Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.

25 octobre 2010

Les économistes sont-ils vraiment des scientifiques?


L'Impar-Express du 19 octobre nous explique les arguments des opposants à l'initiative socialiste « pour des impôts équitables ». Ils en appellent à « l'opinion de scientifique » du professeur Bernard Dafflon. Chacun est libre de ses opinions politiques, mais il n'est pas sérieux de faire croire qu'il s'agit de « science ». Ainsi, les opposants prétendent que l'initiative va rendre "les cantons périphériques" vulnérables face à la concurrence internationale. En réalité, elle vise justement l'inverse: nous préserver de la dangereuse concurrence fiscale des cantons de Suisse centrale. Les opposants s'inquiètent également de la perte d'autonomie fiscale des cantons. Mais n'oublions pas que ceux-ci n'ont ni leur propre monnaie, ni le droit de taxer les produits qui traversent leurs frontières. A partir du moment où entreprises, individus et capitaux circulent librement, pourquoi devrait-il y avoir des impôts différents à quelques kilomètres de distance? A tout espace économique unifié devrait correspondre un système fiscal unifié, faute de quoi règne une concurrence fiscale qui ne profite qu'aux privilégiés. L'accumulation de richesse par une petite minorité signifie moins d'argent pour la vaste majorité, donc moins d'activité économique. L'initiative socialiste, qui contribue à réduire les inégalités, est donc une excellente mesure pour lutter contre cette crise qui ne fait peut-être que commencer. En donnant plus de moyens à l'Etat, elle pourrait permettre à ce dernier de diminuer les charges financières qui pèsent sur Monsieur et Madame Tout-le-monde, ainsi que de financer les investissement dont nous avons besoin en matière de transports, de santé ou d'énergie renouvelables.

Non publié

15 octobre 2010

initiative socialiste et liberté

Journal possédé par des riches, le Temps défend les intérêts des riches. Dans son article du 13 octobre, Emmanuel Garessus qualifie l'initiative socialiste contre les abus de la concurrence fiscale de "menace pour la liberté". Il n'a visiblement pas compris la différence entre la liberté, droit à décider de sa propre vie, et le pouvoir, droit à décider de la vie des autres. A partir d'un certain niveau, la richesse relève clairement de la seconde catégorie. M.Garessus déplore également que les cantons risquent de perdre leur "souveraineté fiscale". Mais la concurrence fiscale entre cantons, et plus largement entre pays, ne sert qu'à préserver les intérêts de ceux qui ont les moyens de déplacer leur domicile comme bon leur semble. Contre ce tourisme de l'évasion fiscale, la logique et l'équité voudraient qu'à tout marché unique corresponde un système fiscal harmonisé. Cela garantirait aux Etats les moyens financiers de cette souveraineté que M.Garessus prétend défendre. En récupérant une partie plus importante de la richesse accaparée par une minorité, l'Etat pourrait se donner les moyens d'assurer des prestations de qualité en baissant les impôts des classes modestes et moyennes. Pour la plupart des gens, l'initiative socialiste est donc tout le contraire d'un "programme de hausse d'impôts". La seule chose qu'on puisse lui reprocher, c'est qu'elle ne dépasse pas les frontières de la Suisse, alors que l'Union europénne aurait un urgent besoin d'une réforme du même genre. Dans un grand moment de comique, M.Garessus affirme également que "les cantons en bonne santé recevraient davantage d’argent que nécessaire et seraient incités à le dépenser dans des tâches superflues". Il pense apparemment que les particuliers ne font jamais rien de "superflu". Si on le suit jusqu'au bout, une Rolls Royce ou une piscine privée, c'est utile, alors que des transports publics performants ou des piscines municipales haut de gamme, c'est superflu. Lorsque la Norvège, pays qui a "trop" de revenu, fait des réserves pour les générations futures, c'est superflu, au contraire des bulles spéculatives gonflées par ces riches qui utilisent l'argent tellement mieux que les autorités élues démocratiquement.

01 octobre 2010

Libéralisation et contrats-prisons

En première page du Temps du 30 septembre, Bernard Wutrich fait un éloge appuyé de la « libéralisation » qui « peut  inciter les opérateurs à améliorer leurs offres ». « Le marché des télécommunications en est la preuve », affirme-t-il. Il ne semble pas y avoir de limite à la foi de M.Wutrich dans le pouvoir privé des entreprises et à sa méfiance envers le pouvoir public contrôlé démocratiquement. En parlant de télécommunications, l’entreprise Cablecom vient de m’envoyer mon nouveau contrat. Tenez-vous bien: dans un an le contrat sera automatiquement reconduit pour une nouvelle période de douze mois, sauf si je le résilie avec trois mois de préavis. Ce qu’on appelle la « libéralisation » m’a donc amené à signer un "contrat-prison" abject, qui vise à me piéger et dont la seule justification est justement d’empêcher la concurrence : Cablecom veut qu’il me soit plus difficile de changer d’opérateur. J’espère que cet exemple fera un peu mieux comprendre à M.Wutrich que pour les capitalistes, la concurrence n’est qu'un prétexte hypocrite et un moyen d’arriver au monopole. 
 
Envoyé à la date ci-dessus. On m'a dit que c'était passé

20 septembre 2010

Les caisses-maladies mentent grossièrement !


Une vaste campagne d'affichage couvre actuellement les murs de nos villes pour glorifier les caisses-maladie, très probablement financée d'une façon où d'une autre avec l'argent de nos primes. Comme si cela n'était pas assez scandaleux, on peut lire sur une de ces affiches que les caisses n'ont « pas le droit de faire de profit ». Cela est un mensonge si grossier qu'il devrait être poursuivi en justice, mais je ne sais pas s'il existe une loi qui interdit la diffusion volontaire de fausses informations par des moyens de communication de masse.
Rappelons que si la LAMal interdit bel et bien aux caisses-maladie de faire du profit sur l'assurance de base, elles ont tout à fait le droit d'en faire avec les complémentaires. En quelque sorte, les caisses-maladie travaillent à but non lucratif le matin et cherchent à gagner le plus d'argent possible l'après-midi (à moins que cela soit l'inverse). C'est ce système bizarre qui crée la confusion et permet aux caisses-maladie de nous mentir toute la journée.




Envoyé à tout mon fichier presse. Publié, paraît-il, dans le Nouvelliste et le Courrier

15 septembre 2010

Le PLR est-il vraiment contre la bureaucratie?

Difficile de ne pas hurler de rire en apprenant qu'un parti gouvernemental, en l'occurrence le Parti libéral-radical, lance une initiative pour lutter contre la bureaucratie. La « montagne de papier » qu'ils dénoncent à juste titre, c'est eux qui l'ont érigée.

Lorsque dans les années 60, le POP a lancé une initiative pour augmenter les rentes AVS, les partis gouvernementaux ont préféré créer le deuxième pilier. Deux systèmes de retraite au lieu d'un: bravo pour la simplicité. Des centaines de milliers de gens sont obligés de changer de caisse-maladie chaque année et la droite ose appeler cela libre choix. Dans nôtre drôle de pays, plutôt que de calculer en une seule fois l'argent que le salarié doit à la collectivité (ou l'inverse), différents services facturent séparément impôt cantonal, impôt fédéral, AVS-AI, deuxième pilier, assurance-maladie, assurance-accidents, taxe déchet, voire taxe militaire, tout en reversant simultanément des allocations familiales et des subsides pour l'assurance-maladie. Autant imaginer un supermarché avec des caisses séparées pour les bananes, les raisins secs, les melons et la salade. Tout cela complique non seulement la vie des citoyens, en particulier les petits entrepreneurs, mais amène également toutes sortes d'injustices et d'incohérences, comme ces cas de personnes qui se retrouvent avec moins d'argent quand leur salaire augmente. La seule fonction de cette ridicule usine à gaz, c'est de donner argent, pouvoir et prestige aux juristes et aux politiciens qui la maîtrisent.

Impossible de ne pas signer une initiative qui affirme que «toute personne a droit à des lois compréhensibles et à leur application simple, non bureaucratique et efficace», mais non sans dénoncer le double jeu de ceux qui la lancent.

05 juillet 2010

Pressions politiques sur l’ADC

La dernière assemblée de l’Association de défense des chômeurs de La Chaux-de-Fonds, tenue le 30 juin, a été honorée de la présence de Laurence Aellen, cheffe par intérim du Service de l’emploi. Mme Aellen est venue faire part de son mécontentement quant aux critiques émises envers l’ORP par la permanente de l’ADC, Virginie Rochat, qui avait dénoncé à la presse le cas d’une femme injustement exclue des prestations de l’assurance-chômage : "Elle s'est fait «piéger», comme beaucoup de chômeurs qui oublient que le conseiller ORP a aussi une casquette de policier"(Impartial et Express, 6 et 8 mai derniers). Mme Aellen a le droit de contester l’interprétation des faits en question. Mais elle a choqué la plupart des personnes présentes en rappelant haut et fort que l’ADC est subventionnée par « ses » services et en laissant clairement entendre que l’association a du soucis à se faire si elle ne se tient pas tranquille. Difficile de faire passer plus clairement le message « qui paye commande ». Permettons-nous donc de rappeler à Mme Aellen que ce n’est pas de son argent qu’il s’agit, mais bien de celui du contribuable. Toute démocratie a besoin de contre-pouvoirs, tout particulièrement notre canton dont le gouvernement est en panne de crédibilité. Il est donc tout à fait sain que l’ADC, subventionnée pour un travail social consistant à assister les personnes en difficulté sur le marché du travail, ait le droit de critiquer l’ORP.

03 janvier 2010

Terrorisme : éduquer pour prévenir

Le monde entier est consterné qu’un jeune homme de bonne famille nigériane comme Abdul Farouk Omar Abdulmutallab ait tenté de se faire sauter en compagnie de près de trois cent passagers du vol Amsterdam-Détroit. Pourtant, qu’un fils de banquier devienne terroriste, cela n’est pas si étonnant (même si cela aurait pu être
détonnant).

Les banquiers adorent Pluton, le dieu de la richesse et des enfers. Ils cherchent l’enrichissement personnel, financent les marchands d’armes et sont prêts en toute mauvaise conscience à exterminer des masses humaines à petit feu, en s’alliant à des vendeurs de tabac, de pétrole ou de boissons sucrées. Ils espèrent que cela se sache le moins possible. Ils recrutent des armées d’avocats pour contourner les
lois des hommes.

Les terroristes vénèrent Allah. Ils sont prêts à sacrifier leur vie,sont client des marchants d’armes et considèrent que leur devoir est de tuer des infidèles à coup de grandes explosions. Ils font tout pour faire parler d’eux. Ils pensent que seul Dieu peut les juger.

