Dans
une interview parue dans le Temps du 15 novembre, l'ancien ministre
allemand Joschka Fischer appelle la France et les pays du sud de
l'Europe à imiter le modèle allemand dont il fut autrefois un des
instigateurs : produire plus et consommer moins.
Cette politique de la fourmi est d'une certaine manière un succès
et a permis à l'Allemagne de conquérir de nombreux marchés. Mais
un pays qui exporte plus qu'il n'importe a pour contrepartie
nécessaire, c'est de la mathématique élémentaire, d'autres pays
qui importent plus qu'il n'exportent et finiront tôt ou tard par ne
plus pouvoir payer. La politique hyper-compétitive de l'Allemagne
est donc une des principales causes des actuels problèmes de
l'Europe du Sud. Joschka Fischer devrait comprendre qu'il est
impossible que tous les pays du monde deviennent des exportateurs
nets, sauf à trouver de nouveaux marchés sur la planète Mars. La
solution consiste donc à faire l'exact contraire de ce qu'il
préconise : mieux distribuer le pouvoir d'achat afin que le
monde puisse, tout simplement, consommer ce qu'il est capable de
produire. L'austérité n'aurait de sens que si elle ne portait que
sur les activités les plus polluantes. Mais la décroissance non
ciblée vers laquelle nous semblons aller – moins d'éducation,
moins de services médicaux, moins d'infrastructures, moins de
nouvelles énergies – n'est qu'une autodestruction pure et simple.
Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
17 novembre 2012
01 octobre 2012
Et si on revotait ?
Il est fréquent en Suisse que des projets refusés une première fois par le peuple soient finalement acceptés sous une forme légèrement modifiée. Ceux qui ont voté « non » par révolte contre l'actuel gouvernement cantonal auront l'occasion en avril prochain de faire tomber les têtes qui leur déplaisent. Peut-être le nouveau Conseil d'Etat aura-t-il la crédibilité nécessaire pour faire passer un Transrun bis, en faisant moins de gaffes et en prenant en compte les craintes des opposants, par exemple en proposant un financement sur 50 ans plutôt que 25 ou en introduisant dans l'article constitutionnel des garanties pour les régions qui craignent d'être délaissées. Il conviendrait que les partisans du projet se mobilisent, par voie de pétition ou d'initiative, pour demander un nouveau vote. Cela donnerait à nos élus la justification dont ils rêvent pour pouvoir donner une deuxième chance au Transrun devant le peuple. Personnellement, aux prochaines élections, je ne donnerai ma voix qu'à des candidats s'engageant à faire voter un Transrun bis. Croire que nous ne revoterons jamais, c'est penser que le peuple est imbécile, car il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
01 septembre 2012
L'impôt sur la valeur locative est-il vraiment injuste?
Mme A, propriétaire à 100% de son
logement, gagne 3000 francs, sans loyer à payer. Sa collègue Mme B
paie CHF 1000.- de loyer, pour un logement identique à celui de Mme
A, mais gagne 4000 francs car elle fait des heures sup'. Mme A et Mme
B ont donc exactement le même niveau de vie. Elles paient le même
impôt, car l'Etat considère correctement que Mme A jouit d'un
revenu en nature de CHF.- 1000.-, un revenu de pierre bien solide,
qui n'a rien de “fictif”. Mme A pourrait d'ailleurs le
transformer en revenu monétaire à tout instant, simplement en
prenant un locataire.
Il est ahurissant que la majorité de
la classe politique, y compris des socialistes égarés, puisse
considérer que Mme A, la propriétaire, soit victime d'une
injustice. Si quelqu'un mérite une baisse d'impôts, c'est plutôt
Mme B, la locataire, qui doit travailler plus que Mme A pour le même niveau de vie.
Certes, Mme A a dû travailler pour
acheter son logement. Il n'en demeure pas moins qu'elle bénéficie
d'un supplément de revenu, car elle jouit de son logement sans que sa valeur ne diminue. Elle gagne donc de l'argent grâce
à sa fortune, au même titre que si elle l'avait investi en bourse.
Il est juste que ce supplément soit imposé.
Les notions de mérite et
d'enrichissement par le travail sont centrales dans notre société.
Pourtant, la majorité semble estimer que l'argent gagné avec de
l'argent doit être moins imposé que l'argent gagné en travaillant.
C'est à se demander si les historiens du futur y comprendront
quelque chose.
Deux trajets pour le prix d'un
Toutes les dépenses sont désagréables,
mais certaines sont parfois incontournables. Ainsi, il est idiot de
repousser une visite chez le dentiste pour faire des économies. De
même, dans notre pays où on se déplace de plus en plus, il faut
investir dans les transports publics. Même les automobilistes les
plus accros, incapables de marcher cinq minutes (pour de bonnes ou de
mauvaises raisons), ont tout intérêt à ce qu'on transfère une
partie du trafic vers le rail. La Vue-des-Alpes est déjà saturée.
En 2022, date prévue pour la mise en service, le Transrun sera
devenu urgent pour accueillir au moins une partie des automobilistes
en trop. On devra aussi augmenter les cadences sur les autres lignes.
Or, le Transrun, qui entrera à Neuchâtel par le côté est,
laissera de la place à l'ouest, dans le fameux goulet de Vauseyon,
pour d'avantage de trains en direction de Fleurier ou Lausanne.
De sympathiques amateurs proposent des
alternatives au Transrun. Ils ne rendent pas compte que les CFF ne
creusent pas des tunnels au hasard, mais en fonction de l'ensemble du
réseau suisse, en établissant les horaires des années à l'avance
pour 75 000 trains par jour.
En réduisant de moitié la distance
entre Neuch et la Tchaux, on usera deux fois moins les locomotives et
les wagons et on payera deux fois moins longtemps le personnel. On
pourra donc faire deux trajets pour le prix d'un, même si on ne sait
pas encore si l'argent ainsi économisé sera utilisé pour faire
baisser le prix du billet, pour financer les lignes de bus pour les villages ou simplement pour
améliorer le budget de l'Etat et compenser une partie des frais de
percement du tunnel.
28 juin 2012
Commerçants, laissez-nous vivre !
Il y a quelques années, plusieurs
milliers de citoyens signèrent une pétition demandant que la Place
du Marché de La Chaux-de-Fonds devienne une zone piétonne. Certains
petits commerçants des alentours se mobilisèrent pour torpiller
cette idée. Résultat, la place n'est libérée que pour des
événement temporaires. Voilà maintenant, nous apprend l'Impartial
du 21 juin, qu'« il n'est plus question, dans la configuration
actuelle, de boucler la place pendant un mois ». Ainsi, il n'y
aura un écran géant que pour les trois derniers matches de l'Euro.
Pourtant, Mesdames et Messieurs les commerçants, vous osez encore protester contre ce compromis du compromis. Plutôt que d'empêcher la ville de vivre, pourquoi ne profitez-vous pas des manifestations qui ont lieu sur la place pour lancer des offres promotionnelles et gagner de nouveaux clients ? La situation de vos établissements vous prédispose à attirer les gens qui aiment parcourir la ville à pied. Les zones piétonnes qui existent dans toutes les villes de Suisse, sauf la nôtre, profitent à de nombreux petits commerces. Si vous souhaitez vous concentrer sur la clientèle motorisée, peut-être devriez-vous songer à vous délocaliser à proximité d'une autoroute.
P-S.: m'étant rendu compte que la deuxième partie du texte était un peu trop virulente, je l'ai réécrite. Voici donc, ci-dessous, la version que j'aurais souhaité publier. Toutefois, à la suite d'une erreur, l'Impartial a malgré tout fait paraître la première version ci-dessus. Bien que je regrette un peu cette erreur, le texte publié m'a tout de même valu un certain nombre de félicitation. Pourtant, ces mêmes commerçants protestent encore contre ce compromis du compromis. Je ne doute pas que quelques-uns perdent de l'argent parce que leurs clients ne peuvent plus se garer. Mais ces sommes sont certainement dépensées dans d'autres boutiques ailleurs en ville. A moins qu'on leur donne un statut de fonctionnaires, les commerçants dépendront toujours des circonstances extérieures. Les chanceux y gagnent. Les malchanceux, malheureusement, y perdent. Cela ne leur donne pas pour autant le droit d'imposer leur loi et d'empêcher la ville de vivre.
Pourtant, Mesdames et Messieurs les commerçants, vous osez encore protester contre ce compromis du compromis. Plutôt que d'empêcher la ville de vivre, pourquoi ne profitez-vous pas des manifestations qui ont lieu sur la place pour lancer des offres promotionnelles et gagner de nouveaux clients ? La situation de vos établissements vous prédispose à attirer les gens qui aiment parcourir la ville à pied. Les zones piétonnes qui existent dans toutes les villes de Suisse, sauf la nôtre, profitent à de nombreux petits commerces. Si vous souhaitez vous concentrer sur la clientèle motorisée, peut-être devriez-vous songer à vous délocaliser à proximité d'une autoroute.
P-S.: m'étant rendu compte que la deuxième partie du texte était un peu trop virulente, je l'ai réécrite. Voici donc, ci-dessous, la version que j'aurais souhaité publier. Toutefois, à la suite d'une erreur, l'Impartial a malgré tout fait paraître la première version ci-dessus. Bien que je regrette un peu cette erreur, le texte publié m'a tout de même valu un certain nombre de félicitation. Pourtant, ces mêmes commerçants protestent encore contre ce compromis du compromis. Je ne doute pas que quelques-uns perdent de l'argent parce que leurs clients ne peuvent plus se garer. Mais ces sommes sont certainement dépensées dans d'autres boutiques ailleurs en ville. A moins qu'on leur donne un statut de fonctionnaires, les commerçants dépendront toujours des circonstances extérieures. Les chanceux y gagnent. Les malchanceux, malheureusement, y perdent. Cela ne leur donne pas pour autant le droit d'imposer leur loi et d'empêcher la ville de vivre.
14 juin 2012
Imagination, fontaines et sacs à dos.
