la communauté européenne (sauf pour l’instant les nouveaux membres).
La tendance se poursuit
De manière surprenante, l’entrée en vigueur de l’ACLP ne marque pas une coupure importante dans l’évolution de l’emploi dans le Canton de Neuchâtel, car le nombre de frontaliers avait déjà commencé à augmenter 4 ans plus tôt. Bien que les entreprises affirment préférer la main-d’œuvre locale, pour des raisons liées aux risques et aux difficultés d’intégrations des employés étrangers, le nombre de frontaliers a augmenté de 62% — soit 2200 frontaliers de plus — depuis janvier 2000. Dans le même temps, le nombre de chômeurs s’est accrû d’un chiffre comparable. Les frontaliers représentent désormais 7,5% de la main d’œuvre du Canton. Toutefois, cette croissance importante n’est en fait qu’un rattrapage, car le nombre de frontaliers avait fortement diminué au cours des années 90. La nouveauté est que le nombre de frontaliers augmente maintenant même lorsque le nombre d’emplois diminue.
Du côté français, on se plaint d’ailleurs d’une augmentation des inégalités faisant naître certaines tensions. Les prix sur le marché de l’immobilier tendent à devenir inaccessible pour les travailleurs français ne disposant que d’un bas salaire. La demande augmente plus vite que l’offre, car des personnes d’autres régions de France (en particulier du Nord) viennent s’installer en Franche-Comté dans le but de travailler en Suisse.
Statistique insuffisantes
Prudemment, les auteurs de l’étude se gardent d’affirmer que la main d’œuvre frontalière se substitue forcément à la main d’œuvre locale sur le marché de l’emploi neuchâtelois. Selon eux, il est également possible qu’il s’agisse d’un apport de main d’œuvre complémentaire, et que les frontaliers viennent occuper des places de travail pour lesquelles il n’y a pas suffisamment de résidents suisses possédant les compétences nécessaires. C’est d’ailleurs ce qu’affirment les agences de placement. Les statistiques disponibles ne permettraient pas de tirer de conclusion à ce sujet pour l’instant.
L’étude ne permet pas non plus de conclure à un dumping salarial dans le canton de Neuchâtel. « Je sais que la presse aime les choses simples, mais il est trop tôt pour se prononcer. Nous ne disposons pas des chiffres nécessaires », a affirmé le Conseiller d’Etat Bernard Soguel.
Le problème pour le chef de l’économie neuchâtelois, c’est que personne ne semble l’écouter. La presse écrite et la radio lui ont même largement fait dire ce qu’il s’était refusé à dire, à savoir qu’il y a effectivement dumping salarial, ce que les syndicats ne se gênent pas d’affirmer non plus. Cela paraît en effet très vraisemblable, car avec l’entrée en vigueur de l’ACLP, les conditions d’engagement des frontaliers ne plus contrôlées de façon systématique.
Selon les chiffres présentés dans l’étude, le revenu disponible d’un frontalier, après déduction des assurances-maladie, du loyer, des impôts et des frais de déplacement, serait de 72% supérieur à celui d’une personne travaillant et vivant en France. Avec une pareille différence, on conçoit que les frontaliers soient prêts à négocier leurs salaires à la baisse et à faire preuve d’une plus grande flexibilité que les Suisses.
Les syndicats font-ils leur boulot ?
Depuis l’entrée en vigueur de l’ACLP, les commission tripartites État/syndicats/employeurs sont chargées de dénoncer les abus. Mais elles ne fonctionnent pas de manière satisfaisante. Bernard Soguel lui-même reconnaît implicitement qu’il y a un problème, puisqu’il s’est déclaré « vraiment surpris » que les syndicats n’utilisent pas plus les possibilités que leur offre la nouvelle loi. En effet, tous les cas dénoncés jusqu’ici aux commissions tripartites l’ont été par l’Etat. A Unia, on rétorque que la loi est mal faite et que les informations nécessaires sont souvent trop difficiles à obtenir. D’autre part, seuls sont illégaux les salaires situés en-dessous du minimum prévu par les conventions collectives. Dans les branches où la majorité des salariés sont payés au-dessus du salaire conventionné, il peu y avoir dumping en toute légalité.
Une intégration faible
Les tensions des deux côtés de la frontière pourraient s’apaiser si plus de frontaliers s’établissaient en Suisse. Mais l’écrasante majorité ne l’envisage absolument pas. On peut d’ailleurs se demander si les deux côtés de la frontière se connaissent vraiment. Plus de la moitié des frontaliers se rendent rarement en Suisse en dehors de leur travail, alors même que les trois quarts y travaillent depuis 5 ans.
Les auteurs de l’étude sont d’avis qu’une meilleure information des frontaliers pourrait pousser un plus grand nombre d’entre eux à s’établir en Suisse, car beaucoup ne se rendent pas compte qu’une grande partie de leurs avantages financiers sont en fait rogné par les frais de déplacements. Mais on peut douter que cela suffise à régler le problème.
En fait, tout porte à croire que le nombre de frontalier va continuer à augmenter au cours des prochaines années. Compte tenu de l’inefficacité des contrôles, l’effet sur les salaires ne sera pas négligeable. On donc peut légitimement craindre un accroissement des tensions xénophobes au cours des années à venir.