Même si tant de différences nous interdisent tout amalgame, force est de constater que les uns comme les autres considèrent que la fin justifie les moyens. Le destin d’Abdul Farouk Omar Abdulmutallab n’est donc pas si illogique qu’on essaie de nous le faire croire. Il convient donc dès à présent que les services secrets du monde
entier surveillent de plus près l’éducation des enfants de banquiers. Peut-être même faudrait-il les confier à des institutions spécialisées. Nous devons nous mobiliser sans tarder, car notre
sécurité en dépend.

C'est bien évident, cela n'a été publié nulle part!

02 janvier 2010

M.Frédéric Hainard est-il un voyant ?


En ce début d’année, l’Impartial et l’Express ont une curieuse tendance à rapporter les propos de personnes prétendant prévoir l’avenir. Après avoir consacré un article entier à un soi-disant voyant, ils nous ont fait part de la prédiction de… M.Frédéric Hainard, conseiller d’Etat.
Nous sommes un certain nombre à penser qu’il est regrettable qu’un article ait offert de la publicité gratuite à un diseur de bonne aventure, dont la profession consiste à exploiter la naïveté des personnes les moins éduquées et les plus fragiles pour leur soutirer un maximum d’argent. L’Impartial et l’Express sont même allés jusqu’à publier le numéro de téléphone de cet individu ! L'ayant appelé pour voir, je me suis vu proposer une consultation à 100 francs. A ce prix-là, on peut se demander si L’Impar et l’Express ont vraiment envie que leurs lecteurs soient fauchés au point de ne plus pouvoir payer leurs abonnements.
Quelques jours plus tard, soit le 9 janvier, ont pouvait lire que, selon M.Hainard, « la hausse du chômage pourrait se poursuivre jusqu'en 2013 ». Rien à reprocher ici à nos journaux préférés, qui n’ont fait que rapporter les propos d’un membre de notre gouvernement. Mais on peut s’interroger quant au sens des responsabilités d’un Conseiller d’Etat qui essaie de nous faire croire qu’il sait combien de temps va durer la crise. Evoquer une date précise relève d’un manque de respect pour les citoyens. M.Hainard devrait avoir le courage de nous avouer que, pas plus que quiconque, il ne peut prévoir la conjoncture économique plusieurs années à l’avance, car elle dépend de la combinaison des actes imprévisibles et souvent peu rationnels des habitants de toute la planète. Les économistes qui prétendent le contraire ne valent guère mieux que les voyants.
Mes seules prédictions pour 2013, c’est qu’il y aura des élections. Peut-être alors M.Hainard nous dira–t-il : « J’avais bien dit que l’économie irait mal jusqu’en 2013. Mais en 2014, tout ira mieux. Vous pouvez donc me réélire en toute confiance ».  Bien sûr, le calcul que je prête à M.Hainard n’est qu’une interprétation. Mais s’il la conteste, qu’il nous dise alors par quelle savante équation, par quelle boule de cristal, par quelle illumination, la date de 2013 lui a été révélée.

On m'a dit que c'était passé 

18 décembre 2009

La morale de Merz est-elle vraiment meilleure?


Hans Rudolf Merz tonitrue contre la France, qui « entend utiliser des documents dont la provenance est illégale » (Le Temps, 17 décembre). Tout cela parce que le fisc français, qui veut poursuivre des clients de la succursale genevoise de la banque HSBC, aurait eu connaissance de l’identité des personnes concernées suite au vol, par un informaticien de la banque, d’une liste confidentielle. Mais la colère de notre ministre est-elle vraiment justifiée ? Imaginons que la police, en perquisitionnant en toute légalité le butin d’un cambrioleur, trouve des documents volés qui prouvent qu’une autre personne a commis un meurtre.  M. Merz trouverait-il alors si scandaleux que la police utilise « des documents dont la provenance est illégale » ?
La question se compliquerait un peu dans l’hypothèse, que rien pour l’instant ne démontre, où l’Etat français aurait acheté la liste à l’informaticien de HSBC, se rendant ainsi complice du vol. On pourrait alors se demander si la fin justifie bien les moyens. Mais les banquiers suisses et leur porte-parole au sein du gouvernement, M. Merz, sont-ils vraiment à même de poser cette question de morale, alors même qu’ils sont prêts, pour parvenir à leurs fins, à employer des moyens aussi discutables que l’assistance à l'évasion fiscale de citoyens étrangers ?

Je ne sais plus s'ils l'ont publiée

14 décembre 2009

Legrix tapis dans l'ombre

M.Pierre Hainard, conseiller communal chaux-de-fonnier démissionnaire et candidat au Parlement fédéral, n’est pas un UDC typique. Nombre d’observateurs avertis estiment d’ailleurs qu’il a participé à la création de l’UDC dans le canton uniquement par ambition personnelle, parce que c’était à l’époque la seule façon pour lui d’accéder au Conseil communal, pour lequel ses ex-camarades de parti, les radicaux, n’avaient pas voulu le désigner.
Son image d’UDC modéré et consensuel, encore largement fidèle aux idées radicales, permet à M.Hainard d’être apprécié au-delà des rangs de son parti: au dernières élections communales, plus de 30% de ses voix provenaient de l’électorat non-UDC. Ces électeurs se doutaient-ils alors que leurs voix allaient favoriser l’entrée à l’exécutif de la Chaux-de-Fonds du premier vient-ensuite, M.Jean-Charles Legrix, qui représente l’aile la plus dure et antisociale de l’UDC ? La question est plus importante qu’il n’y paraît, car le scénario pourrait se répéter prochainement. En effet, si les électeurs neuchâtelois propulsent M.Hainard à Berne le 17 janvier prochain, ils le placeront en position idéale pour être réélu en 2011. Rien n’indique alors qu’il ira au bout de son mandat : rappelons qu’il vient de démissionner d’un poste auquel il avait pourtant promis de rester quatre ans. S’il se retire, comme la loi aura changé, cela entraînera alors automatiquement l’élection de son premier vient-ensuite, dont on peut parier qu’il sera comme d’habitude M.Legrix. Avant de voter pour M.Hainard, les électeurs neuchâtelois feraient donc bien de se demander s’ils souhaitent vraiment prendre le risque de favoriser la carrière d’un représentant de l’aile dure de l’UDC…

04 décembre 2009

Une recette faite de bénévolat et de convivialité

Lieu social, le restaurant Ekir à La Chaux-de-Fonds inaugure une nouvelle façon de consommer.
C’est sans doute le meilleur rapport qualité-prix en ville de La Chaux-de-Fonds. Le restaurant Ekir vous accueille tous les midis du lundi au vendredi dans les anciens locaux de l’Association de défense des chômeurs, rue de la Serre 90, à deux pas de la gare. Le repas complet avec la salade, le dessert et la cruche d’eau posée sur la table ne coûte que sept francs pour les adultes et trois francs pour les enfants. Pour ceux qui souhaitent compléter par un verre de vin ou un café, les boissons sont toutes à un franc. Ekir est un lieu ouvert à tout un chacun, sans exception. Les clients qui se sentiraient gênés par les prix trop bas sont tout à fait libres de verser une contribution supplémentaire au moment de l’addition ou de glisser un petit quelque chose dans la boîte prévue à cet effet. A moins qu’ils ne préfèrent se contenter des soirées de soutien organisées de temps à autre, où le repas est à 20 francs.
Etre comme on est vraiment
Le secret tient en un mot : bénévolat. Certains sont là tous les jours ou presque, d’autres ne viennent qu’occasionnellement : ils sont plusieurs dizaines au total. Il suffit d’avoir « du temps et du cœur », que l’on soit débutant ou cuisinier chevronné. Rentiers AI, bénéficiaires de l’aide sociale, chômeurs ou sans-papiers font la cuisine, le service ou le nettoyage aux côtés de gens plus aisés, sans aucune différence de traitement. Peu importe que tous n’aient pas le même rythme de travail. Tous bénéficient d’un repas gratuit les jours où ils travaillent, mais viennent avant tout chercher le contact humain et le plaisir de donner quelque chose.
Programme d’insertion
Si le rendement n’est pas la préoccupation essentielle d’Ekir, cela n’empêche pas certaines personnes de faire preuve d’une efficacité et d’un sens des responsabilités remarquables, alors qu’elles sont rejetées par le marché de l’emploi, voire même considérées officiellement comme incapables de travailler. Elles expliquent ce paradoxe par l’absence d’obligations, l’absence de hiérarchie et le droit d’aller à leur propre rythme : « Ici, on peut être comme on est vraiment, pas comme dans la vraie vie ». Le plaisir de voir immédiatement le résultat de son travail est également invoqué, par opposition à ces usines où l’on fabrique des composants dont on ne sait même pas à quoi ils vont servir. Ekir est donc en quelque sorte un programme d’insertion autogéré. Là encore, le rapport qualité-prix est imbattable, car il n’y a pas besoin de salarier le moindre travailleur social, ce qui contribue également à renforcer l’attrait du lieu pour les gens qui ont des problèmes d’insertion. Ici, on n’est pas un « dossier » à traiter, mais simplement un collaborateur dont le travail est reconnu et apprécié et auquel les clients sont redevables.
Avis aux amateurs
Dans cette association sans comité et sans hiérarchie, chacun a son mot à dire à l’assemblée, où entre dix et vingt personnes planifient chaque mercredi soir le travail de la semaine suivante. Le menu hebdomadaire est ensuite largement diffusé, afin que les clients puissent choisir le jour dont le menu les allèche le plus. Le vendredi est le jour des spécialités, qui sont aussi variées que les origines géographiques des cuisiniers. Les bénévoles d’Ekir ne se contentent pas de faire de la restauration mais cultivent également un jardin, d’où ils tirent une partie de leurs légumes. Les murs de la salle à manger, qui accueillent pour l’instant les toiles de Samuel Müller, sont prêts à s’ouvrir à d’autres artistes. En soirée, Ekir abritait également un cybercafé encore très récemment, mais les locaux se sont finalement révélés inadaptés. Il y a donc de la place pour de nouvelles activités, avis aux amateurs.
Une grande ambition
Pourtant, la survie à long terme d’Ekir n’est pas encore complètement assurée. En effet, si le prix payé par les clients pour le repas couvre l’achat de la nourriture, l’association dépend pour son loyer de soutiens au coup par coup. Les négociations avec les autorités chaux-de-fonnières en vue d’une subvention permanente sont toujours en cours. Paradoxalement, le dossier est plus avancé avec la ville voisine, Le Locle, qui semble disposée à verser quelques milliers de francs par année à un restaurant social qui ne se trouve pourtant pas sur son territoire. Une ouverture d’esprit admirable qui permettra peut-être à Ekir de réaliser une de ses plus grandes ambitions : baisser le prix du repas…

20 novembre 2009

Pourquoi je ne suis pas communiste

A l’heure où le Parti suisse du Travail envisage sérieusement de s’appeler « Parti communiste suisse », il est important de rappeler que tous ses membres ne se considèrent pas comme « communistes ». Ne pouvant parler au nom de tous, je n’exposerai dans ici que ma vision personnelle, même si je pense que de nombreux camarades me rejoignent sur bien des points.