Mystères des modes. Il y a des choses que tout le monde fait et
d'autres que personne ne fait, sans qu'il soit possible d'expliquer
pourquoi. Mauvais élèves, nous passons nos vies à copier les voisins
plutôt qu'à penser par nous-mêmes. Par exemple, il est totalement
inexplicable que les Suisses ne songent presque jamais à emmener un
sac à dos au supermarché, alors qu'ils savent tous qu'il est bien
moins fatiguant de marcher une dizaine de minutes avec quelques kilos
sur le dos qu'avec une anse qui scie les doigts. Ce poids qui vous
tire le bras fera basculer vos choix vers la voiture pour des trajets
où cela ne serait pas nécessaire, au détriment de votre santé et de
l'environnement.
Le Parlement fédéral envisage d'interdire les sacs en plastique. Voilà
une bonne idée qui sera d'autant mieux acceptée par la population si
on lui donne une alternative en faisant une campagne pour promouvoir
l'usage du sac à dos pour les achats. Aussi incroyable que cela puisse
paraître, nous sommes visiblement trop moutonniers pour penser tout
seuls à des choses toutes simples.
Il y a quelques années, Jacques Neirynck avait proposé au Parlement,
en vain, qu'on interdise les bouteilles en plastique. Là encore, la
lutte contre les emballages inutiles ne peut être menée à bien que par
une promotion active des alternatives, en l'occurrence l'eau du
robinet et les fontaines publiques, souvent en nombre insuffisant. Il
est tout à fait lamentable que dans bien des gares il soit impossible,
ailleurs qu'aux toilettes, de boire quelques gorgées d'eau avant de
prendre le train.
d'autres que personne ne fait, sans qu'il soit possible d'expliquer
pourquoi. Mauvais élèves, nous passons nos vies à copier les voisins
plutôt qu'à penser par nous-mêmes. Par exemple, il est totalement
inexplicable que les Suisses ne songent presque jamais à emmener un
sac à dos au supermarché, alors qu'ils savent tous qu'il est bien
moins fatiguant de marcher une dizaine de minutes avec quelques kilos
sur le dos qu'avec une anse qui scie les doigts. Ce poids qui vous
tire le bras fera basculer vos choix vers la voiture pour des trajets
où cela ne serait pas nécessaire, au détriment de votre santé et de
l'environnement.
Le Parlement fédéral envisage d'interdire les sacs en plastique. Voilà
une bonne idée qui sera d'autant mieux acceptée par la population si
on lui donne une alternative en faisant une campagne pour promouvoir
l'usage du sac à dos pour les achats. Aussi incroyable que cela puisse
paraître, nous sommes visiblement trop moutonniers pour penser tout
seuls à des choses toutes simples.
Il y a quelques années, Jacques Neirynck avait proposé au Parlement,
en vain, qu'on interdise les bouteilles en plastique. Là encore, la
lutte contre les emballages inutiles ne peut être menée à bien que par
une promotion active des alternatives, en l'occurrence l'eau du
robinet et les fontaines publiques, souvent en nombre insuffisant. Il
est tout à fait lamentable que dans bien des gares il soit impossible,
ailleurs qu'aux toilettes, de boire quelques gorgées d'eau avant de
prendre le train.
13 mai 2012
Plus on gagne, moins on paie!
Il y a des notions peu connues que tout le monde devrait connaître. Ainsi, il est regrettable que la différence entre le taux d'imposition moyen et le taux marginal ne soit pas enseigné dans les écoles, où les mathématiques sont souvent trop éloignées des réalités concrètes. Prenons l'exemple d'une personne domiciliée à La Chaux-de-Fonds dont le revenu imposable est de 40 000 francs. Elle devra payer un impôt, commune et canton compris, de 16% ; c'est le taux moyen. Si son revenu augmente, chaque franc supplémentaire sera imposé à 28% ; c'est le
taux marginal. Ce que le contribuable doit payer au total représente donc un pourcentage moindre que ce qu'il doit payer sur la partie supérieure de son revenu. Celui-ci est découpé en tranches qui sont chacune imposées à un taux différent : 0% pour les 5000 premiers francs, 4% pour les 5000 francs suivants, etc. Ce taux augmente sans cesse jusqu'à atteindre 36% pour la partie du revenu située entre 150 000 et 180 000 francs, puis - surprise!- redescend à 29% à partir de 180 000 francs. Les augmentations de salaires sont donc moins imposées pour les très très gros revenus que pour les très gros revenus. On peut se demander si la majorité des habitants du canton pense vraiment qu'il s'agit d'un bon système, pour autant qu'on veuille bien le lui expliquer. Il est regrettable que la commission de fiscalité, dans son rapport du 23 mai, se contente de proposer de baisser légèrement ces taux (34% entre 155 000 et 195 000 francs et 28,23% à partir de 195 000 francs). Une remise en question plus approfondie aurait été souhaitable.
N.B. : Pour les habitants d'autres communes, les chiffres peuvent être différents de ceux de la Chaux-de-Fonds, mais le raisonnement sera exactement le même. A tout cela s'ajoute bien sûr l'impôt fédéral direct. Là, il faut être vraiment richissime pour voir le taux marginal baisser. Pour les célibataires, 13,5% entre CHF 134 000.- et CHF 755 000.-, puis 11,5% à partir de CHF 755 000.-; pour les couples mariés, 13,2% entre CHF 145 000.- et 895 000.-, puis 11.5%.
taux marginal. Ce que le contribuable doit payer au total représente donc un pourcentage moindre que ce qu'il doit payer sur la partie supérieure de son revenu. Celui-ci est découpé en tranches qui sont chacune imposées à un taux différent : 0% pour les 5000 premiers francs, 4% pour les 5000 francs suivants, etc. Ce taux augmente sans cesse jusqu'à atteindre 36% pour la partie du revenu située entre 150 000 et 180 000 francs, puis - surprise!- redescend à 29% à partir de 180 000 francs. Les augmentations de salaires sont donc moins imposées pour les très très gros revenus que pour les très gros revenus. On peut se demander si la majorité des habitants du canton pense vraiment qu'il s'agit d'un bon système, pour autant qu'on veuille bien le lui expliquer. Il est regrettable que la commission de fiscalité, dans son rapport du 23 mai, se contente de proposer de baisser légèrement ces taux (34% entre 155 000 et 195 000 francs et 28,23% à partir de 195 000 francs). Une remise en question plus approfondie aurait été souhaitable.
N.B. : Pour les habitants d'autres communes, les chiffres peuvent être différents de ceux de la Chaux-de-Fonds, mais le raisonnement sera exactement le même. A tout cela s'ajoute bien sûr l'impôt fédéral direct. Là, il faut être vraiment richissime pour voir le taux marginal baisser. Pour les célibataires, 13,5% entre CHF 134 000.- et CHF 755 000.-, puis 11,5% à partir de CHF 755 000.-; pour les couples mariés, 13,2% entre CHF 145 000.- et 895 000.-, puis 11.5%.
07 mai 2012
Une idée trop audacieuse
« Qui ose critiquer la pensée
dominante ? » Tel est le titre d'un article d'Andreas
Höffert (le Temps, 7.5.12), qui se lamente à juste titre du manque
d'idées des économistes « orthodoxes », qui n'ont rien
à proposer pour sortir de la crise. Aveu magnifique de la part d'un
économiste en chef de l'UBS ! A première vue, il est vrai, la
crise est mystérieuse. Pourquoi l'économie ne fonctionne-t-elle
plus alors qu'il n'y a eu ni tsunami, ni guerre, ni épidémie ?
En fait, il s'agit d'un simple problème de lubrification. Les
échanges sont bloqués parce l'argent, qui est à l'économie ce que
l'huile est à un moteur, ne circule plus suffisamment. De nos jours,
dans une grande partie du monde, ceux qui contrôlent la richesse
font la grève de l'investissement : le peuple des moutons, trop
tondu, n'a plus assez de laine et n'est plus un placement rentable.
Sans investissements, l'économie ne peut pas redémarrer. Si
l'économie ne redémarre pas, les investissements continueront à ne
pas être rentables. Voilà un cercle vicieux dont nous ne sommes pas
près de sortir. Comment les Etats pourraient-ils à la fois se
désendetter et investir, sans chercher le profit, l'argent que la
finance ne veut plus investir ? Comment donner à la population
le pouvoir d'achat qui permettrait de relancer l'économie ?
Cela semble impossible, à moins de mieux redistribuer les richesses.
Mais il s'agit visiblement d'une idée bien trop audacieuse pour
M.Höffert et les économistes orthodoxes.
23 avril 2012
Tous contre la bureaucratie
Le PLR vient de déposer une initiative dont le texte exige des lois compréhensibles et simples, appliquées de façon efficace par les administration et les tribunaux. Le rêve. L'initiative anti-bureaucratique mérite une majorité soviétique. Espérons que la gauche avancera ses propres idées pour la mettre en oeuvre. Plutôt qu'un taux de TVA unique tel que le veut le PLR, supprimons la TVA sur la nourriture et les livres. Cessons de soumettre l'enseignement, la santé et le social à des tonnes de paperasse et à des procédures de contrôle prévues à l'origine pour l'industrie. Allégeons les contrôles pesant sur les chômeurs. Ne faisons plus subir chaque année des changements de caisses-maladie aux citoyens, aux pharmacies et aux
médecins. Pour mettre fin à l'absurdité de deux systèmes de retraite parallèles, fusionnons AVS et deuxième pilier. Supprimons la taxe Billag et finançons la télévision avec le budget de la Confédération. Introduisons un bulletin de versement unique, par lequel nous pourrions tout verser en une seule fois : impôts locaux et fédéraux, assurance-maladie, AVS, taxe militaire, etc. Un décompte global donnerait une vision d'ensemble permettant aux contribuables de comparer facilement leur situation respective, avec une procédure unique pour contester l'un ou l'autre point de la facture. Supprimons ces effets de seuils qui parfois font perdre des sommes importantes à des gens ayant gagné un franc de trop. N’oublions pas non plus la bureaucratie privée, en interdisant notamment les délais de résiliation scandaleusement longs imposés par les propriétaires de logement et les entreprises de téléphonie.
médecins. Pour mettre fin à l'absurdité de deux systèmes de retraite parallèles, fusionnons AVS et deuxième pilier. Supprimons la taxe Billag et finançons la télévision avec le budget de la Confédération. Introduisons un bulletin de versement unique, par lequel nous pourrions tout verser en une seule fois : impôts locaux et fédéraux, assurance-maladie, AVS, taxe militaire, etc. Un décompte global donnerait une vision d'ensemble permettant aux contribuables de comparer facilement leur situation respective, avec une procédure unique pour contester l'un ou l'autre point de la facture. Supprimons ces effets de seuils qui parfois font perdre des sommes importantes à des gens ayant gagné un franc de trop. N’oublions pas non plus la bureaucratie privée, en interdisant notamment les délais de résiliation scandaleusement longs imposés par les propriétaires de logement et les entreprises de téléphonie.