05 décembre 2006

Tous dans le même bateau.

Le Conseil d’Etat, qui s’est déjà attaqué aux subsides d’assurance-maladie des indépendants, prépare sans doute une future offensive contre les salariés. Il est temps de réagir.

Il est fréquent que des décisions lourdes de conséquences et porteuses de menaces pour l’avenir qui est passée largement inaperçue. Ainsi, le 30 novembre 2006, le Conseil d’Etat a annoncé, sans que cela fasse de vagues, que les indépendants au bénéfice de subsides pour l’assurance-maladie ne les recevront plus automatiquement, mais devront faire une demande ad hoc. Cette démarche laisse perplexe, quand on sait que l’Etat dispose déjà, par l’intermédiaire des déclarations d’impôts, de toutes les informations nécessaires pour statuer. Quelle motivation y a-t-il là derrière, si ce n’est de créer un obstacle qui empêchera certaines personnes d’obtenir les sommes auxquelles elles devraient normalement avoir droit ? Cette hypertrophie bureaucratique ressemble également à de la suspicion. « En tant qu’indépendant, on est considéré à priori comme un tricheur », nous confie l’un d’eux.
Les poissons pêchés par ce filet ne seront pas bien gros. Si un indépendant bénéficie de subsides LAMal, ont peut supposer que c’est parce qu’il a un peu de peine à tourner. On dira que certains indépendants ont d’importants revenus cachés, sont de « faux pauvres » qui vivent en réalité très confortablement. Le phénomène existe certainement. Mais ces gens-là sont certainement assez habiles pour remplir leurs demandes de subsides sans états d’âme.
En revanche, pour un indépendant peu doué pour les démarches administratives, remplir un formulaire supplémentaire peut-être décourageant. S’il peut paraître grotesque que des gens renoncent à de grosses sommes d’argent par incapacité d’accomplir une petite démarche administrative, c’est pourtant une réalité incontournable de notre société : qu’on songe à toutes les personnes qui payent des primes d’assurance maladie encore plus énormes que la moyenne parce qu’elles n’arrivent pas à changer de caisse.
La principale artère chaux-de-fonnière, le fameux « Pod », manque souvent d’animation, mais personne ne niera que ça bouge du côté des enseignes. Difficile d’aller s’y promener deux fois sans qu’une boutique ait fait faillite entre temps. Cela montre bien que tous les indépendants n’ont pas des réserves d’or enterrées dans leur arrière-boutique. Certains préfèrent vivre en dessous des normes de l’aide sociale plutôt que de mettre la clé sous le paillasson et perdre leur statut social. Nombre d’entre eux vivent au jour le jour, mis sous pression par leurs fournisseurs qui exigent les sommes que leurs clients ne leur ont pas encore payées. Ce sont ces gens-là qui souffriront le plus de la mesure prise par le Conseil d’Etat, dont il est à prévoir qu’elle sera à l’origine de quelques faillites. La lenteur du Service cantonal de l’assurance-maladie étant proverbiale, on peut craindre le pire concernant les délais dont il aura besoin pour appliquer une procédure qui vient d’être introduite.
La décision du Conseil d’Etat n’a soulevé aucun commentaire à droite, ce qui montre bien que celle-ci, contrairement à ce qu’elle prétend, ne défend pas vraiment la libre entreprise contre l’Etat inquisiteur et bureaucrate, mais uniquement la libre entreprise des plus riches. A gauche, il y a la méfiance traditionnelle envers les indépendants, qui ne font pas parti de l’électorat traditionnel des partis aux origines historiques ouvrières. Alors pourtant qu’ils sont dans le même bateau que les salariés, au même titre d’ailleurs que de plus en plus d’agriculteurs.
La preuve en est que le Conseil d’Etat ambitionne clairement de manger les salariés à la même sauce que les indépendants. Dans son plan de législature de 2005, il affirmait déjà clairement vouloir « supprimer l’octroi automatique des subsides LAMal dans le but de dégager des ressources supplémentaires », sans préciser aux dépens de qui exactement ces ressources seraient dégagées. Le Conseiller d’Etat Roland Debely avait osé affirmer devant le Grand Conseil : « [Concernant] le risque que les plus faibles passent finalement au travers de la connaissance des dispositions qui existeraient... nous n'avons pas de crainte…, considérant que les personnes en difficulté sont généralement accompagnées ».
Si le Conseil d’Etat n’applique pour l’instant qu’une partie de son projet, on peut parier que ce n’est que pure stratégie : « Cette première expérience fera l’objet d’une évaluation avant son extension éventuelle à d’autres catégories de bénéficiaires », peut-on lire dans le communiqué du 30 novembre. Recette mainte fois éprouvée du saucissonnage : les salariés n’ayant rien dit quand on s’est attaqué aux indépendants, les indépendants ne diront rien quand on s’attaquera aux salariés.
Il est temps de comprendre que tous les travailleurs qui voient une partie du fruit de leur travail prélevée pour alimenter les rentes du capital, sous quel forme que ce soit, font partie de la même classe sociale. Les travailleurs indépendants n’échappent pas à cette règle. Et si certains vivent un peu mieux parce qu’ils sont propriétaires de leurs outils de production et n’ont pas besoin de reverser de dividendes aux banques, on peut voir-là, tout simplement, la réalisation d’un vieux rêve marxiste.