J’étais communiste à quinze ans. Je rêvais d’une société sans argent, formée de citoyens suffisamment responsables pour travailler bénévolement et consommer sans abuser. D’ailleurs, tout le monde agit de temps à autre dans l’intérêt collectif sans chercher d’avantage personnel, que ce soit en travaillant bénévolement ou simplement en triant ses déchets. Plus ces comportements seront répandus, mieux nous vivrons ; peu importe que l’on appelle cela « communisme », « christianisme », « islam », « humanisme » ou « sens civique ». Mais je ne crois plus que toute la société puisse reposer sur ce principe et que des gens ordinaires tels que moi-même puissent construire une société complètement communiste. J’éprouve la même sympathie pour ceux qui croient à un futur communiste que pour ceux qui croient en un Dieu d’amour, mais je suis incroyant dans les deux cas.

Chacun choisit sa vie

Le peuple n’étant pas spontanément communiste, on a parfois envie que l’Etat l’y force. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en partie, en Suisse comme ailleurs, et c’est très bien ainsi. Des institutions comme l’impôt progressif, les assurances sociales et bien d’autres, que le Parti a toujours défendues, sont inspirées de la devise communiste « de chacun ses capacités, à chacun ses besoins ». Ce principe contribue à rendre notre société plus humaine et plus juste. Mais un Etat qui le pousserait jusqu’à son extrême limite, décidant des capacités et besoins de chacun dans les moindres détails, ne serait-il pas liberticide ?

Certains souhaitent avoir un minimum de soucis et un maximum de temps libre, pendant que d’autres aspirent aux responsabilités et sont prêts à travailler quatre-vingts heures par semaines. Ceux qui attachent peu d’importance aux biens matériels sont perplexes face à ceux qui rêvent de luxe et sont prêts à trimer comme des fous, contribuant de la sorte à la prospérité commune. Au nom de quoi devrions-nous empêcher chacun de choisir sa vie ?

Ne pas confondre pouvoir et liberté

Jusqu’à présent, certains lecteurs se demandent peut-être en quoi je me distingue de la droite modérée, qui défend elle aussi un compromis entre liberté économique et solidarité. Il faut, tout simplement, différencier clairement liberté et pouvoir : faire ce qu’on veut de sa vie, ce n’est pas la même chose que faire ce qu’on veut de la vie des autres. La liberté de garder le fruit de son labeur est une bonne chose et n’a rien de capitaliste, car l’essence même du capitalisme est le pouvoir de garder le fruit du labeur des autres. Le petit entrepreneur qui crée des richesses en ne gagnant pas forcément plus que ses employés n’est pas un capitaliste. Au contraire, il vit de son travail et est exploité lui aussi par les millionnaires et milliardaires, ceux qui sont convaincus que c’est leur argent qui travaille. Eux que nous laissons à tort s’appeler « libéraux », alors qu’ils ne défendent pas tant la liberté de créer de la richesse que le pouvoir de se l’approprier.

Une tendance parmi d’autres

Au sein du Parti, Je n’ai jamais affirmé quoi que ce soit de contraire à ce qui figure dans cet article. Il est vrai que j’ai laissé, sans réagir, des camarades affirmer que nous étions un parti communiste, sous-entendant ainsi que j’étais d’accord avec eux, moi qui voulais simplement éviter un long et épuisant débat dont je ne percevais pas l’utilité, alors même que nous sommes d’accord sur l’essentiel des actions à mener ici et maintenant. Mais s’il y a un malentendu, je n’en suis pas le seul responsable, car on ne m’a jamais demandé si j’étais communiste ou pas. Le Parti ressemble un peu à une église qui accepterait les athées : on peut y adhérer sans être communiste, mais il ne faut pas le dire trop fort. J’ai toujours espéré quant à moi que ceux qui se disent « communistes » accepteraient à la longue de devenir une tendance du Parti parmi d’autres. Leur volonté de s’approprier maintenant le Parti en changeant son nom est un facteur de division et risque d’en éloigner des militants potentiels. Même si j’étais communiste, j’hésiterais donc sérieusement à baptiser ainsi Parti suisse du Travail.

16 novembre 2009

Assurance gratuite contre les islamistes

« Les loyers augmenteront si la nouvelle loi sur l’énergie est acceptée ». C’est que nous affirment certains milieux de l’immobilier dans l’Impartial du 15 novembre. En guise de preuve, ils nous brandissent le devis d’un seul immeuble et affirment que la loi entraînerait, pour un loyer de 950 francs, une augmentation de CHF 134.25, car les frais d’isolation du bâtiment ne seraient pas amortis par l’économie d’énergie réalisée. Toutefois, il n’est pas précisé que ce chiffre, prétentieusement donné au centime près, n’est qu’une estimation dépendante du prix du pétrole, qui augmentera à coup sûr dans un avenir pas si lointain. S’il n’est certes pas impossible que la loi sur l’énergie entraîne une hausse temporaire des dépenses de certains locataires, ceux-ci seront gagnants à la longue. De plus, l’argent dépensé pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments le sera dans la région et contribuera aux finances de l’Etat neuchâtelois plutôt qu'à celles de Khaddafi ou du régime Saoudien. Plutôt que de vouloir interdire des minarets totalement inoffensifs, j’espère que le peuple neuchâtelois aura la sagesse de se rendre moins dépendant des régimes islamistes et de prendre une assurance gratuite contre les prochains chocs pétroliers en votant OUI à la nouvelle loi sur l’énergie.

13 mai 2009

La pseudo-science de la finance


« La physique quantique pour nous sortir de la crise financière » : c'est ce que propose M. Sandro Schmidt dans le Temps du 12 mai. Voilà un financier de plus qui veut nous faire croire que lui-même ou ses collègues, grâce aux mathématiques, ont des dons qui dépassent notre entendement. Il veut nous faire oublier que sa branche a une fonction en fait assez terre à terre : collecter l’argent des épargnants pour le prêter à des entrepreneurs soumis aux aléas les plus imprévisibles de la folie humaine (domaine dans lequel un certain bon sens est un guide plus sûr que des modèles mathématiques irréalistes).
Malheureusement, les financiers se sont rendu compte qu’ils gagnaient plus d’argent en jouant un rôle d’intermédiaires parasites inventant des « produits financiers » si tarabiscotés que même certains professionnels avouent qu’ils ne savent pas ce qu’ils vendent. Ce n’est sans doute pas les mathématiques de la physique quantique, encore plus complexes, qui vont les y aider.
Il n’est pas sans piquant de rappeler que la fonction première des « produits » financiers les plus élaborés est en théorie de permettre une meilleure gestion du risque, maintenant que cette croyance a contribué à aggraver la pauvreté dans le monde entier (alors la plupart des responsables du désastre continuent à encaisser de juteux salaires pour propager leurs superstitions nuisibles).  
Il est temps de comprendre enfin l’évidence: plus on ajoute d’intermédiaires et plus on complexifie les modèles, plus les rapports économiques sont opaques. En dernière analyse, la prolifération parasitaire des financiers a pour principale conséquence d’amener les épargnants à prêter de  l’argent à des gens  à qui ils ne devraient pas en prêter. Et nous ne sommes pas encore relevés de la crise que M. Sandro Schmidt nous invite à nous faire de nouvelles illusions pour de nouvelles chutes...
« La physique quantique pour nous sortir de la crise financière » : c'est ce que propose M. Sandro Schmidt dans le Temps du 12 mai. Voilà un financier de plus qui veut nous faire croire que lui-même ou ses collègues, grâce aux mathématiques, ont des dons qui dépassent notre entendement. Il veut nous faire oublier que sa branche a une fonction en fait assez terre à terre : collecter l’argent des épargnants pour le prêter à des entrepreneurs soumis aux aléas les plus imprévisibles de la folie humaine (domaine dans lequel un certain bon sens est un guide plus sûr que des modèles mathématiques irréalistes).
Malheureusement, les financiers se sont rendu compte qu’ils gagnaient plus d’argent en jouant un rôle d’intermédiaires parasites inventant des « produits financiers » si tarabiscotés que même certains professionnels avouent qu’ils ne savent pas ce qu’ils vendent. Ce n’est sans doute pas les mathématiques de la physique quantique, encore plus complexes, qui vont les y aider.
Il n’est pas sans piquant de rappeler que la fonction première des « produits » financiers les plus élaborés est en théorie de permettre une meilleure gestion du risque, maintenant que cette croyance a contribué à aggraver la pauvreté dans le monde entier (alors la plupart des responsables du désastre continuent à encaisser de juteux salaires pour propager leurs superstitions nuisibles).  
Il est temps de comprendre enfin l’évidence: plus on ajoute d’intermédiaires et plus on complexifie les modèles, plus les rapports économiques sont opaques. En dernière analyse, la prolifération parasitaire des financiers a pour principale conséquence d’amener les épargnants à prêter de  l’argent à des gens  à qui ils ne devraient pas en prêter. Et nous ne sommes pas encore relevés de la crise que M. Sandro Schmidt nous invite à nous faire de nouvelles illusions pour de nouvelles chutes...

Lettre de lecteur publiée dans le Temps

29 avril 2009

Démocratie à la mode Raiffeisen


Je me souviens il y a quelques années avoir vu à la télévision une assemblée des actionnaires de l’UBS où deux ou trois « gros » actionnaires, debout au premier rang, mettaient à eux seuls en minorité une salle entière de petits actionnaires en colère. Une telle chose n’est évidemment pas possible dans une coopérative comme la banque Raiffeisen des Montagnes neuchâteloises, qui a tenu son assemblée le 24 avril dernier : la voix de chacun des 619 coopérateurs présents au Locle avait la même valeur. Etant de ceux qui croient que la démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes des entreprises, j’y ai proposé que Raiffeisen Montagnes neuchâteloises prenne position contre les salaires abusifs des dirigeants de Raiffeisen Suisse et se prononce en faveur d’un plafonnement à 600 000 francs par an du salaire du directeur, qui se déplacerait paraît-il en jet privé et gagnerait un ou deux millions par année (Je m’excuse de l’imprécision, mais le Conseil d’administration de Raiffeisen Montagnes neuchâteloises n’a pas été en mesure de me donner des chiffres plus précis, faisant preuve d’un étonnant manque d’intérêt pour un sujet qui devrait pourtant le concerner au premier chef).
Je dois avouer que j’ai un peu honte de ma modération presque extrémiste, sachant ce que 600 000 francs représentent pour la plupart des gens, sachant aussi que nombreuses personnes dont l’activité demande des qualités bien plus pointues que celles d’un directeur de banque se contentent de rémunération infiniment moins élevés. Bien des banquiers nous ont d’ailleurs prouvé ces derniers temps que les salaires pharaoniques ne sont nullement une preuve de compétence. 
Pourtant, le président du Conseil d’administration a refusé de mettre ma proposition au vote, sans même m’expliquer pourquoi il s'y  opposait. Il m’a simplement expliqué que le Conseil d’administration détient la prérogative exclusive de fixer l’ordre du jour de l’Assemblée des coopérateurs, dont les compétences sont ainsi extrêmement réduites, puisqu'elle doit se contenter de dire "oui" ou "non" à ce qu'on lui propose. Et c’est ainsi que j’ai découvert les limites de la démocratie à la mode Raiffeisen... Reconnaissons malgré tout que la fondue chinoise offerte était excellente.