03 avril 2012
Incarnation et désirs charnels.
Et si Jésus avait été gay ? Tel est le thème amusant d'une exposition
de la galerie C à Neuchâtel (Le Matin, 2 avril). Hypothèse pas
vraiment probable, mais pas impossible non plus. Le Christ ayant eu la
chance de vivre à une époque sans paparazzi, nous ignorons tout de sa
vie intime. Ce sujet n'intéresserait d'ailleurs personne si l'Eglise,
obsédée qu'elle est par la sexualité, n'insistait pour affirmer que le
fils de dieu aurait répugné à s'incarner dans un corps vraiment humain
et à ressentir les mêmes désirs et plaisirs charnels que tout un
chacun. Le débat ayant ainsi été lancé par le Vatican, il est normal
que les artistes s'en emparent. Il n'y a absolument rien d'obscène à
imaginer que le Christ ait pu aimer, avec son corps, des femmes ou des
hommes.
de la galerie C à Neuchâtel (Le Matin, 2 avril). Hypothèse pas
vraiment probable, mais pas impossible non plus. Le Christ ayant eu la
chance de vivre à une époque sans paparazzi, nous ignorons tout de sa
vie intime. Ce sujet n'intéresserait d'ailleurs personne si l'Eglise,
obsédée qu'elle est par la sexualité, n'insistait pour affirmer que le
fils de dieu aurait répugné à s'incarner dans un corps vraiment humain
et à ressentir les mêmes désirs et plaisirs charnels que tout un
chacun. Le débat ayant ainsi été lancé par le Vatican, il est normal
que les artistes s'en emparent. Il n'y a absolument rien d'obscène à
imaginer que le Christ ait pu aimer, avec son corps, des femmes ou des
hommes.
A la gloire d'un compagnon de Pinochet.
Valparaíso, deuxième ville du Chili. Au sommet d'une de ses 45
collines trône le Musée naval et maritime. A l'entrée, une inscription
nous fait savoir que nous ne sommes pas là pour rêver aux vastes
espaces de l'océan, comme nous nous l'imaginions peut-être naïvement:
"Tu entres dans l'enceinte qui garde les reliques de ceux qui, par
leurs faits héroïques dans la guerre, et par leur conduite sage et
honorable dans la paix, ont rendu grand et respecté le nom de notre
marine". Une partie importante du musée glorifie les héros de la
Guerre du Pacifique (1879-1883) qui permit au Chili d'étendre son
territoire vers le nord sur près de 600km, s'appropriant ainsi de
lucratifs gisements de nitrates. Rien n'est prévu pour ménager les
sentiments des pays amputés par l'expansionnisme chilien, la Bolivie
et le Pérou.
Malgré cette atmosphère nationaliste et militariste, le visiteur
s’étonne néanmoins, au deuxième étage, de se retrouver dans une salle
dédiée à la mémoire de l'Amiral José Toribio Merino (1915-1996), un
des principaux instigateurs du coup d'Etat militaire du 11 septembre
1973 et un des quatre membres d'une junte militaire qui assassina des
milliers de personnes. Son portrait grandeur nature domine la salle et
on peut admirer la décoration reçue pour sa participation au coup
d'Etat. Ce fut lui en effet qui entraîna dans l'aventure le futur chef
de la junte, le tristement célèbre Augusto Pinochet (1915-2006). Dans
une missive du 9 septembre Merino prévint "Augusto" de l'imminence du
coup: "Sur ma parole d'honneur, le jour J sera le 11 et l'heure H sera
6h". "Si tu ne mets pas toute la force de Santiago dès le début, nous
ne vivrons pas pour voir le futur".
Le musée présente la proclamation faite le 11 septembre par Merino:
"Ceci n'est pas un coup d'Etat, car c'est un type de schéma qui ne
correspond pas à notre manière d'être et répugne à notre conscience
légaliste et notre profonde conviction civique. Nous poursuivons
uniquement le rétablissement d'un Etat de droit conforme aux
aspirations de tous les Chiliens...". Pas un mot sur l'absence
d'élections pendant les 17 années suivantes. "Formés à une école de
civisme, de respect pour la personne humaine, de vie en commun, de
justice et de patriotisme, nous ne poursuivons pas de finalité autre
que le bonheur de tous les Chiliens, quelle que soit leur condition,
afin qu'ils puissent vivre dans la paix et la tranquilité, sans
crainte du lendemain pour eux-mêmes ou leurs enfants." Pas un mot sur
les tortures.
Le sentimentalisme n'est pas pour autant absent de la salle. On peut
admirer les armoiries de la famille Merino, les photos de José Toribio
Merino enfant et de sa maison natale, ainsi que de son mariage, sans
oublier la douille tirée par l'escadre nationale lors de son accession
au grade de vice-amiral et une photo en compagnie de Jean-Paul II.
Sont également exposés quelques bibelots, cadeaux reçus par Merino de
la part du roi Juan Carlos d'Espagne, du vice-amiral Edwards de la
Britsh Royal Navy et du commandant en chef des forces d'opération de
la marine américaine. L'industrie minière a également offert un petit
souvenir à l'amiral, ce qui était la moindre des choses. Rappelons en
effet que la junte de Pinochet restitua aux industriels les mines
nationalisées par le président socialiste Salvador Allende
(1908-1973), celui-là même qui fut renversé par le coup d'Etat.
On peut également voir une statue en bronze de José Merino devant le
musée et en 1997 la marine chilienne a baptisé un de ses nouveaux
navires "Almirante Merino". Autant de preuves, s'il en fallait encore,
que la junte de Pinochet, 22 ans après de retour à la démocratie,
compte encore de nombreux partisans.
collines trône le Musée naval et maritime. A l'entrée, une inscription
nous fait savoir que nous ne sommes pas là pour rêver aux vastes
espaces de l'océan, comme nous nous l'imaginions peut-être naïvement:
"Tu entres dans l'enceinte qui garde les reliques de ceux qui, par
leurs faits héroïques dans la guerre, et par leur conduite sage et
honorable dans la paix, ont rendu grand et respecté le nom de notre
marine". Une partie importante du musée glorifie les héros de la
Guerre du Pacifique (1879-1883) qui permit au Chili d'étendre son
territoire vers le nord sur près de 600km, s'appropriant ainsi de
lucratifs gisements de nitrates. Rien n'est prévu pour ménager les
sentiments des pays amputés par l'expansionnisme chilien, la Bolivie
et le Pérou.
Malgré cette atmosphère nationaliste et militariste, le visiteur
s’étonne néanmoins, au deuxième étage, de se retrouver dans une salle
dédiée à la mémoire de l'Amiral José Toribio Merino (1915-1996), un
des principaux instigateurs du coup d'Etat militaire du 11 septembre
1973 et un des quatre membres d'une junte militaire qui assassina des
milliers de personnes. Son portrait grandeur nature domine la salle et
on peut admirer la décoration reçue pour sa participation au coup
d'Etat. Ce fut lui en effet qui entraîna dans l'aventure le futur chef
de la junte, le tristement célèbre Augusto Pinochet (1915-2006). Dans
une missive du 9 septembre Merino prévint "Augusto" de l'imminence du
coup: "Sur ma parole d'honneur, le jour J sera le 11 et l'heure H sera
6h". "Si tu ne mets pas toute la force de Santiago dès le début, nous
ne vivrons pas pour voir le futur".
Le musée présente la proclamation faite le 11 septembre par Merino:
"Ceci n'est pas un coup d'Etat, car c'est un type de schéma qui ne
correspond pas à notre manière d'être et répugne à notre conscience
légaliste et notre profonde conviction civique. Nous poursuivons
uniquement le rétablissement d'un Etat de droit conforme aux
aspirations de tous les Chiliens...". Pas un mot sur l'absence
d'élections pendant les 17 années suivantes. "Formés à une école de
civisme, de respect pour la personne humaine, de vie en commun, de
justice et de patriotisme, nous ne poursuivons pas de finalité autre
que le bonheur de tous les Chiliens, quelle que soit leur condition,
afin qu'ils puissent vivre dans la paix et la tranquilité, sans
crainte du lendemain pour eux-mêmes ou leurs enfants." Pas un mot sur
les tortures.
Le sentimentalisme n'est pas pour autant absent de la salle. On peut
admirer les armoiries de la famille Merino, les photos de José Toribio
Merino enfant et de sa maison natale, ainsi que de son mariage, sans
oublier la douille tirée par l'escadre nationale lors de son accession
au grade de vice-amiral et une photo en compagnie de Jean-Paul II.
Sont également exposés quelques bibelots, cadeaux reçus par Merino de
la part du roi Juan Carlos d'Espagne, du vice-amiral Edwards de la
Britsh Royal Navy et du commandant en chef des forces d'opération de
la marine américaine. L'industrie minière a également offert un petit
souvenir à l'amiral, ce qui était la moindre des choses. Rappelons en
effet que la junte de Pinochet restitua aux industriels les mines
nationalisées par le président socialiste Salvador Allende
(1908-1973), celui-là même qui fut renversé par le coup d'Etat.