01 décembre 2006

Crise politique annoncée

L’Etat de Neuchâtel a été transformé en yoyo. Les instruments constitutionnels soi-disant de « maîtrise des finances » l’obligent à adapter chaque année ses dépenses en fonction de rentrées fiscales qu’il ne contrôle plus. Après les coupes sombres du budget 2006, voilà que notre M.Austérité Jean Studer desserre un peu les cordons de sa bourse pour 2007. Nul ne sait ce que 2008 nous réserve…
Bien que le yoyo soit actuellement en phase ascendante, les militants du POP neuchâtelois, réunis en assemblée le lundi 20 novembre, ont décidé à l’unanimité de refuser le budget 2007, qui ne représente qu’un demi-rattrapage de celui de 2005. Toutefois, la majorité a finalement opté pour une solution de compromis, se déclarant prête à accepter le budget si le Conseil d’Etat consentait à remettre les prestations complémentaires, les normes de l’aide sociale et les subsides d’assurance-maladie au même niveau qu’en 2005.
Malgré cette modération popiste (contestée d’ailleurs par une forte minorité à l’intérieur du parti), on peut s’attendre à ce que le Parti socialiste n’accepte pas les conditions qui lui sont posées. On s’achemine donc pour l’instant vers un refus du budget, du jamais vu dans l’histoire de la République.

01 octobre 2006

Chiffres et réalité

Je ne sais pas si les psychiatres ont inventé un mot pour désigner la maladie qui consiste à croire que les chiffres sont plus importants que la réalité. Ce qui est sûr, c'est  que les collectivités publiques attachent plus d'importance à leurs comptes qu'à leur véritable situation économique. Ainsi, parmi les raisons qui, au soir du 3 octobre, ont poussé le Conseil général à vendre l'immeuble communal Bel-Air 51, le « bénéfice » (L'Impartial, 5.10) réalisé a pesé de manière importante, vu la situation préoccupante des comptes de la Ville.
Pourtant, quand la Ville vend un immeuble pour 915 000 francs, elle se retrouve certes avec 915 000 francs de plus sur son compte en banque, mais elle cesse de posséder un objet qui valait 915 000 francs. On peut retourner cela dans tous les sens, on n'arrivera jamais à démontrer comment la Ville peut être plus riche après qu'avant.
On m'a expliqué que dans le bilan de la Ville, l'immeuble était évalué à seulement 589 000 francs. Par conséquent, la vente à 915 000 francs permettait d'améliorer les comptes de 326 000 francs. Pourtant, si un promoteur immobilier est prêt à mettre 915 000 francs pour l'immeuble, on peut être sûr qu'il vaut au minimum cette somme. Par conséquent, il paraîtrait logique de corriger le bilan : un immeuble dont on croyait qu'il ne valait que 589 000 francs en vaut en réalité 915 000. Nous sommes donc plus riches de 325 000 francs que ce que nous croyions, que nous vendions l'immeuble ou pas. Il ne reste plus qu'à fêter ça !
Mais tout n'est pas si simple. Pour modifier la valeur de ses biens immobiliers dans son bilan, la Ville a besoin de l'autorisation du Canton. Et elle ne peut recourir à de telles opérations que tous les cinq ans. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il existe une loi qui interdit au bilan de la Ville de correspondre à la réalité !
On aurait envie de dire qu'il ne faut pas attacher autant d'importance aux comptes de la Ville, qui ne sont après tout que des jeux d'écriture, et qu'il faut raisonner en fonction de la réalité, en l'occurrence des murs de pierre bien solides dans lesquels des citoyens peuvent habiter. Le hic, c'est que si la Ville n'équilibre pas ses comptes, elle risque d'être mise sous tutelle par le Canton.
Et c'est pour cela que lundi, nos élus ont pris une décision en fonction d'un « bénéfice » purement fictif, alors qu'il s'agit d'un enjeu de société pourtant fondamental, qui est de savoir s'il vaut mieux que la Ville garde la propriété de ses immeubles ou les vende à des privés.
Cela est suffisamment grave en soi, mais par dessus le marché, la Ville, qui avait reçu par le passé 58 000 francs de subsides fédéraux pour cet immeuble, doit maintenant les rembourser. En lieu et place du bénéfice annoncé, la Ville a donc, en réalité, perdu de l'argent !

Publié dans Gauchebdo, l'Impartial et l'Express