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09 avril 2009

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?
Les économistes les plus en vue critiquent sévèrement le nouveau plan de sauvetage des banques américaines…

« J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Voilà ce qu’Hans-Rudolf Merz répondait le 8 novembre de l’an dernier aux journalistes du Temps qui l’interrogeaient au sujet du « joli cadeau » accordé à l’UBS. Merz disait la vérité, mais à hauteur de moins de 10%, soit les 6 milliards de francs suisses prêtés par la Confédération à l’UBS.
Les journalistes du Temps se gardaient bien de lui poser la question qui fait mal : que pensez-vous donc des 54 milliards de dollars avancés par la Banque Nationale Suisse ? Rappelons que la BNS prête cette somme, supérieure au budget annuel de la Confédération, dans une « société à but spécial ». En cas de faillite de cette société, une partie de l’argent prêté pourra être perdu par la BNS, sans possibilité de le réclamer à l’UBS, même si celle-ci retrouve le chemin du profit dans l’intervalle. Cette éventualité est tout sauf improbable, quand on sait que le « but spécial » en question est de racheter à l’UBS des « actifs pourris » à un prix d’achat fixé par des « experts », qui sera à n’en pas douter un prix « politique », un prix que personne d’autre n’est prêt à mettre.

Marché faussé
Confronté au même problème que la Confédération, Barack Obama a choisi une « solution » similaire. Personne sur le marché n’est prêt à acheter les actifs pourris à un prix que les banques pourraient accepter sans se retrouver immédiatement en faillite. Donc, il faut les racheter au prix fort avec de l’argent public. 
Toutefois, plutôt que sur des experts, l’administration américaine compte sur le marché pour fixer le prix. Mais comment faire pour que ce prix soit artificiellement surévalué ? Comment convaincre les investisseurs d’acheter des actifs trop cher, c’est à dire en sachant qu’une baisse est beaucoup plus probable qu’une hausse ? Personne ne serait assez fou pour faire un tel pari, à moins de pouvoir jouer l’argent de quelqu’un d’autre, en l’occurrence celui des contribuables américains.
Afin de fausser le marché dans le sens désiré, l’Etat américain a lancé récemment un programme permettant aux investisseurs de créer des fonds d’investissements publics-privés, destinés à racheter des actifs pourris. L’argent nécessaire sera avancé à 93% par l’Etat, à raison de 86% sous forme de prêt et 7% sous forme d’actions du fonds. Un investisseur peut donc acquérir des actifs pourris en avançant seulement 7% de leur prix, ce qui correspond à la moitié des actions du fonds. En cas de faillite du fonds, le prêt de l’Etat ne sera pas remboursable.
De ces petits montages entre amis, il résulte qu’en cas de baisse des actifs, l’Etat peut perdre jusqu’à 13 fois plus d’argent que l’investisseur ! En revanche, si le prix des actifs monte, le gain est partagé à 50-50 entre l’investisseur et l’Etat, qui sont actionnaires à parts égales, bien que l’Etat ait investi 11 fois plus! Dans l’hypothèse où le prix d’un paquet actif augmenterait de 50%, le gain de l’investisseur serait de 350% de la mise de départ, alors que l’Etat ne gagnerait que 27% de sa mise !

Obama pire que Bush ?
Certains des plus fameux économistes américains ont vertement critiqué ce plan, dont les deux prix Nobel classés « à gauche » que sont Paul Krugman et Joseph Stieglitz, ce dernier estimant qu’il s’agit d’« un partenariat dans lequel un partenaire vole l’autre ». Même pour Jeffrey Sachs, néo-libéral promoteur des thérapie de choc, le plan de l’administration Obama est « une tentative à peine voilée de transférer des centaines de milliards de dollars d’argent public aux banques commerciales, en achetant aux banques des actifs toxiques bien au dessus de leur valeur de marché… Pas étonnant que la capitalisation boursière des banques ait augmenté de 50% ».
Sachs considère même que du point de vue du contribuable américain, le nouveau plan est pire que celui adopté l’automne dernier à l’époque de George W.Bush.  Il met également en évidence un autre effet pervers du système : si les banques veulent racheter leurs propres actifs pourris à des prix surfaits avec l’argent de l’Etat, en avançant seulement 7% de la somme, il sera très difficile de les en empêcher, car “il y a des tas de manières de le faire indirectement, comme par exemple acheter les actifs d’une autre banque qui en retour achètera les vôtres”.

Aucune excuse
Le plan de l’admnistration américaine, pas plus que les cadeaux fait à l’UBS, n’est nécessaire pour sauver l’économie. Rien ne justifie ces détournements d’argent public. Pour Jeffrey Sachs, « il existe d’excellentes alternatives ». Il propose par exemple de fonder une « bonne Citibank », qui reprendrait les activités viables, pendant que l’entreprise originelle, la « mauvaise Citibank », garderait les actifs pourris. Les actions de la « bonne Citibank », propriété de la « mauvaise Citibank », serviraient à indemniser les créanciers et les actionnaires de cette dernière, destinée à être liquidée.
Bien évidemment, un tel plan aurait également pu s’appliquer à l’UBS. Mais peut-être eût-il fallu que les principaux partis au pouvoir, ici comme aux Etats-Unis, n’aient pas été stipendiés par les banquiers…

25 mars 2009

Péclet et la défense hypocrite des rentiers

Défendre les rentiers du capital en faisant semblant de défendre le mérite des travailleurs : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet s’inquiète du « risque de passer d’une extrême à l’autre ». Il trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, qui est pourtant le cœur du problème. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, je suis sûr que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société.

21 mars 2009

Subvention communale pour les lave-vaisselle


« Le métal que nous récupérons n’est pas assez propre ! » C’est ce que le Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, présent in corpore hier soir à Espacité, tenait à faire savoir à la population. Cause du problème : les gens ne lavent pas assez bien les boîtes de conserves usagées. Beaucoup se contentent de nettoyer à la main, alors que les instructions figurant sur les bennes de récupération sont pourtant sans ambiguïté, comme nos lecteurs pourront le vérifier sur la photo ci-contre.  « Beaucoup trop de bactéries  survivent sans aucune difficulté à un lavage à la main et sécrètent ensuite des acides qui rendent problématique la cohésion du métal en fusion ». Pour assurer un recyclage optimal, le lave-vaisselle est indispensable.
Malgré tout, nos autorités reconnaissent qu’il n’est pas à la portée de tous d’accomplir ce devoir civique. « Il faut bien se rendre compte que tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter un lave-vaisselle », nous a rappelé un conseiller communal, « la Ville serait mal venue de faire la morale à ces gens sans leur donner les moyens d’agir ». Raison pour laquelle les personnes qui ne posséderaient pas encore de lave-vaisselle et auraient des difficultés à en acheter un peuvent dès à présent d’adresser à l’administration communale, qui leur octroiera, selon leur situation, des aides ciblées sous forme de prêts ou de dons. 

Non publié

Capital et travail: qui mérite quoi?


Défendre les privilèges en faisant semblant de défendre le mérite de ceux qui travaillent dur : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, alors que c’est bien ce dernier qui est la cause de la plus grande partie des inégalités. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, j’espère que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société. 

15 mars 2009

Endettement : agir à la source du problème



L’impartial et l’Express du 13 mars nous apprennent que nous sommes «
champions de Suisse » de l’endettement et que le conseiller d’Etat
Roland Débely veut « comprendre les mécanismes », puis « définir des
mesures » pour « atténuer les effets néfastes». On peut pourtant se
demander si le gouvernement cantonal ne devrait pas commencer par
balayer devant sa porte. Rappelons en effet qu’il a renoncé à
introduire un prélèvement à la source de l'impôt alors que les retards
de payement sont une cause importante de paupérisation, même pour les
« bons contribuables ». Ayant moi-même aidé les gens à remplir leurs
feuilles d’impôts au secrétariat du POP (qui est spécialisé dans cette
tâche depuis pas mal d’années), j’en ai rencontrés beaucoup qui ne
savaient pas que les bulletins de versement qu’ils reçoivent au cours
de l’année ne reposent que sur des estimations. Ayant tout payé
ponctuellement, ces contribuables expriment une stupéfaction
désespérée lorsque je leur explique qu’ils devront encore verser des
milliers de francs. L’Etat devrait, au strict minimum, mieux informer
les populations à risque : jeunes en fin de formation, étrangers qui
obtiennent un permis C (et ne sont donc plus imposés à la source comme
les permis B), chômeurs dont le revenu augmentera lorsqu’ils
retrouveront du travail.
L’autre source d’endettement importante est bien sûr le petit crédit.
Là encore, la volonté affichée par le Conseil d’Etat contraste avec
les affiches publicitaires omniprésentes qui incitent les gens à
s’endetter à des taux d’intérêts très élevés, alors que dans bien des
cas d’autres solutions existent (par exemple, négocier des facilités
de payement avec le dentiste coûte moins cher que d’emprunter à 12%).
La publicité jouant un rôle très important dans l’éducation de la
population, il semble évident que des messages incitant les gens à se
mettre dans la m… devraient être interdits. Si M.Debély voulait nous
convaincre de sa bonne foi, il devrait prendre clairement position en
faveur d’une loi fédérale allant dans ce sens.

09 janvier 2009

Avancée démocratique: inquiétude des autorités helvétiques.