On peut également voir une statue en bronze de José Merino devant le
musée et en 1997 la marine chilienne a baptisé un de ses nouveaux
navires "Almirante Merino". Autant de preuves, s'il en fallait encore,
que la junte de Pinochet, 22 ans après de retour à la démocratie,
compte encore de nombreux partisans.
14 février 2012
POUR UNE VRAIE PLACE DE LA GARE
| 1. Projet des autorités. Présentation corrigée de façon à ce que le plan corresponde à la réalité. Pour l'original: http://www.placedelagare.ch/circulations.php |
| 2. Projet alternatif "Pour une vraie Place de la Gare" |
Ce texte est une version largement révisée d'une lettre envoyée aux autorités, tenant compte de leurs objections.
Les autorités chaux-de-fonnières prévoient un vaste réaménagement de la Place de la Gare. Elles veulent notamment déplacer la zone de stationnement des bus vers l'ouest, afin que ceux-ci passent autour de la Chambre d'horlogerie. Toutefois, le vaste espace libéré de la sorte n'est pas bien exploité. Le projet officiel ne laisse aux piétons que deux demi-places, séparées par un parking. Soit dit en passant, il est tout à fait regrettable que le plan présenté par les autorités baptise "espace privilégié piéton" une zone qui sera traversée par des bus toutes les cinq minutes, raison pour lequel nous avons dû en corriger la présentation (plan 1 ci-dessus).
Nous laissons passer l'occasion de créer une vraie place, un vaste espace qui pourrait accueillir des terrasses de café comparables à celles de la Place des Halles de Neuchâtel, ainsi que de nombreuses manifestations culturelles : concerts, théâtre de rue, carrousels, marchés aux puces, concours de pétanque, sculptures de neige et autres manifestations en tout genre. Mettez-vous à la place des organisateurs d'événements : il vous semblera évident qu'un lieu où passent plusieurs milliers de voyageurs par jour offre une visibilité bien supérieure à la place du Marché ou à Espacité. La Place de la Gare a vocation à devenir le véritable centre de la ville. Les autorités commettent une grande erreur lorsque elles la conçoivent comme un simple lieu de passage. Une ville qui sépare les lieux d'activités des lieux de passages donne aux visiteurs une impression de ville morte. Offrons-leur plutôt l'image d'une ville animée.
Par bonheur, l'intervalle entre le bâtiment de la Poste et la Chambre patronale est suffisamment important pour qu'on puisse y faire passer les voitures le long de la Poste, un couloir piéton au milieu ainsi que les bus le long de la Chambre patronale. Il est vrai qu'il faudrait alors, par rapport au projet officiel, déplacer d'une dizaine de mètres vers l'ouest la zone de stationnement des bus (ceux-ci ayant de la difficulté à négocier des virages trop serrés), ce qui obligerait probablement à la surélever un peu par rapport au reste de la place, car la rue des Armes-Réunies, à l'ouest de la Chambre, est plus élevée. Mais cela n'est probablement pas un problème insurmontable.
Comme le montre le plan n°2 ci-dessus, on pourrait mettre le parking juste à côté de la zone de stationnement des bus, en laissant toutefois un couloir pour les piétons qui souhaiteraient se diriger droit devant en sortant de la Gare. En arrondissant le coin de la zone voitures (après tout, celles-ci ne tournent pas à angle droit) juste devant la Gare, on pourrait faire en sorte que les piétons qui passent par la porte principale ne se trouvent pas nez à nez avec le parking.
Tout l'est de la Place pourrait être 100% piéton, ainsi que la rue située entre la Poste et le Terminus, de même, peut-être, que le tronçon de la rue Daniel Jean-Richard qui joint la Place de la Gare et la partie déjà piétonne de cette rue, située devant Métropole-Centre. Les places de parcs ainsi perdues seraient récupérées au sud de la Gare, où un grand parking est prévu. Certains objectent à cela que les commerçants demandent des places de parc à proximité de leurs établissements. Pourtant, ceux-ci, notamment les cafés, ont tout à gagner si la place devient plus animée, d'autant plus qu'avec le Transrun, on prévoit un triplement du nombre de voyageurs.
Il est indéniable que la présente proposition est tardive et engendrerait retards et frais supplémentaires. Il est extrêmement regrettable que personne n'y ait pensé plus tôt. L'esthétique de la place, pour laquelle un concours a déjà eu lieu et un gagnant a été désigné, devrait peut-être, le cas échéant, être repensée. Toutefois, le Transrun étant prévu pour 2020, la précipitation n'est pas de mise dans ce dossier, qui mérite peut-être d'être encore creusé.
06 février 2012
Projet "pour une vraie Place de la Gare" (suite)
Vous avez
peut-être lu mon message précédent au sujet de mon projet Pour une vraie place de la gare,
où je propose d'en faire une vaste place qui pourrait accueillir toutes
sortes d'activités, sans entraver le transit qui s'y déroule.
J'ai depuis été reçu par l'aménagiste Philippe Carrard, ainsi que par le chef de projet Nicolas Vuilleumier. L'entretien a été convivial et très intéressant et m'a permis de mieux comprendre toute la complexité de ce genre de dossier où il faut ménager grand nombre d'intérêts contradictoires. Toutefois, je continue à penser que nous ratons une occasion. Malgré les grandes compétences techniques de MM. Carrard et Vuilleumier, je pense que le projet a été conçu en fonction de principes en partie erronés.
La première erreur est de considérer que la Place de la Gare doit être avant tout un lieu de passage, n'ayant pas vocation à accueillir de nombreuses activités. Je pense quant à moi que toute manifestation, quelle qu'elle soit (cinéma en plein air, concours de pétanque, sculptures de neiges, etc. etc.) perd une grande partie de son public potentiel si elle située à l'écart des lieux de transit. Une ville qui sépare les lieux d'activités des lieux de passages donne l'impression, à première vue, d'être une ville morte. La Place de la Gare pourrait offrir un espace à la fois plus vaste, plus plat et plus passant qu'Espacité. Elle a vocation à être une vitrine de la ville à destination du nouvel arrivant.
La deuxième erreur consiste à tolérer que des espaces dit "piétons" soient traversés par des véhicules. Le projet de la commune prévoit devant la Gare un vaste désert minéral où l'on ne pourra jamais rien organiser car il sera parcouru par des bus toutes les cinq minutes. Le couvert situé devant la Gare n'offrira que des possibilités limitées de ce point de vue. La suppression des places de parcs pour l'organisation de manifestations ne sera possible qu'occasionnellement.
Parmi les objections que MM.Carrard et Vuilleumier ont présentées au projet "pour une vraie Place de la Gare", quatre méritent d'être relevées:
1. L'objection présentée dans l'article de M.Nussbaum, paru dans l'Impartial, selon laquelle les piétons partant droit devant eux depuis la Gare n'auraient pas un passage facile est fausse. Il est possible d'aménager, en partant de la porte du bâtiment de la Gare, un couloir piéton suffisamment large entre les bus et les voitures.
J'ai depuis été reçu par l'aménagiste Philippe Carrard, ainsi que par le chef de projet Nicolas Vuilleumier. L'entretien a été convivial et très intéressant et m'a permis de mieux comprendre toute la complexité de ce genre de dossier où il faut ménager grand nombre d'intérêts contradictoires. Toutefois, je continue à penser que nous ratons une occasion. Malgré les grandes compétences techniques de MM. Carrard et Vuilleumier, je pense que le projet a été conçu en fonction de principes en partie erronés.
La première erreur est de considérer que la Place de la Gare doit être avant tout un lieu de passage, n'ayant pas vocation à accueillir de nombreuses activités. Je pense quant à moi que toute manifestation, quelle qu'elle soit (cinéma en plein air, concours de pétanque, sculptures de neiges, etc. etc.) perd une grande partie de son public potentiel si elle située à l'écart des lieux de transit. Une ville qui sépare les lieux d'activités des lieux de passages donne l'impression, à première vue, d'être une ville morte. La Place de la Gare pourrait offrir un espace à la fois plus vaste, plus plat et plus passant qu'Espacité. Elle a vocation à être une vitrine de la ville à destination du nouvel arrivant.
La deuxième erreur consiste à tolérer que des espaces dit "piétons" soient traversés par des véhicules. Le projet de la commune prévoit devant la Gare un vaste désert minéral où l'on ne pourra jamais rien organiser car il sera parcouru par des bus toutes les cinq minutes. Le couvert situé devant la Gare n'offrira que des possibilités limitées de ce point de vue. La suppression des places de parcs pour l'organisation de manifestations ne sera possible qu'occasionnellement.
Parmi les objections que MM.Carrard et Vuilleumier ont présentées au projet "pour une vraie Place de la Gare", quatre méritent d'être relevées:
1. L'objection présentée dans l'article de M.Nussbaum, paru dans l'Impartial, selon laquelle les piétons partant droit devant eux depuis la Gare n'auraient pas un passage facile est fausse. Il est possible d'aménager, en partant de la porte du bâtiment de la Gare, un couloir piéton suffisamment large entre les bus et les voitures.
2. Les commerces de l'est de la Place, qui ont souhaité des places de
parc à proximité, en seraient moins proches dans le projet "pour une
vraie Place de la Gare". C'est indéniable. Je pense que ces commerces
seront malgré tout grandement favorisés par la fréquentation plus grande
de la place. Les cafés, en particulier, auraient plus d'espace pour
installer des terrasses.
3. Selon le projet "pour une vraie Place de la Gare", les bus devraient passer non pas le long de la poste, comme c'est le cas dans le projet de la commune, mais une quinzaine de mètre plus à l'ouest, afin que voitures et piétons puissent passer entre le couloir des bus et la poste. Cela rendrait nécessaire un déplacement vers l'ouest (entre dix et quinze mètres) de l'espace de stationnement des bus. D'autre part, les bureaux des TC prévus dans le bâtiment de la Poste, déjà relativement loin des bus dans le projet de la commune, se retrouveraient encore plus éloignés et il faudrait peut-être trouver une autre solution. En autre, vue la pente existante dans cette partie de la place, l'espace de stationnement des bus, qui doit être plat, se retrouverait rehaussé, peut-être d'un mètre, au-dessus de ce qui restera du parc de la Gare, ce qui est moins pratique que si elle trouvait au même niveau.
4. Enfin, il est indéniable que ma proposition est tardive et engendrerait retards et frais supplémentaires. Je regrette profondément de ne pas y avoir pensé plus tôt. L'esthétique de la place, pour laquelle un concours a déjà eu lieu et un gagnant a été désigné, devrait peut-être, le cas échéant, être repensée. Toutefois, le Transrun étant prévu pour 2020, la précipitation n'est pas de mise dans ce dossier, qui mérite peut-être d'être encore creusé.
3. Selon le projet "pour une vraie Place de la Gare", les bus devraient passer non pas le long de la poste, comme c'est le cas dans le projet de la commune, mais une quinzaine de mètre plus à l'ouest, afin que voitures et piétons puissent passer entre le couloir des bus et la poste. Cela rendrait nécessaire un déplacement vers l'ouest (entre dix et quinze mètres) de l'espace de stationnement des bus. D'autre part, les bureaux des TC prévus dans le bâtiment de la Poste, déjà relativement loin des bus dans le projet de la commune, se retrouveraient encore plus éloignés et il faudrait peut-être trouver une autre solution. En autre, vue la pente existante dans cette partie de la place, l'espace de stationnement des bus, qui doit être plat, se retrouverait rehaussé, peut-être d'un mètre, au-dessus de ce qui restera du parc de la Gare, ce qui est moins pratique que si elle trouvait au même niveau.
4. Enfin, il est indéniable que ma proposition est tardive et engendrerait retards et frais supplémentaires. Je regrette profondément de ne pas y avoir pensé plus tôt. L'esthétique de la place, pour laquelle un concours a déjà eu lieu et un gagnant a été désigné, devrait peut-être, le cas échéant, être repensée. Toutefois, le Transrun étant prévu pour 2020, la précipitation n'est pas de mise dans ce dossier, qui mérite peut-être d'être encore creusé.
Envoyé à divers correspondants.
01 février 2012
Un précurseur de Darwin, il y a deux mille ans.
Écrit
au premier siècle avant Jésus-Christ, De la Nature des
Choses, texte fascinant du philosophe romain Lucrèce, a échappé
à des milliers de générations de souris. Cette œuvre nous est
miraculeusement parvenue grâce aux moines copistes du Moyen-Âge,
qui ont bien voulu la sauver malgré sa philosophie matérialiste.
Lucrèce pense que tout est fait d'atomes dénués de volonté. Les
êtres vivants ne sont que des assemblages de hasard, destinés à se
décomposer un jour. Les dieux, qui ne soucient pas de l'humanité,
sont formés eux aussi d'atomes et sont tout aussi mortels que les
autres êtres.
De la Nature des Choses est
une tentative de tout expliquer à partir des atomes, y compris ce
que nous appelons la biologie, à laquelle est consacré le livre V,
dont sont tirés les passages cités ici. A première vue,
Lucrèce est loin de Darwin. La notion d'évolution des espèces est
totalement étrangère au philosophe romain. Les êtres vivants « se
forment au sein de la terre, engendrés par l'eau des pluies et la
chaleur du soleil. » Cette idée, qui est compatible avec des
observations superficielles, est connue dans l'histoire de la
biologie sous le nom de « génération spontanée ». Lucrèce pense que ce mécanisme,
aujourd'hui limité et ne produisant que des êtres de petite taille, tels que des vers ou des insectes,
était bien plus puissant par le passé : « Il n'est donc
pas étonnant qu'il en soit né de plus nombreux et de plus grands
alors qu'ils pouvaient se développer dans toute la nouveauté de la
terre et de l'air ».
Ainsi s'explique également la
naissance de l'humanité, d'une façon aussi peu darwinienne que
chrétienne : « Chaleur et humidité abondaient dans les
campagnes. Aussi, partout où la disposition des lieux s'y prêtait,
des matrices croissaient-elles enracinées dans le sol, et le terme
venu, l'âge libérait les nouveau-nés fuyant l'humidité et
aspirant à l'air libre ». Qu'on ne s'étonne pas de ne plus
observer ce phénomène, car le monde s'use : « Mais il y a un terme à la
fécondité, et la terre cessa d'enfanter, telle une femme épuisée
par l'âge. » Là encore, nous avons une idée tout sauf darwinienne.
Pourtant, malgré des conceptions
largement opposées, Darwin et Lucrèce étaient confrontés à la
même question fondamentale. Bien que l'un ait crû en Dieu et
l'autre aux dieux, ils tentaient tous les deux d'expliquer le monde
en termes mécanistes, sans recourir à des explications
surnaturelles, qu'il se soit agi d'être divins ou de « forces
vitales ». Dans une telle posture, même les êtres éminemment
complexes que nous sommes sont le résultat du hasard, ce qui, en
première analyse, peut sembler complètement impossible. La réponse
à cet apparent paradoxe fut la grande contribution de Darwin (et de
Wallace, qui eut la même idée au même moment).
Dans son livre de 1859, « De
l'Origine des Espèces par la Sélection Naturelle », un des
plus importants de l'Histoire mondiale des sciences, Darwin explique
que les organismes vivants produisent des descendants en trop grande
abondance pour que tous puissent survivre. Seuls ceux qui sont le
mieux adaptés aux conditions environnementales pourront avoir une
descendance. Ainsi, les caractéristiques les mieux adaptées à la
survie se transmettront de génération en génération. Il en
résultera, au fil des millions d'années, des organismes tellement
bien faits qu'ils donnent l'impression d'avoir été mis au point
dans les moindre détails par un Créateur. C'est dans cette
découverte que réside le véritable coup de génie de Darwin, car
plusieurs penseurs avant lui, notamment le Français Jean-Baptiste
Lamarck (1744-1829), avaient déjà formulé l'idée de l'évolution.
Mais il leur en manquait le mécanisme.
Pourtant, la sélection naturelle avait été imaginé
dix-huit siècles plus tôt, bien avant l'idée d'évolution
elle-même. Lucrèce n'avait évidemment aucune notion de génétique
et de mutants. Il imagine, tout simplement, que le hasard engendre
naturellement la diversité : « Que de monstres la terre
en travail s'efforça de créer, étranges de traits et de
structure ! On vit l'androgyne, qui tient des deux sexes mais
n'appartient à aucun [...] On vit des êtres sans pieds et sans
mains. » Tout comme Darwin, Lucrèce pense que les organismes
inadaptés ne survivent pas : « Tous ces monstres et
combien d'autres de même sorte furent créés en vain [...] ils ne
purent toucher à la fleur de l'âge, ni trouver de nourriture, ni
s'unir par les liens de Vénus. » La disparition étant la
norme, il faut expliquer la survie : « Toutes celles que
tu vois respirer l'air vivifiant, c'est la ruse ou la force, ou enfin
la vitesse qui dès l'origine les a défendues et conservées ».
La convergence entre Darwin et Lucrèce,
à la fois étonnante et logique, est des plus instructives pour
comprendre une autre évolution, celle des idées scientifiques. Elle
montre la fécondité de la vision atomiste du monde, qui permit à
Lucrèce d'énoncer un mécanisme qui fut si difficile à concevoir
dix-neufs siècles plus tard, alors que la biologie avait pourtant
déjà accomplie de prodigieuses avancées.
Paru dans le Courrier aujourd'hui. On m'a depuis fait remarquer que Lucrèce reprenait des idées formulées plusieurs siècles auparavant, notamment Aristote, Empédocle ou Anaxagore.
31 janvier 2012
Langue de bois à La Chaux-de-Fonds
En haut, sur le plan 1, nous sommes plongés dans le chaos. Bientôt, tout sera ordre, calme et limpidité, comme on le voit sur le plan 2. Tel est le message subliminal qu'essaient de faire passer les autorités chaux-de-fonnières au sujet du projet de réaménagement de la Place de Gare. Pourtant, un examen même rapide du plan 2 permet de constater que le soi-disant "espace piéton" est partagé avec des bus, alors que l'autoproclamé "espace détente" est traversé par des voitures. On sait que les autorités chaux-de-fonnières sont échaudées par le rejet de plusieurs projets d'urbanisme en votation. Apparemment, elles en ont définitivement tiré la conclusion que le peuple est idiot. (source: http://www.placedelagare.ch/circulations.php)
...
| Plan 1. Avant transformation. Le chaos. |
| Plan 2. Après transformation. Ordre, calme et volupté |
22 janvier 2012
Ne confondons pas élites et élites.
Christophe Blocher est un politicien
qui base ses discours sur la dénonciation des politiciens. Cette
contradiction est relevée avec justesse par Yves Pétignat dans son
article du 20 janvier, « Les élites, véritables cibles de
l'UDC ». Toutefois, M.Pétignat oublie que Blocher n'attaque
pas toutes les élites. Il ne critique les dirigeants de l'économie
que lorsque ceux-ci sont déjà à terre, comme dans le cas de
Swissair ou de l'UBS. La vision de l'UDC n'est donc qu'en apparence
anti-élitaire et vise en réalité à un affaiblissement de l'Etat
en vue de renforcer, justement, le pouvoir des élites économiques.
C'est par pure démagogie ce parti prétend s'en prendre aux plus
puissants, alors qu'en réalité il est le pire ennemi des plus
faibles. Une démagogie dont Yves Pétignat, par son analyse
insuffisamment approfondie, se fait le complice malgré lui.
Envoyé au Temps
Envoyé au Temps
18 janvier 2012
Rendons justice à Bonhôte !