Plus de 60 000 signatures valables ont été récoltées contre la loi sur le
passeport biométrique. Phénomène extraordinaire, car, comme nous le disent
l'Impar et l'Express du 8 janvier, "ce résultat n'a pas été obtenu par une
grande organisation politique ou de société civile: c'est le résultat des
efforts de groupes de jeunes qui ont su exploiter Internet en leur faveur"
(même si L'Impar et l'Express omettent de mentionner certaines
organisations ayant participé à la récolte de signatures, comme par
exemple le POP et le fan-club du FC Zurich).
Le vice-chancelier de la Confédération nous le rappelle: "Il n'y a eu
aucun vrai débat préalable lorsque la question a été discutée aux
Chambres". Il est réjouissant de
constater que les citoyens, ne se sentant pas représentés par le monde
politique, ont décidé d'agir.
Bizarrement, nos autorités semblent plutôt s'inquiéter de cette
vitalité démocratique. Le Conseil fédéral a entamé une réflexion,
préoccupé non par le fait que la loi avait été votée sans vrai débat,
mais au contraire par la réaction des citoyens, parce qu'il serait
devenu trop facile, à cause d'Internet, de récolter des signatures.
Nos ministres reprendraient-ils à leur compte la fameuse phrase de
Berthold Brecht: "le gouvernement a perdu la confiance du peuple, il
faut changer le peuple"?
Cette fantastique récolte de signature m'amène à en espérer d'autres,
notamment au sujet du scandaleux montage financier concocté l'an
dernier au profit de l'UBS. Pour être bref, et contrairement à ce
qu'avancent MM. Merz et Couchepin, tout a été combiné pour que cette
banque ne doive pas rembourser la totalité de l'argent qu'on lui
prête. Devant ce scandale, le recours à la démocratie directe s'impose
et l'idée d'une initiative fédérale a été avancée dans ce canton à la
fin de l'an dernier. Les événement récents m'incitent à espérer que
les pessimistes se trompent quand ils affirment que la récolte de 100
000 signatures représenterait une tâche trop gigantesque pour être
réalisée sans le soutien d'un grand parti politique.

20 novembre 2008

INITIATIVE ANTI-CADEAUX


 Ce texte, envoyé un peu partout, représenta une tentative un peu don-quichottesque d'attaquer l'UBS. Isolé, manquant d'expérience, sans les qualités nécessaires pour entraîner les foules, je finis par laisser tomber. Merci à la télévision neuchâteloise Canal Alpha et à RTN qui m'ont donné la parole. Toutefois, je reste persuadé que pour une telle initiative, même pas de gauche, les signatures auraient pu être récoltées comme des petits pains.


Ceci est un appel adressé à tous les citoyens et citoyennes de ce pays, en vue de former un comité pour lancer une initiative fédérale. Il s'agit tout simplement de garantir qu'UBS soit tenue de rembourser l'argent qu'on lui avance, au même titre que n'importe quel citoyen et n'importe quelle PME. Cette exigence n'est ni de gauche ni de droite : il s'agit simplement de faire respecter des principes élémentaires d'équité.
La teneur de l'initiative devrait être en gros la suivante, sous réserve d'examen par un juriste :
1)      Si la Confédération ou la BNS fournissent une aide financière à une entreprise en difficulté, elles n'ont pas le droit de conclure des accords qui pourraient amener à une situation telle que de l'argent public soit perdu alors que dans le même temps les actionnaires de l'entreprise en gagneraient de nouveau.  
2)      L'initiative entre en vigueur avec effet rétroactif au 1er janvier 2008. La Confédération et la BNS entreprennent toutes les démarches possibles, en modifiant la législation si cela est possible et nécessaire, en vue de récupérer l'argent qu'elles auraient pu perdre à la suite d'accords conclus avant l'adoption de l'initiative.

LES FAITS
Il est important de comprendre qu'il y a deux prêts :
1)  La Confédération prête 6 milliards de francs à l'UBS, à 12,5 %. Cette somme sera convertie dans deux ans en actions UBS, au prix de 20 francs par action.
 http://www.news-service.admin.ch/NSBSubscriber/message/fr/22019
2)  La BNS prête 54 milliards de dollars à une « société à but spécial », constituée pour l'occasion et qui aura son siège aux Îles Cayman,  qui a pour but de racheter des « actifs illiquides » de l'UBS à hauteur de 60 milliards de dollars et de les revendre au cours des années à venir.
Les 6 milliards de francs prêtés par la Confédération à l'UBS doivent lui permettre d'investir 6 milliards de dollars dans la « société à but spécial ».

Qu'on le déplore ou s'en félicite, il semble probable que la majorité des citoyens de ce pays admette qu'il est nécessaire de sauver l'UBS de la faillite. A ce titre, il n'y a pas grand-chose à redire à un prêt à 12,5% de la part de la Confédération. La conversion du prêt en actions UBS est peut-être plus discutable, car la Confédération pourrait perdre de l'argent dans l'éventualité où l'action UBS baisserait. Toutefois, ce risque est compensé par les gains importants que la Confédération pourrait engranger si le cours de l'action remonte, comme le pense Hans-Rudolf Merz (Le Temps, 8.11.08). En outre, si la Confédération perd de l'argent, les actionnaires en perdront aussi. Dans, l'ensemble, l'accord passé entre la Confédération et UBS peut donc sans doute être qualifié d'honnête.
En revanche, le prêt de la BNS s'apparente à un cadeau pur et simple au bénéfice d'UBS. Il importe de se demander pourquoi la BNS prête de l'argent à une « société à but spécial » plutôt que directement à l'UBS. La raison, évidente, figure dans le communiqué de la BNS : « UBS pourra ainsi être déchargée de l'essentiel de son exposition résiduelle aux segments à problème du marché du crédit ». http://www.snb.ch/fr/mmr/reference/pre_20081016_1/source/pre_20081016_1.fr.pdf
Traduit en clair, cela veut dire que la BNS sera exposée à la place de l'UBS. Certes, tant que les pertes ne dépassent pas six milliards de dollars, elles seront à la charge de l'UBS. Mais tout ce qui dépassera ce montant représentera une perte sèche pour la Banque nationale. Selon le directeur de la BNS Jean-Pierre Roth « la diversité des actifs toxiques repris devrait permettre de limiter les dégâts ». (Le Temps, 17 octobre)  Ce qui sous-entend clairement que dégâts il y aura.
Il est impossible de prédire la somme que la « société à but spécial » tirera des 60 milliards d'actifs illiquides (qu'on appelle aussi « actifs pourris » ou « actifs toxiques ») qu'elle sera chargée de liquider. Une grande partie de ces actifs n'étant plus négociés sur le marché, leur prix d'acquisition par la « société à but spécial » sera fixé par une « expertise indépendante » qui fait un peu sourire, car personne ne peut savoir combien valent réellement ces actifs (n'oublions pas que ce sont les projections erronées d'« experts » qui ont mis UBS au bord de la faillite). Seule certitude: la BNS va payer un prix que personne d'autre au monde n'est prêt à mettre, car c'est la raison même de son intervention. La soi-disant « expertise indépendante » fixera donc le prix selon des critères politiques et il serait tout à fait inattendu que la « société à but spécial » fasse du bénéfice. Il est beaucoup plus probable qu'elle essuie des pertes qui seront répercutées sur la BNS, pendant que l'UBS assainie en profitera pour retrouver la voie des profits…

LES RAISONS D'AGIR
Il est prévu que le prêt de la Confédération soit soumis à l'approbation de l'Assemblée fédérale, mais celle-ci n'aura rien à dire concernant les 54 milliards avancés par la BNS, car celle-ci est indépendante du pouvoir politique. Pourtant, il s'agit bel et bien d'argent public. Rappelons que la BNS verse la plus grande partie de ses bénéfices à la Confédération et aux Cantons http://www.snb.ch/fr/iabout/snb/org/id/snb_org_indep. Il est donc fondamental que les citoyens de ce pays réagissent et appellent les gouvernements de leurs cantons respectifs à se joindre au mouvement de protestation.
Le lancement de l'initiative exercera une pression sur les experts qui décideront (avec des méthodes aussi objectives qu'une boule de cristal) de la quantité d'actifs illiquides que la société à but spécial recevra en échange des 60 milliards. Ainsi, nous pouvons contribuer immédiatement à limiter la quantité d'argent public perdu par la BNS au bénéfice d'UBS.
Lorsque l'initiative passera devant le peuple dans quelques années, si on s'aperçoit que la BNS a perdu de l'argent alors que l'UBS en gagne de nouveau beaucoup, on peut espérer que la majorité de la population estimera alors qu'il serait juste que l'UBS rembourse. L'effet rétroactif prévu par l'initiative deviendra alors très intéressant. La clause rétroactive a volontairement été formulée de manière imprécise, car il n'est pas sûr qu'il soit juridiquement possible de revenir sur un accord conclu par une autorité étatique. Mais même si les démarches de la Confédération pour récupérer l'argent de la BNS se limitent à une simple demande adressée à UBS sans contrainte juridique, on ose espérer que la pression d'un vote populaire amènerait UBS à céder.
Même si c'est le cadeau fait à UBS qui détermine le lancement de l'initiative, sa formulation est générale et devrait permettre de limiter à l'avenir d'autres faveurs abusives aux grandes entreprises.

FORMATION D'UN COMITE D'INITIATIVE
J'adresse ce message, en tant que simple citoyen de condition modeste, à un maximum de représentants du monde politique, du monde associatif et des médias. Mon fichier d'adresses étant tout à fait incomplet, je vous prie de diffuser ce document aussi largement que possible, en particulier en dehors du Canton de Neuchâtel et dans les autres régions linguistiques. Si les milieux les plus divers acceptent de s'engager, l'effort de chacun dans la récolte de signatures restera modéré.
J'invite les personnes, associations ou partis politiques intéressées à me contacter en vue de former un comité d'initiative (dont je ne souhaite pas forcément faire partie à titre personnel et que je ne veux surtout pas présider). Toute personne prête à traduire ce texte dans les autres langues nationales est bienvenue.                                                                                                                                      
La Chaux-de-Fonds, le 20 novembre 2008

08 novembre 2008

UBS : Mensonge par omission

Il y a de quoi tomber à la renverse en lisant le Temps du 8 novembre. Lorsque les journalistes Bernard Wutrich et Willy Boder interrogent Hans Rudolf Merz au sujet du « joli cadeau » que représentent les 60 milliards de dollars avancés à l’UBS, notre ministre répond simplement : « J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Réponse vraie, mais vraie pour moins de 10%. En effet, le prêt de la Confédération ne représente que 6 milliards de CHF, alors que la BNS avance 54 milliards de dollars pour acheter des « actifs pourris », prenant ainsi le risque de perdre un très très gros paquet dans l’aventure, pendant que les actionnaires de l’UBS assainie continueront à toucher des dividendes.
« La Confédération ressortira gagnante », nous assure M.Merz. Mais on aurait vraiment aimé entendre son avis concernant la BNS. Que chacun décide qui fait le plus mal son travail : un conseiller fédéral qui ne répond qu’à 10% d’une question, ou bien les journalistes qui publient une telle réponse sans esprit critique ?

17 octobre 2008

Argent public détourné pour l'UBS

Je suis peut-être méfiant de nature, mais « les actifs toxiques » ne m'inspirent pas confiance. « La banque centrale assume tous les risques, car UBS - à qui la gestion des actifs sera déléguée - est totalement déliée de l'obligation de rembourser s'il y a des pertes », nous apprend Le Temps (17.10). Jean-Pierre Roth, directeur de la Banque nationale suisse, ne me rassure guère lorsqu'il affirme que « la diversité des actifs toxiques repris devrait permettre de limiter les dégâts ». Car cela sous-entend que dégâts il y aura, sous forme de cadeaux purs et simples des contribuables aux actionnaires de l'UBS. Même un petit pourcentage des 54 milliards avancés par la Banque nationale suisse, cela fait une somme rondelette.
Il était pourtant élémentaire d'éviter cela. La nécessité de sauver l'UBS n'est en rien une excuse à ce qui ressemble à un détournement de fonds pur et simple. Car on aurait pu exiger que les prévisibles pertes sur les actifs toxiques soient à la charge de l'UBS. Il serait tout simplement normal qu'on bloque tout versement de dividendes aux actionnaires tant que l'Etat n'aura pas été remboursé.
On a un peu trop tendance dans cette crise, à concentrer la critique sur les rentes abusives des PDG (refusons-nous à parler de salaires).  C'est oublier que les dividendes des actionnaires sont encore moins le fruit légitime d'un travail et que la seule chose qui les justifie, c'est que la mise de départ peut être perdue. Rappelons en effet qu'en cas de faillite, les actionnaires ne peuvent recevoir de l'argent que si tous les autres créanciers ont pu être remboursés au préalable.  
En mettant sur pied un montage financier où les pertes seront épongées par la collectivité alors que les actionnaires encaisseront de nouveau des dividendes dans un avenir proche, le Conseil fédéral, qui semble avoir oublié les principes les plus élémentaires du capitalisme, fait de nous une république bananière. Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas rembourser les gens qui perdent au casino? 

Lettre de lecteur publiée dans le Temps, octobre 2008

26 septembre 2008

LETTRE OUVERTE A M.WILLEMIN



Monsieur le rédacteur en chef,

Au cours du débat du mercredi 24 septembre au Club 44, un spectateur vous a interrogé au sujet des profits de l'Impartial et l'Express. Vous avez donné au public présent l'impression d'une étrange ignorance.
Vous ne vous êtres apparemment jamais soucié de savoir combien les journaux que vous dirigez rapportent à leur propriétaire, le mystérieux M.Hersant que vous n'avez paraît-il vu qu'une seule fois, mais dont on peut soupçonner qu'il a envie de réaliser quelque profit financier grâce à ses acquisitions dans la région. Vous n'ignorez sans doute pas que nous vivons dans un monde où les gens riches estiment que leur argent leur donne droit à un revenu; où celui qui, ayant placé 1 millions, touche 100 000 francs par année (sans fournir aucun travail en contrepartie) aimerait en recevoir 150 000.
Lors de l'apéritif qui a suivi le débat, nous étions plusieurs à nous dire que le montant des profits de M.Hersant, s'il n'intéresse peut-être pas pas le rédacteur en chef que vous êtes, est d'un très grand intérêt pour les lecteurs. Vous avez souligné à plusieurs reprise à quel point les gens sont attachés à leurs quotidiens régionaux: ne seraient-ils pas en droit de savoir quel proportion de leurs frais d'abonnement finissent dans les poches du nabab qui s'est payé un élément si important de la vie des Montagnes neuchâteloises et des régions environnantes?

20 septembre 2008

Pourquoi je ne suis pas communiste

Avant la conférence du PST, le Neuchatelois, Christophe Schouwey, défend un parti « capable d’accueillir tous les militants potentiels ».
A l’heure où le Parti suisse du Travail envisage sérieusement de s’appeler « Parti communiste suisse », il est important de rappeler que tous ses membres ne se considèrent pas comme « communistes ». Ne pouvant parler au nom de tous, je n’exposerai dans ici que ma vision personnelle, même si je pense que de nombreux camarades me rejoignent sur bien des points.
J’étais communiste à quinze ans. Je rêvais d’une société sans argent, formée de citoyens suffisamment responsables pour travailler bénévolement et consommer sans abuser. D’ailleurs, tout le monde agit de temps à autre dans l’intérêt collectif sans chercher d’avantage personnel, que ce soit en travaillant bénévolement ou simplement en triant ses déchets. Plus ces comportements seront répandus, mieux nous vivrons ; peu importe que l’on appelle cela « communisme », « christianisme », « islam », « humanisme » ou « sens civique ». Mais je ne crois plus que toute la société puisse reposer sur ce principe et que des gens ordinaires tels que moi-même puissent construire une société complètement communiste. J’éprouve la même sympathie pour ceux qui croient à un futur communiste que pour ceux qui croient en un Dieu d’amour, mais je suis incroyant dans les deux cas.
Chacun choisit sa vie
Le peuple n’étant pas spontanément communiste, on a parfois envie que l’Etat l’y force. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en partie, en Suisse comme ailleurs, et c’est très bien ainsi. Des institutions comme l’impôt progressif, les assurances sociales et bien d’autres, que le Parti a toujours défendues, sont inspirées de la devise communiste « de chacun ses capacités, à chacun ses besoins ». Ce principe contribue à rendre notre société plus humaine et plus juste. Mais un Etat qui le pousserait jusqu’à son extrême limite, décidant des capacités et besoins de chacun dans les moindres détails, ne serait-il pas liberticide ?
Certains souhaitent avoir un minimum de soucis et un maximum de temps libre, pendant que d’autres aspirent aux responsabilités et sont prêts à travailler quatre-vingts heures par semaines. Ceux qui attachent peu d’importance aux biens matériels sont perplexes face à ceux qui rêvent de luxe et sont prêts à trimer comme des fous, contribuant de la sorte à la prospérité commune. Au nom de quoi devrions-nous empêcher chacun de choisir sa vie ?
Ne pas confondre pouvoir et liberté
Jusqu’à présent, certains lecteurs se demandent peut-être en quoi je me distingue de la droite modérée, qui défend elle aussi un compromis entre liberté économique et solidarité. Il faut, tout simplement, différencier clairement liberté et pouvoir : faire ce qu’on veut de sa vie, ce n’est pas la même chose que faire ce qu’on veut de la vie des autres. La liberté de garder le fruit de son labeur est une bonne chose et n’a rien de capitaliste, car l’essence même du capitalisme est le pouvoir de garder le fruit du labeur des autres. Le petit entrepreneur qui crée des richesses en ne gagnant pas forcément plus que ses employés n’est pas un capitaliste. Au contraire, il vit de son travail et est exploité lui aussi par les millionnaires et milliardaires, ceux qui sont convaincus que c’est leur argent qui travaille. Eux que nous laissons à tort s’appeler « libéraux », alors qu’ils ne défendent pas tant la liberté de créer de la richesse que le pouvoir de se l’approprier.
Une tendance parmi d’autres
Au sein du Parti, Je n’ai jamais affirmé quoi que ce soit de contraire à ce qui figure dans cet article. Il est vrai que j’ai laissé, sans réagir, des camarades affirmer que nous étions un parti communiste, sous-entendant ainsi que j’étais d’accord avec eux, moi qui voulais simplement éviter un long et épuisant débat dont je ne percevais pas l’utilité, alors même que nous sommes d’accord sur l’essentiel des actions à mener ici et maintenant. Mais s’il y a un malentendu, je n’en suis pas le seul responsable, car on ne m’a jamais demandé si j’étais communiste ou pas. Le Parti ressemble un peu à une église qui accepterait les athées : on peut y adhérer sans être communiste, mais il ne faut pas le dire trop fort. J’ai toujours espéré quant à moi que ceux qui se disent « communistes » accepteraient à la longue de devenir une tendance du Parti parmi d’autres. Leur volonté de s’approprier maintenant le Parti en changeant son nom est un facteur de division et risque d’en éloigner des militants potentiels. Même si j’étais communiste, j’hésiterais donc sérieusement à baptiser ainsi Parti suisse du Travail.

19 novembre 2007

Des congressistes résolus

« En l’état le budget 2007 est inacceptable », estiment les 31 militants qui ont participé dimanche dernier au Congrès du POP neuchâtelois à la Maison du Peuple de La Chaux-de-Fonds. Bien que des divergences soient apparues sur la question de savoir si le Parti socialiste neuchâtelois était ou non « ultra-libéral », personne n’est content de la politique actuelle du Conseil d’Etat. La première majorité « de gauche » de l’histoire du Canton a amèrement déçu. Jean-Pierre Renk, venu représenter nos alliés de Solidarité, a même parlé de « trahison ».

Bien que le budget 2007, à la faveur d’une conjoncture économique favorable, s’annonce « moins pire » que celui de 2006, il reste en deçà de celui de 2005, le dernier voté par la défunte majorité libérale-radicale. Par exemple, l’aide sociale, qui était inférieure aux recommandations fédérales en 2006, serait remise au niveau de ces dernières, mais ne retrouverait malgré tout pas le niveau qui était le sien à l’époque de la droite.

Cette politique du « demi-retour », ce « cran en moins à la ceinture », que le Conseil d’Etat veut appliquer également aux prestations complémentaires et aux subsides de l’assurance-maladie, est inacceptable pour le POP, qui exige le « retour à la situation qui prévalait en 2005 ». Il en fait « une condition minimum pour accepter le budget 2007 ». D’autant plus que le seul sacrifice qui était demandé aux riches en 2006, l’impôt sur la fortune, sera supprimé en 2007. Les députés popistes présents se sont donc déclarés résolus à refuser le budget si nécessaire et à ne pas répéter leur erreur de l’an dernier, où ils avaient accepté un budget catastrophique qui a entraîné des pertes de pouvoir d’achat de plusieurs milliers de francs pour de nombreux ménages.

« L’an dernier, nous avons été pris de cours et nous n’avons pas osé refuser le budget six mois seulement après le changement de majorité, de peur que le PS s’allie avec la droite », nous a expliqué Laurence Boegli. Mais cela s’est révélé plus catastrophique que ce que le POP croyait. Plusieurs camarades étaient d’avis que nous nous sommes fait rouler par le « marchand de tapis » Jean Studer. Ce dernier espère sans doute maintenant, après avoir plongé notre tête sous l’eau en 2006, obtenir notre reconnaissance en nous laissant respirer une petite bouffée d’air en 2007. Nous devons donc nous méfier des « presque » et des « petits caractères dans le contrat », de la part d’un gouvernement qui est souvent à « gauche dans le discours et à droite dans les faits ».

Le POP se retrouve ainsi dans la situation un peu gênante de devoir refuser un budget 2007 pourtant « moins pire » que celui qu’il avait accepté pour 2006. Il est donc important qu’il admette publiquement qu’il a commis une erreur à l’époque, ce qu’ont déjà fait certains députés. On se plaira à constater que personne n’a cédé à la facilité de leur faire des reproches à ce sujet, ce qui est révélateur de la bonne ambiance qui a régné samedi après-midi.