Avez-vous déjà entendu parler de
chômeurs qui continuent à toucher leurs indemnités après avoir
retrouvé un emploi ? Oui. Il s'agit de gens bien connus :
les conseillers communaux ou conseillers d’État à la retraite. Il
y a pourtant des exceptions. L'Impartial et l'Express du 13 janvier
2012 nous apprennent que Pierre Bonhôte, ancien conseiller communal
socialiste à Neuchâtel, se sent discriminé parce qu'il n'a touché
que 49 mensualités. Ne croyez pas qu'il a perdu sa rente à cause de
l'emploi fort bien payé qu'il occupe, celui de chimiste cantonal.
Son indemnité était limitée dans le temps parce qu'il a quitté
ses fonctions avant 40 ans. Quatre ans, c'est deux fois plus que ce
que peut percevoir un chômeur ordinaire, mais c'est évidemment
beaucoup moins que la rente à vie que souhaitait M. Bonhôte.
On pourrait remédier à son terrible
sentiment d'injustice en supprimant le système de rente à vie.
Celui-ci sert soi-disant à aider ses bénéficiaires à se
réinsérer, mais alors j'aimerais qu'on explique pourquoi une
personne qui a retrouvé un emploi continue à percevoir une aide.
Certes, les retraités de luxe des exécutifs ne sont pas tous
pourris, car certains reversent leur rente à leur parti, mais
ceux-ci pourraient très bien être financés autrement. S'il y avait
une votation, les rentes à vie seraient balayées par le peuple.
Malheureusement, on ne peut guère compter sur les milieux politiques
pour mettre ce sujet sur la table.
09 janvier 2012
Le président a la mémoire Kurth
« La Chaux-de-Fonds et l'Arc
jurassien sont bel et bien le berceau de l'industrie horlogère »,
affirme M. Laurent Kurth (Impar/Express, 7 janvier). Même si le
marché du tic-tac est peut-être plus soucieux de bling bling que de
vérité historique, on est en droit d'attendre, de la part du
président de la Ville de la Chaux-de-Fonds, des connaissances un
petit peu plus exactes au sujet de l'industrie de la précision,
qu'il a la charge de défendre. N'en déplaise aux adeptes du
cocorico, il n'y avait guère que des loups dans nos montagnes au
XIIIème siècle, lorsque les premières horloges mécaniques furent
construites à l'étranger. Plus près de nous dans le temps, le plus
grand horloger de l'Histoire fut sans doute l'Anglais John Harrison
(1693-1776). Grâce à des années de travail acharné, ce simple
charpentier parvint, au nez et à la barbe des plus grands
intellectuels, à trouver une solution au grand problème de son
époque : la mesure en mer de la longitude (position sur l'axe
est-ouest). Il était nécessaire de savoir l'heure pour déterminer
la position du navire en fonction des étoiles, car la terre tourne.
John Harrison fut le premier à fabriquer des garde-temps
suffisamment précis, qui plus est résistants aux dures conditions
de l'océan, évitant ainsi de nombreux naufrages. Il est dommage que
ces faits ne soient pas mieux connu en nos terres horlogères.
Espérons que le futur Musée d'Histoire saura replacer notre industrie dans son contexte international.
05 janvier 2012
Le Capitalisme, mis en alexandrins.
L'existence de nos démocraties, voire, de plus en plus, leur inexistence, est largement déterminée par la finance, que le grand public, souvent saisi d'une légitime répugnance, comprend si mal. Nous ne pouvons donc que saluer la première œuvre théâtrale de Frédéric Lordon, l'économiste bien connu : « D'un retournement l'autre. Comédie sérieuse en quatre actes et en alexandrins », parue en 2011 au Seuil. Comme le voulait son auteur, la pièce est jouée par de petites troupes dans diverses régions de France. Elle fait à la foi pleurer et rire, offrant un contraste entre le raffinement de la langue classique et la vulgarité du capitalisme.
Lorsque le rideau se lève, les banquiers, pris au piège des prêts fantaisistes engloutis dans l'immobilier américain, les célèbres subprimes, sont en pleine panique :
Permettre à tous les gueux d'apporter leur maison,
Comme collatéral de leur consommation.
Si l'immobilier monte, ils peuvent emprunter,
Et ainsi d'avantage encore consommer.
Comme on peut s'y attendre, un fois informé de la débâcle bancaire, le président n'hésite pas très longtemps :
Si les tirer d'affaire c'est sauver le système,
Et surtout moi avec, pensons-y tout de même.
On sait ce qu'il advint. Une fois sauvés par l'Etat, les banquiers n'investissent pas pour autant leur argent dans l'économie réelle :
Quant à moi, je sais bien ce que je dois en faire,
Et j'incline à penser que le plus salutaire,
Est encore à la Bourse de l'aller investir,
Plutôt qu'en l'industrie de le laisser croupir.
Nous ne dévoilerons pas la suite. Vous avez déjà compris que les banquiers font rimer leurs « bonus » avec le « médius », le doigt d'honneur qu'ils nous tendent...
Des villas somptueuses sont au prix de cabanes,
L'immobilier s'écroule, nous passons pour des ânes.
Les courtiers ont menti et dans les formulaires
Gonflé les revenus, inventé les salaires.
Pendant ce temps, « le président », dans son palais, ne sait pas encore ce qui se trame. On reconnaît sans peine Nicolas Sarkozy, qui voulait à l'époque faire adopter en France, ne l'oublions pas, le même système qu'aux Etats-Unis, celui qui a amené des millions d'Américains à se faire expulser de leurs maisons : Permettre à tous les gueux d'apporter leur maison,
Comme collatéral de leur consommation.
Si l'immobilier monte, ils peuvent emprunter,
Et ainsi d'avantage encore consommer.
Comme on peut s'y attendre, un fois informé de la débâcle bancaire, le président n'hésite pas très longtemps :
Si les tirer d'affaire c'est sauver le système,
Et surtout moi avec, pensons-y tout de même.
On sait ce qu'il advint. Une fois sauvés par l'Etat, les banquiers n'investissent pas pour autant leur argent dans l'économie réelle :
Quant à moi, je sais bien ce que je dois en faire,
Et j'incline à penser que le plus salutaire,
Est encore à la Bourse de l'aller investir,
Plutôt qu'en l'industrie de le laisser croupir.
Nous ne dévoilerons pas la suite. Vous avez déjà compris que les banquiers font rimer leurs « bonus » avec le « médius », le doigt d'honneur qu'ils nous tendent...
19 décembre 2011
Tais-toi et mange !
Les pauvres doivent-ils « fermer leur gueule » ?
Le restaurant social Ekir, à La Chaux-de-Fonds, sert depuis bientôt trois ans des repas de qualité à sept francs. Le travail y est en totalité effectué par des bénévoles. Parmi ceux-ci, des gens « comme tout le monde » côtoient sur un pied d'égalité des personnes dont le parcours a été plus difficile, dont un certain nombre de bénéficiaires des services sociaux ou de l'AI, pour qui les programmes d'insertion officiels sont souvent trop rigides. Ici, chacun peut venir travailler à son propre rythme, régulièrement ou une fois de temps à autre. Il n'y a aucune hiérarchie et toutes les décisions sont prises par l'assemblée du mercredi, ouverte à tous les bénévoles.
Ce fonctionnement particulier n'est pas toujours bien compris, ni bien accepté, par des « bien-pensants » qui estiment que la « réinsertion » devrait se faire sous la supervision de travailleurs sociaux. D'autres vont jusqu'à remettre en cause la liberté d'expression d'Ekir.
Ainsi, en septembre dernier, l'association s'est fait taper sur les doigts parce qu'elle avait osé contacter la presse locale pour se plaindre du niveau trop bas des subventions versées par la Ville de la Chaux-de-Fonds. Elle s'est fait immédiatement remettre à l'ordre par la conseillère communale (exécutif) Annie Clerc, affirmant que « si une décision de subvention doit être remise en cause, elle devrait l'être par un courrier ou par une demande de rencontre ».
Plus récemment, l'association Table suisse, qui récupère les invendus des supermarchés et les redistribue, n'a pas admis qu'Ekir collabore à la pétition des Indignés de La Chaux-de-Fonds, qui exige que la Migros Neuchâtel-Fribourg cesse de jeter ses surplus et les donne plutôt à ... Table suisse. Bien que la pétition ait rencontré un important succès et que la Migros se soit rapidement déclarée prête à négocier, Table suisse, craignant que ce genre de méthodes nuise à ses relations avec ses fournisseurs, s'en est vigoureusement désolidarisé, n'hésitant pas à parler de « pseudo-victoire ». On peut comprendre et respecter ce point de vue. En revanche, le chantage exercé par Table suisse laisse songeur : « Si une situation similaire venait à se reproduire, nous serions dans l'obligation de cesser immédiatement et de manière définitive toute livraison à votre association. Décision qui serait probablement plus lourde de conséquences pour vous que pour nous ».
On pourrait croire que la liberté d'expression, garantie par l'article 16 de la Constitution, devrait aller de soi dans la Suisse de 2011. Pourtant, d'aucuns estiment visiblement que toute personne ou association bénéficiaire d'une aide, en espèce ou en nature, ne devrait pas s'exprimer publiquement sans l'autorisation de ses bienfaiteurs. Comme l'avait dit l'ancien président de Neuchâtel Xamax, Silvio Bernasconi, « que ceux qui n'ont pas d'argent ferment leur gueule » !
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Le restaurant social Ekir, à La Chaux-de-Fonds, sert depuis bientôt trois ans des repas de qualité à sept francs. Le travail y est en totalité effectué par des bénévoles. Parmi ceux-ci, des gens « comme tout le monde » côtoient sur un pied d'égalité des personnes dont le parcours a été plus difficile, dont un certain nombre de bénéficiaires des services sociaux ou de l'AI, pour qui les programmes d'insertion officiels sont souvent trop rigides. Ici, chacun peut venir travailler à son propre rythme, régulièrement ou une fois de temps à autre. Il n'y a aucune hiérarchie et toutes les décisions sont prises par l'assemblée du mercredi, ouverte à tous les bénévoles.
Ce fonctionnement particulier n'est pas toujours bien compris, ni bien accepté, par des « bien-pensants » qui estiment que la « réinsertion » devrait se faire sous la supervision de travailleurs sociaux. D'autres vont jusqu'à remettre en cause la liberté d'expression d'Ekir.
Ainsi, en septembre dernier, l'association s'est fait taper sur les doigts parce qu'elle avait osé contacter la presse locale pour se plaindre du niveau trop bas des subventions versées par la Ville de la Chaux-de-Fonds. Elle s'est fait immédiatement remettre à l'ordre par la conseillère communale (exécutif) Annie Clerc, affirmant que « si une décision de subvention doit être remise en cause, elle devrait l'être par un courrier ou par une demande de rencontre ».
Plus récemment, l'association Table suisse, qui récupère les invendus des supermarchés et les redistribue, n'a pas admis qu'Ekir collabore à la pétition des Indignés de La Chaux-de-Fonds, qui exige que la Migros Neuchâtel-Fribourg cesse de jeter ses surplus et les donne plutôt à ... Table suisse. Bien que la pétition ait rencontré un important succès et que la Migros se soit rapidement déclarée prête à négocier, Table suisse, craignant que ce genre de méthodes nuise à ses relations avec ses fournisseurs, s'en est vigoureusement désolidarisé, n'hésitant pas à parler de « pseudo-victoire ». On peut comprendre et respecter ce point de vue. En revanche, le chantage exercé par Table suisse laisse songeur : « Si une situation similaire venait à se reproduire, nous serions dans l'obligation de cesser immédiatement et de manière définitive toute livraison à votre association. Décision qui serait probablement plus lourde de conséquences pour vous que pour nous ».
On pourrait croire que la liberté d'expression, garantie par l'article 16 de la Constitution, devrait aller de soi dans la Suisse de 2011. Pourtant, d'aucuns estiment visiblement que toute personne ou association bénéficiaire d'une aide, en espèce ou en nature, ne devrait pas s'exprimer publiquement sans l'autorisation de ses bienfaiteurs. Comme l'avait dit l'ancien président de Neuchâtel Xamax, Silvio Bernasconi, « que ceux qui n'ont pas d'argent ferment leur gueule » !
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27 novembre 2011
25 novembre 2011
Le coût social des naissances non désirées
A lire aussi sur le site de Domaine public
Les milieux suisses opposés à l’avortement, ayant renoncé à convaincre les citoyens sur le fond de la question, se replient sur des arguments bassement financiers. Ils ont déposé le 4 juillet 2011 une initiative populaire fédérale visant à supprimer le remboursement de l’interruption de grossesse par l’assurance de base. Ils espèrent ainsi pouvoir interdire aux femmes pauvres ce qu’ils ne peuvent interdire à toutes les femmes.
Bien que les sommes en question soient dérisoires, le débat est malheureusement lancé. A ce sujet, il est intéressant de prendre connaissance des travaux des économistes américains Steven Levitt et Stephen Dubner: ils se sont interrogés sur la baisse de la criminalité constatée aux Etats-Unis dès le début des années 1990, que personne n’avait prévue. Après avoir constaté que nombre d’explications courantes – plus grande sévérité des peines, meilleure efficacité policière – ne sont pas confirmées statistiquement, ils arrivent à la conclusion surprenante que la cause principale du phénomène remonte à … 1973, lorsque l’avortement devint légal dans l’ensemble des États-Unis.
Il semble bien qu’un enfant non désiré, que sa mère aurait préféré ne pas mettre au monde, a une probabilité particulièrement forte de devenir criminel. Lorsque l’avortement fut légalisé, on constata que les enfants non nés auraient eu 50% de chances de plus que la moyenne d’être pauvres et 60% de chances de plus que la moyenne de grandir dans une famille monoparentale, deux facteurs qui doublent le risque de devenir criminel, au même titre que le fait d’avoir pour mère une adolescente. Il n’est donc pas si étonnant que la criminalité ait commencé à baisser une vingtaine d’années après la légalisation de l’avortement.
Une analyse plus fine apporte confirmation: dans les cinq États qui ont légalisé l’avortement avant 1973, soit New York, la Californie, l’Etat de Washington, Hawaï et l’Alaska, la criminalité a baissé plus tôt que dans le reste du pays. D’autre part, les États ayant connu le plus fort taux d’avortement au cours des années 70 sont ceux où la criminalité a le plus baissé au cours des années 90. Des études effectuées en Australie et au Canada sont arrivées à des conclusions semblables.
En Suisse aussi, les femmes qui font le choix douloureux de renoncer à leur enfant sont celles qui auraient le plus de peine à l’éduquer dans de bonnes conditions. Par-dessus le marché, le non-remboursement de l’interruption de grossesse pénaliserait en priorité les plus démunies d’entre elles. Les enfants nés dans de telles conditions difficiles courraient donc un risque de mal tourner largement supérieur à la moyenne en plus des autres difficultés sociales liées à une naissance non forcément désirée et planifiée.
Autant dire que les soi-disant économies mises en avant par les opposants à l’avortement entraîneraient probablement des dépenses supplémentaires.
_____
Source: Steven D. Levitt et Stephen Dubner, Freakonomics, Folio actuel 2006, «Où sont passés les criminels?», pp. 172-216.
Les milieux suisses opposés à l’avortement, ayant renoncé à convaincre les citoyens sur le fond de la question, se replient sur des arguments bassement financiers. Ils ont déposé le 4 juillet 2011 une initiative populaire fédérale visant à supprimer le remboursement de l’interruption de grossesse par l’assurance de base. Ils espèrent ainsi pouvoir interdire aux femmes pauvres ce qu’ils ne peuvent interdire à toutes les femmes.
Bien que les sommes en question soient dérisoires, le débat est malheureusement lancé. A ce sujet, il est intéressant de prendre connaissance des travaux des économistes américains Steven Levitt et Stephen Dubner: ils se sont interrogés sur la baisse de la criminalité constatée aux Etats-Unis dès le début des années 1990, que personne n’avait prévue. Après avoir constaté que nombre d’explications courantes – plus grande sévérité des peines, meilleure efficacité policière – ne sont pas confirmées statistiquement, ils arrivent à la conclusion surprenante que la cause principale du phénomène remonte à … 1973, lorsque l’avortement devint légal dans l’ensemble des États-Unis.
Il semble bien qu’un enfant non désiré, que sa mère aurait préféré ne pas mettre au monde, a une probabilité particulièrement forte de devenir criminel. Lorsque l’avortement fut légalisé, on constata que les enfants non nés auraient eu 50% de chances de plus que la moyenne d’être pauvres et 60% de chances de plus que la moyenne de grandir dans une famille monoparentale, deux facteurs qui doublent le risque de devenir criminel, au même titre que le fait d’avoir pour mère une adolescente. Il n’est donc pas si étonnant que la criminalité ait commencé à baisser une vingtaine d’années après la légalisation de l’avortement.
Une analyse plus fine apporte confirmation: dans les cinq États qui ont légalisé l’avortement avant 1973, soit New York, la Californie, l’Etat de Washington, Hawaï et l’Alaska, la criminalité a baissé plus tôt que dans le reste du pays. D’autre part, les États ayant connu le plus fort taux d’avortement au cours des années 70 sont ceux où la criminalité a le plus baissé au cours des années 90. Des études effectuées en Australie et au Canada sont arrivées à des conclusions semblables.
En Suisse aussi, les femmes qui font le choix douloureux de renoncer à leur enfant sont celles qui auraient le plus de peine à l’éduquer dans de bonnes conditions. Par-dessus le marché, le non-remboursement de l’interruption de grossesse pénaliserait en priorité les plus démunies d’entre elles. Les enfants nés dans de telles conditions difficiles courraient donc un risque de mal tourner largement supérieur à la moyenne en plus des autres difficultés sociales liées à une naissance non forcément désirée et planifiée.
Autant dire que les soi-disant économies mises en avant par les opposants à l’avortement entraîneraient probablement des dépenses supplémentaires.
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Source: Steven D. Levitt et Stephen Dubner, Freakonomics, Folio actuel 2006, «Où sont passés les criminels?», pp. 172-216.
24 novembre 2011
Prunelle de l'oeil de Dieu, mon oeil !
« Israël, prunelle de l’œil de Dieu ». Chacun aura lu sur les murs de nos régions ce slogan qui fait la promotion d'un pays maintes fois condamné par les Nations-Unies, qui mène une politique coloniale brutale à l'encontre du peuple palestinien. Ces affiches, qui postulent la supériorité d'un peuple sur les autres, sont racistes, de la même façon qu'il est raciste de prétendre que la race blanche est une race supérieure, même si on ne dit rien de négatif sur les Noirs ou les Chinois. Il est normal et même sain que certaines personnes aient réagi par des graffitis. Cela n'est certes pas légal, mais s'agissant d'affiches qui devraient elles-mêmes tomber sous le coup de la loi contre le racisme, c'est une réponse proportionnée. Les graffiteurs n'ont pour l'instant pas dérapé vers l'antisémitisme comme on aurait pu le craindre, ce qui est réjouissant pour la communauté juive et pour tout le monde. Si les afficheurs ont réagi par une plainte pénale pour dommage à la propriété, comme on peut le lire dans l'Impartial et l'Express du 23 novembre, c'est probablement parce qu'ils n'ont pas d'autres arguments à faire valoir. Si vraiment ils sont ignorants au point de s'imaginer une seule seconde que le message qu'il véhiculent est « d'ordre spirituel et non pas politique », si vraiment ils ne savent pas que Dieu est utilisé comme argument dans une lutte féroce pour la terre et l'accès à l'eau, alors espérons que cette affaire leur donnera l'occasion de réfléchir quelque peu.