Des privatisations rampantes
Si les prestations sociales destinées aux plus démunis ont été au centre des débats, les sujets de mécontentement ont été innombrables. Qu’on pense à l’école, où le gouvernement ne se pas contente d’augmenter le nombre d’élèves par classe, mais s’attaque également aux classes spéciales destinées aux élèves maîtrisant mal le français. Il a même privé les élèves des degrés 6 et 7 de psychologues scolaires. Les militants ont également été choqué par le projet de « salaire au mérite » pour les pensionnaires des EMS, l’idée étant que ceux d’entre eux qui sont trop malades pour profiter de leur argent de poche ne le recevrait plus.
Dans sa déclaration finale, le Congrès a notamment dénoncé « les privatisations rampantes de plusieurs tâches essentielles de l’Etat », telles que les hôpitaux, les soins à domiciles, la psychiatrie ou les institutions spécialisées. Il s’est également inquiété des disparités de plus en plus grande entre les différentes régions du Canton, et en particulier des rumeurs de démantèlement de services dans les hôpitaux du Locle, de La Chaux-de-Fonds et de Couvet.

Vers un scénario inédit ?
Quelques militants ont profité de la présence de vieux routards de la politique pour leur demander ce qui se passerait si le budget ne passait pas la rampe du Grand Conseil, hypothèse qui se réaliserait si et la droite et le POP votaient « non ». La réponse est que dans le cas où aucun budget n’était adopté avant le 1er janvier 2007, le catastrophique budget 2006 serait reconduit mois par mois jusqu’à ce qu’éventuellement les députés parviennent à se mettre d’accord sur autre chose.
Il importe que les militants du POP se mettent dès maintenant à réfléchir aux stratégies à adopter dans un tel scénario, loin d’être improbable bien qu’inédit dans le canton.

11 novembre 2007

Comment éclairer un pays opaque ?

Une fois de plus, Sébastien Guex, invité par ATTAC à la Maison du Peuple de La Chaux-de-Fonds, n’a pas laissé ses auditeurs indifférents. Le professeur-assistant de l’Université de Lausanne a le rare talent d’exposer des thèmes ardus en mots simples et passionnants, mettant ainsi un peu de lumière sur ce pays extrêmement opaque qu’est la Suisse.
On ne peut que regretter que sa conférence n’ait été suivie que par le cercle des enthousiastes habituels, soit à peine une trentaine de personne. Il serait peut-être judicieux, à l’avenir, d’inviter cet orateur percutant à débattre avec une personnalité de droite, afin que ses idées atteignent un auditoire plus large.
Le principal enseignement qu’on peut tirer de la soirée est l’incroyable richesse de la bourgeoisie suisse. Cela ne semble pas être un scoop. Pourtant, qui dans l’auditoire savait que depuis 26 ans consécutifs, la Suisse, fait peut-être unique au monde, a un excédent de balance courante ? En langage claire, cela veut dire que chaque année, il y a plus d’argent qui rentre dans le pays que d’argent qui en sort, si on prend en compte à la fois le payement des biens et des services et les intérêts des capitaux.
Il est assez impressionnant qu’au cours de cette période de fantastique accumulation de capital, on ait réussi à populariser l’image d’une Suisse affaiblie et en crise, notamment grâce aux fameux 130 milliards de dettes de la Confédération, qu’on nous sert matin midi et soir, alors même qu’en réalité il sont largement compensés par la fortune colossale de la Banque nationale.
La richesse des entreprises, est également largement sous-estimées. Ainsi, un historien qui a eu la chance d’accéder aux archives SBS de l’entre-deux-guerres est arrivé à la conclusion que les bénéfices déclarés étaient de 80% inférieurs aux véritables chiffres. Des conclusions semblables ont été obtenues pour trois autres entreprises, et tout laisse penser que ce genre de pratiques est encore florissant de nos jours.
A l’issue de la conférence, on ne peut que se demander comment faire suffisamment peur à la bourgeoisie pour qu’elle redistribue une partie de sa phénoménale richesse. Ne négligeons pas la vulgarisation de certaines données de nature à soulever l’indignation du public, comme le fameux 1% d’impôt sur le bénéfice payés effectivement par les entreprises dans le Canton de Neuchâtel, chiffre que le gouvernement neuchâtelois a été obligé d’admettre grâce au brillant travail d’ATTAC.
Cet exemple est à suivre et on ne peut qu’encourager les militants à tout faire pour mieux connaître et faire connaître la situation de leurs cantons respectifs, autant en ce qui concerne la fiscalité des entreprises que de la véritable situation financière des collectivité publiques, dont la comptabilité n’est peut-être pas toujours présentée d’une manière digne de confiance.

10 novembre 2007

Une taxe mal pensée

Les Communistes de Genève, proposent l’introduction d’une taxe de 12 francs pour chaque passager arrivant à Cointrin (GH, 3.11), s’inspirant de ce qui existe déjà dans d’autres pays comme la France ou la Suède. Il est certes regrettable qu’une fois de plus, on taxe la consommation des individus plutôt que les revenus du capital. Malgré tout, cette taxe-là n’est pas la pire, dans la mesure où elle est susceptible de freiner un tout petit peu la croissance d’un mode de transport très polluant.
Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’elle porte sur les passagers plutôt que sur les avions. Cela revient non seulement à favoriser les marchandises au détriment des gens, mais également les avions vides au détriment des avions pleins. Pourtant, tout le monde devrait être d'accord pour penser qu’un un avion bien rempli vaut mieux qu’un avion à moitié vide, à la fois d'un point de vue écologique (à nombre de passagers égal, il y aura moins d’avions dans le ciel) et d'un point de vue économique (à nombre d’avions égal, plus de gens peuvent voyager).
Il faudrait que nous nous libérions une fois pour toutes de la tendance faire reposer le poids de tous les problèmes de société sur les épaules des individus, au point de nous faire croire que ce qui pollue, ce n’est pas les avions, mais les gens qui sont assis dedans.

01 novembre 2007

Non à la taxe TV

Je m’étonne de lire dans ces colonnes Christiane Jaquet-Berger faire l’éloge de la taxe radio-TV (GH du 27 octobre).
Pour les gens les plus pauvres, cette taxe de 1.32 francs par jour ou 480 francs par an (ce qui fait beaucoup dans les deux cas) représente souvent le prélèvement fiscal le plus important auquel ils sont soumis (il importe ici de démentir la rumeur persistante selon laquelle les bénéficiaires de l’aide sociale seraient dispensés du payement de la taxe). D’où une « fraude » bien compréhensible et très répandue. Nombreux sont ceux qui, à chaque coup de sonnette, vivent dans la crainte de voir apparaître la silhouette sinistre de l’inspecteur de Billag.
N’est-ce pas également un devoir de citoyen que de s’opposer à une taxe qui finance des événements aussi contestables que la coupe du monde de football ou les jeux olympiques, où des gladiateurs modernes se ruinent la santé en propageant l’idée monstrueuse que le bonheur consiste à être meilleur que les autres ? Y a-t-il vraiment un inconvénient à laisser le secteur privé couper cela avec des publicités ?
Certes, le système actuel est peut-être un moindre mal, face à l’alternative d’une information exclusivement aux mains du capital. Mais il n’en demeure pas moins que dans une démocratie, facturer l’information au citoyen est aussi absurde que de facturer le droit de vote et que son financement doit donc incomber à la collectivité.

31 octobre 2007

Cancer du sein : la politique du provisoire

Neuchâtel rattrape les autres cantons romands en traînant les pieds. Mais pour combien de temps ?

Une femme sur 10 développera un cancer du sein au cours de sa vie. Environ 1400 Suissesses, dont 45 à 50 Neuchâteloises, en meurent chaque année. Il n’est pas à donc pas à l’honneur du canton de Neuchâtel d’être le dernier de Romandie, avec 14 ans de retard sur le canton de Vaud, à mettre sur pied un programme de dépistage par mammographie.
Un humanisme rentable
Rappelons qu’à la suite d’une motion déposée par le médecin popiste Marcelo Droguett et acceptée sans opposition par le Grand Conseil, le Conseil d’Etat (de droite) publiait en 2004 un rapport demandant un crédit de 1,4 millions pour financer un programme sur 5 ans. On lit notamment que même Santésuisse est favorable au dépistage par mammographie car « un seul traitement chimiothérapique lourd coûte plusieurs dizaines de milliers de francs en une année ». Le Conseil d’Etat nous dit aussi qu’« il s'agit également de prendre en compte les conséquences économiques des absences sur les lieux de travail des femmes atteintes d'un cancer ».

Un court-termisme pathologique

Coup de tonnerre en août 2005. Par une invraisemblable volte-face et en violation totale de l’esprit de la démocratie, le Conseil d’Etat « de gauche », fraîchement élu, décidait soudainement de retirer le rapport juste avant le débat prévu au Grand Conseil, sans même prévenir les députés de sa propre majorité. Voilà qui est symptomatique de la dégénérescence qui a atteint le débat politique dans le canton de Neuchâtel depuis l’adoption en juin 2005 des instruments dits de « maîtrise des finances », qui condamnent le canton à un court-termisme pathologique.

Une protestation louable
Tentant de faire croire que la décision de comptables myopes prise par le Conseil d’Etat relevait d’une véritable vision, M.Debély osait parler d’une « volonté de lutter contre le cancer du sein », mais affirmait vouloir inscrire cette lutte dans un « véritable programme cantonal de promotion de la santé », évoquant pêle-mêle l’obésité, le tabagisme et le sport, « l’objectif étant de garantir et d’améliorer la qualité de vie ». En évoquant ce « programme cantonal », cache-sexe de circonstance destiné à masquer la vacuité des ses arguments, le Conseil d’Etat était d’autant moins crédible qu’il n’expliquait à aucun moment pourquoi il renonçait soudain à l’objectif à long terme mentionné dans le rapport, soit « un programme unique de dépistage romand ». On ne peut que féliciter Marcelo Droguett d’avoir alors quitté la salle en signe de protestation.
Nouveau coup de théâtre quelques jours plus tard, la Banque cantonale neuchâteloise (BCN) annonçant qu’elle faisait don au Canton des 1,4 millions manquant. Un an et demi plus tard, après de dures négociations avec Santésuisse concernant le coût des mammographies, le programme va enfin démarrer et toutes les Neuchâteloises âgées entre 50 et 70 ans seront progressivement invitées à des mammographie gratuites.

Une récupération choquante

S’il est heureux que Neuchâtel rattrape ainsi son retard, il est malgré tout déplorable qu’une motion lancée par un député du POP soit récupérée pour diffuser dans le grand public l’idée profondément antidémocratique selon laquelle les banques seraient plus généreuses et humaines que l’Etat. On peut se demander en effet quelle proportion de la population différencie une institution d’intérêt public comme la BCN d’une vulgaire entreprise privée comme l’UBS. Il est également assez saumâtre qu’il revienne à Roland Debély de lancer la campagne de prévention et qu’il se fasse photographier par la presse locale en train d’affirmer que «mieux vaut prévenir que guérir».
De plus, rien n’est acquis définitivement, le financement des mammographies n’étant garanti que pour 4 ans par le don de la BCN. On se réjouit à l’avance d’entendre le discours que nos autorités nous serviront à cette échéance.

10 octobre 2007

Sans-contrats de tous les pays, unissez-vous !

Le chômage est un phénomène que beaucoup de gens ne comprennent pas bien : pourquoi y-a-t-il des gens qui ne travaillent pas alors qu’il y aurait tant de choses à faire ? La réponse est simple : parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour les payer. Ayant compris cela aussi bien que nous, nos autorités ont depuis longtemps eu l’idée de faire travailler les chômeurs à prix réduit. Cette histoire étant insuffisamment étudiée, nous passons peut-être tous les jours sans le savoir sur des routes bâties par les « chômeurs » des années trente, dont rien ne rappelle la mémoire. Aujourd’hui encore, certaines administrations seraient bien embêtées si elles ne pouvaient plus compter sur les « chômeurs ».
Il est d’ailleurs un peu dérangeant qu’on continue de parler de « chômeurs » pour désigner ces travailleurs. Je propose donc de désigner par « sans-contrats » les travailleurs qui ne bénéficient pas d’un contrat de travail reconnu en tant que tel, même si en général on leur fait signer des « contrats d’insertion ». En règle générale, le travail du sans-contrat est considéré à priori comme dénué de toute valeur et l’argent qu’il reçoit est n’est pas considéré comme un salaire. Même s’il a accompli un travail extraordinaire, un sans-contrat au bénéfice de l’assurance-chômage n’est pas sûr de recevoir de l’argent à la fin du mois, car il faut en outre qu’il prouve qu’il a cherché un autre travail et n’a refusé aucun « emploi convenable ».
A défaut de pouvoir obtenir qu’on accorde un contrat de travail à tous les travailleurs, la gauche se doit de revendiquer un minimum de dignité pour les sans-contrats.
Premièrement, nul ne devrait être obligé à accepter un emploi sans contrat de travail. Il importe donc que la gauche s’oppose à tout projet allant dans ce sens, comme par exemple actuellement dans le canton de Neuchâtel où le Conseil d’Etat prévoit d’imposer du travail sans contrat à tous les bénéficiaires de l’aide sociale de moins de trente ans. Soit dit en passant, même d’un point de vue de droite, si vraiment on souhaite que plus de bénéficiaires de l’aide sociale travaillent à prix réduit pour la collectivité, il paraît plus efficace de les motiver en les traitant avec plus de dignité plutôt que de les contraindre.
Deuxièmement, toute personne qui travaille devrait être dispensée de justifier de recherches d’emplois, ainsi que de convocations régulières à des entretiens qui servent principalement à lui rappeler que ce qu’elle fait n’est pas du « vrai travail ». Nous connaissons le cas d’une personne en contrat d’insertion qui était convoquée à des entretiens que son assistante sociale fixait volontairement en dehors de ses heures de travail. Qui donc apprécierait de devoir rendre visite à son patron pendant ses jours de congé ? Le principe de la surveillance des chômeurs est discutable en lui-même, car il tend à mettre la responsabilité du chômage sur ceux qui en sont victimes. Mais dans le cas de personnes qui travaillent à prix réduit pour la collectivité, cela relève de l’acharnement.
Troisièmement, il faudrait cesser de diviser les sans-contrats en sous-travailleurs (personnes au bénéfice de l’assurance-chômage), en sous-sous-travailleurs (personnes aux mesures de crises) et en sous-sous-sous-travailleurs (personnes à l’aide sociale). Certes, ces catégories ont leur utilité pour l’administration. Par exemple, un bénéficiaire de l’aide sociale qui a obtenu un droit aux mesures de crises après avoir rempli un certain nombre de conditions pourra être considéré comme « réinséré », ce qui permettra de publier des statistiques flatteuses. Mais en réalité, ces catégories de fous sont tout juste bonnes à rendre les gens alcooliques. Passer d’un pseudo-emploi à un autre n’a rien à voir avec de l’insertion professionnelle et il est plutôt désagréable d’être considéré comme une patate chaude que les différents services cherchent à se refiler autant qu’ils peuvent.
Sans nul doute, on nous rétorquera que certains sans-contrats sont incapables de fournir un travail satisfaisant et qu’il n’est donc pas correct d’affirmer que la collectivité les exploite. Mais si c’est le cas, cela veut dire que ces personnes ne pourront de toutes manières pas retrouver d’emploi, du moins dans un avenir proche. Cela veut aussi dire, très souvent, qu’elles ont eu un parcours difficile et ont une piètre estime d’elles-mêmes. Nous voyons là des raisons supplémentaires de ne pas les rabaisser par des contrôles inutiles, de ne pas considérer à priori leur travail comme dénué de toute valeur et ne pas les surveiller comme des parasites.

Lutte des classes au POP

Au cours d’une récente discussion de parti, un militant chômeur protestait contre l’absence de mise au concours des postes dans l’administration cantonale, désormais réservés à la mobilité interne des fonctionnaires victimes des déstructurations en cours.
Les fonctionnaires présents ont réagi avec une certaine perplexité. Ils comprenaient mal qu’un camarade puisse s’attaquer à cette revendication syndicale importante qu’est le reclassement au sein de la fonction publique des employés de l’Etat éjectés de leur service.
Pourtant, d’un point de vue de chômeur de longue durée, des lois qui biaisent les mises au concours au profit de ceux qui sont déjà dans le système ont quelque chose de fondamentalement choquant, car elles ne font que renforcer l’inégalité des chances déjà existante.
Cet authentique conflit de classe entre salariés et chômeurs est traditionnellement théorisé par des économistes de droite, le capital ne s’étant jamais privé de diviser pour régner. La politique de l’autruche étant mauvaise conseillère, le POP se doit de débattre ouvertement de cette contradiction qui durera aussi longtemps que nous n’aurons pas réussi à imposer une politique de plein emploi.
Dans ce débat, il importe avant tout de savoir que les interlocuteurs ne sont pas égaux, car les chômeurs sont peu organisés, craignent de s’engager et leur parole a généralement moins de poids. Par conséquent, toute arrogance vis-à-vis d’eux ne fera que les pousser dans les bras de l’UDC.

23 septembre 2007

Villes : le classement des propriétaires

Le classement des villes suisses de Bilanz (publié à la fin du mois de juillet) a déjà été largement critiqué, mais un élément essentiel n’a pas été suffisamment mis en évidence. Sans même le vérifier, on peut facilement affirmer que le niveau des loyers n’a pas été pris en compte dans ce classement comme il l’aurait dû. Sinon, il est évident que des villes comme La Chaux-de-Fonds (116ème) ou Le Locle (120ème et dernière), dont les appartements spacieux et moins chers qu’ailleurs font se pâmer d’envie les visiteurs lémaniques ou zurichois, auraient obtenu un bien meilleur classement.
Cette bizarrerie méthodologique s’explique lorsqu’on constate que l’étude a été réalisée par un « centre d’information et de formations immobilière». Certes, il est normal que ces gens analysent la réalité en fonction de leurs préoccupations. Mais il est scandaleux que la presse destinée aux citoyens ordinaires s’en fasse aussi largement l’écho. Dans de tels cas, il serait important de protester auprès de la presse et d’exiger qu’elle indique clairement qu’elle rapporte le point de vue bien particulier d’une minorité. Une minorité fortunée qui cherche à encaisser des loyers aussi élevés que possible et dont les intérêts ne coïncident pas du tout avec ceux de la majorité de la population.

19 août 2007

Ne nous vendons pas à n’importe qui !

Les personnes au chômage ressentent souvent un sentiment de dévalorisation pouvant entraîner de lourdes souffrances psychiques, parfois plus graves que les conséquences purement financières de leur situation. Qu’on pense à cet homme qui n’osait pas écouter de musique pendant la journée, de peur que ses voisins l’entendent et se rendent compte qu’il était chômeur.
Les chômeurs ont honte parce qu' « ils ne gagnent pas leur vie ». Mais qu’entend-on exactement par « gagner sa vie » ? En réalité, cette expression contient deux sens qu’on devrait prendre soin de distinguer. D’une part, cela veut dire « recevoir de l’argent en échange d’un travail ». D’autre part, cela signifie également « faire quelque chose d’utile », afin de ne pas avoir l’impression d’être « à la charge de la société ».
Il faudrait éviter le plus possible d’utiliser cette expression réactionnaire formée des mots : « gagner sa vie ». En effet, son usage répété amène à penser que ses deux sens sont équivalents et que toute personne rémunérée pour une activité, quelle qu’elle soit, accomplit quelque chose d’utile. C’est pourtant loin d’être toujours le cas. Bien que le travail soit à la source de toute richesse, tout travail n’est pas utile.
Il existe même du travail nuisible. Qu’on pense à la publicité qui incite à s’endetter pour acheter des voitures inutilement dangereuses et polluantes ; aux juristes qui manigancent pour contourner les lois ; aux comptables qui oeuvrent à l’évasion fiscale ; à la promotion de certains médicament par l’industrie pharmaceutique, souvent plus préoccupée de ses profits que de santé publique ; au tabac ; aux armes ; à la presse qui ne peut pas dire la vérité lorsque celle-ci va à l’encontre de l’intérêt des annonceurs dont elle dépend. Sans oublier les vendeurs de téléphones mobiles qui nous harcèlent dans la rue.
Il serait déplacé de faire un quelconque reproche aux travailleurs de toutes ces industries, qui ne sont pas responsables des politiques de leurs dirigeants, n’ont pas vraiment le choix et sont même parfois exploités, certains au point d’y perdre leur santé voire leur vie. Mais il est important de se rendre compte que ce qu’ils font est souvent nuisible à la société et ne contribue qu’à remplir les poches de patrons peu soucieux du bien commun. On peut se demander s’il est raisonnable de considérer qu’ils « gagnent leur vie » et méritent plus de considération que les personnes sans emploi. Ces dernières peuvent du moins se targuer de ne rien faire de nuisible. Il faut donc qu’elles aient le courage de penser et de dire (sauf bien sûr aux gendarmes de l’ORP) qu’il n’y a pas plus de honte à ne rien faire qu’à faire n’importe quoi.
C’est une belle chose que d’avoir envie de faire quelque chose d’utile, mais cela ne veut pas dire qu’il faut être prêt à se vendre à n’importe qui pour « gagner sa vie », car cela profitera avant tout aux patrons les moins soucieux du bien commun, ainsi qu’aux actionnaires qui, rappelons-le, encaissent des dividendes sans fournir le moindre travail en contrepartie.
Les politiques des gens qui nous gouvernent créent du chômage. C’est malheureux mais c’est ainsi. Si vos compétences et votre envie de bien faire ne sont pas mises à contribution, il n’y a donc aucune raison pour que vous culpabilisiez une seule seconde. Et si vous arrivez à vivre heureux avec pas trop d’argent en profitant de votre temps libre, nous ne pouvons que vous faire part de nos plus chaleureuses félicitations.