Paru dans l'Impartial
Paru dans l'Impartial
11 novembre 2011
Petit problème de probabilités
Le problème était le suivant: derrière trois portes closes se trouvent une voiture et deux vaches en carton. Le candidat, qui en principe souhaite gagner la voiture, désigne tout d’abord une des trois portes. L’animateur ouvre une des deux portes restantes, derrière laquelle se trouve une des deux vaches en carton. Le candidat a maintenant le choix. Il peut ouvrir soit la porte qu’il a désignée au début, soit celle des deux autres portes que l’animateur a laissé fermée.
Il y a quatre stratégies possibles:
-Monsieur Doof, qui pense que l’animateur cherche à le rouler, décide de ne modifier son premier choix en aucun cas. Mais ce premier choix, auquel M.Doof s’attache plus que de raison, a été fait au hasard entre trois portes. M.Doof n’a donc qu’une chance sur trois de recevoir la voiture.
-La Comtesse von und zu Fall décide d’ignorer son premier choix et de s’en remettre totalement au hasard pour son choix définitif. Comme elle choisit après que l’animateur a exclu une des portes, elle a une chance sur deux de gagner.
-Madame Kluge spécule sur le fait qu’il y a deux chances sur trois que, derrière la première porte qu’elle désigne, se trouve une vache en carton. Si elle est bien tombée sur la vache espérée, Mme Kluge est alors sure de gagner. L’animateur ouvrira celle des deux portes restantes derrière laquelle se trouve l’autre vache en carton, et Mme Kluge ouvrira celle derrière laquelle se trouve la voiture.
-Monsieur Hoover a corrompu les organisateurs de l’émission et sait où se trouve la bonne porte. Il a cent pour cent de chances de gagner.
En fait, tout dépend de la manière dont les candidats utilisent l’information. Les joueurs non-corrompus obtiennent de l’animateur deux informations. Premièrement, ils apprennent la position d’une des deux vaches en carton. Deuxièmement, ils savent que l’animateur a une liberté limitée, vu qu’il s’interdit d’ouvrir la porte choisie par le candidat au premier tour. Ce n’est que dans un cas sur trois que l’animateur peut choisir entre les deux vaches en carton (lorsque le candidat a désigné la porte derrière laquelle se trouve la voiture) et c’est justement dans ce cas que Mme Kluge perd, parce qu’elle a misé sur les deux cas où l’animateur est parfaitement calculable. La Comtesse von und zu Fall, quant à elle, a négligé la deuxième information, et M.Doof, lui, a négligé à la fois la première et la deuxième.
La Comtesse von und zu Fall croit qu’elle a des chances égales quelle que soit la porte qu’elle ouvre, ce qui aboutirait à un paradoxe dans le cas où elle ouvrirait la même porte que Mme Kluge: l’une aurait une chance sur deux de gagner et l’autre deux sur trois, alors même qu’elles sont en train d’ouvrir la même porte!
Pour ne pas se laisser leurrer par cette contradiction apparente, il faut garder à l’esprit que la probabilité doit se calculer non pas après, mais avant qu’on choisisse.
La Comtesse von und zu Fall a en fait une chance sur deux d’ouvrir la même porte que Mme Kluge, auquel cas elle a deux chance sur trois de gagner. Ce qui veut dire qu’il y a deux chances sur six que la Comtesse von und zu Fall gagne en jouant sans le savoir comme Mme Kluge. Parallèlement, elle a une chance sur six de gagner en jouant comme M.Doof. Au total, elle a bel et bien une chance sur deux.
Il ne faut pas croire qu’il y a deux chances sur trois que la voiture se trouve derrière une porte et une chance sur trois qu’elle se trouve derrière l’autre, nous dira M.Hoover. Les choses sont beaucoup plus simples: il y a 100% de probabilité que la voiture se trouve derrière la bonne porte.
Il n’y a là non plus aucune contradiction: Mme Kluge a deux chances sur trois de jouer sans le savoir comme M.Hoover et d’avoir 100% de chances de gagner. Ce qui au total fait toujours deux tiers.
Il y a quatre stratégies possibles:
-Monsieur Doof, qui pense que l’animateur cherche à le rouler, décide de ne modifier son premier choix en aucun cas. Mais ce premier choix, auquel M.Doof s’attache plus que de raison, a été fait au hasard entre trois portes. M.Doof n’a donc qu’une chance sur trois de recevoir la voiture.
-La Comtesse von und zu Fall décide d’ignorer son premier choix et de s’en remettre totalement au hasard pour son choix définitif. Comme elle choisit après que l’animateur a exclu une des portes, elle a une chance sur deux de gagner.
-Madame Kluge spécule sur le fait qu’il y a deux chances sur trois que, derrière la première porte qu’elle désigne, se trouve une vache en carton. Si elle est bien tombée sur la vache espérée, Mme Kluge est alors sure de gagner. L’animateur ouvrira celle des deux portes restantes derrière laquelle se trouve l’autre vache en carton, et Mme Kluge ouvrira celle derrière laquelle se trouve la voiture.
-Monsieur Hoover a corrompu les organisateurs de l’émission et sait où se trouve la bonne porte. Il a cent pour cent de chances de gagner.
En fait, tout dépend de la manière dont les candidats utilisent l’information. Les joueurs non-corrompus obtiennent de l’animateur deux informations. Premièrement, ils apprennent la position d’une des deux vaches en carton. Deuxièmement, ils savent que l’animateur a une liberté limitée, vu qu’il s’interdit d’ouvrir la porte choisie par le candidat au premier tour. Ce n’est que dans un cas sur trois que l’animateur peut choisir entre les deux vaches en carton (lorsque le candidat a désigné la porte derrière laquelle se trouve la voiture) et c’est justement dans ce cas que Mme Kluge perd, parce qu’elle a misé sur les deux cas où l’animateur est parfaitement calculable. La Comtesse von und zu Fall, quant à elle, a négligé la deuxième information, et M.Doof, lui, a négligé à la fois la première et la deuxième.
La Comtesse von und zu Fall croit qu’elle a des chances égales quelle que soit la porte qu’elle ouvre, ce qui aboutirait à un paradoxe dans le cas où elle ouvrirait la même porte que Mme Kluge: l’une aurait une chance sur deux de gagner et l’autre deux sur trois, alors même qu’elles sont en train d’ouvrir la même porte!
Pour ne pas se laisser leurrer par cette contradiction apparente, il faut garder à l’esprit que la probabilité doit se calculer non pas après, mais avant qu’on choisisse.
La Comtesse von und zu Fall a en fait une chance sur deux d’ouvrir la même porte que Mme Kluge, auquel cas elle a deux chance sur trois de gagner. Ce qui veut dire qu’il y a deux chances sur six que la Comtesse von und zu Fall gagne en jouant sans le savoir comme Mme Kluge. Parallèlement, elle a une chance sur six de gagner en jouant comme M.Doof. Au total, elle a bel et bien une chance sur deux.
Il ne faut pas croire qu’il y a deux chances sur trois que la voiture se trouve derrière une porte et une chance sur trois qu’elle se trouve derrière l’autre, nous dira M.Hoover. Les choses sont beaucoup plus simples: il y a 100% de probabilité que la voiture se trouve derrière la bonne porte.
Il n’y a là non plus aucune contradiction: Mme Kluge a deux chances sur trois de jouer sans le savoir comme M.Hoover et d’avoir 100% de chances de gagner. Ce qui au total fait toujours deux tiers.
10 novembre 2011
La droite Pinocchio contre le salaire minimum
La droite a décidé d'attaquer... par la gauche. Voilà ce qui se passe en ce moment dans les cantons de Genève et Neuchâtel, qui voteront simultanément, le 27 novembre, sur un salaire minimum cantonal.
A Genève, l'affiche du Mouvement Citoyen Genevois (MCG) affirme: «NON au SMIC à la française qui va faire baisser tous les salaires». L'initiative est également combattue par un, excusez du peu, «Comité contre la baisse des salaires».
A Neuchâtel, les électeurs ont découvert dans leur boîte aux lettres un tract au titre des plus étonnants: «Salaire minimum fixé par l'Etat à 2'500 francs? Non merci, c'est indécent!» Dans ce brûlot «ultra-gauchiste» de la CNCI (Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie) et de l’UNAM (Union cantonale neuchâteloise des arts et métiers), on lit aussi que le salaire minimum entraîne «une baisse généralisée des salaires». On se demande bien par quelle mystérieuse contagion l'ensemble des rémunérations devrait être tiré vers le bas. Certes, le tract nous apprend qu’en France, lors de l'introduction du SMIC il y a plus de 30 ans, «environ 10% des travailleurs étaient payés à ce niveau-là. Ils sont actuellement plus de 16%.» Pourtant, aucune loi n'empêche les patrons français d'augmenter ces salaires. En revanche, s'ils avaient le droit de les diminuer, on peut supposer que certains utiliseraient cette possibilité. Les pourfendeurs du SMIC se focalisent sur l'exemple français et ne font jamais référence à l'Allemagne, où l'absence de salaire minimum a ouvert la porte aux pires excès, au point que même la très conservatrice CDU d'Angela Merkel est en passe d'introduire un salaire minimum qui devrait se situer autour de 8 euros de l'heure. Dans Le Temps du 31 octobre, on lit que «cinq millions de salariés touchent des salaires dérisoires. Les cas de coiffeuses payées deux euros de l’heure ou de femmes de chambre gagnant un euro par chambre nettoyée dans les hôtels ont défrayé la chronique ces derniers temps, provoquant la colère de l’opinion.» Il serait curieux de savoir ce que la droite à Neuchâtel et à Genève pense d'Angela Merkel. La suspectent-ils, par le plus terrible des machiavélismes, de vouloir introduire le salaire minimum afin de faire baisser les salaires allemands, faisant ainsi de son pays un compétiteur encore plus redoutable pour l'Europe du Sud?
Raphaël Comte bientôt syndicaliste?
Sidéré par une pareille mauvaise foi, nous avons demandé à quelques personnalités de la droite si elles cautionnaient le tract invraisemblable des patrons neuchâtelois. Seuls le conseiller d’Etat Thierry Grosjean et le président de la Ville de Neuchâtel Alain Ribaux ont eu l'intelligence de prendre leurs distances, en affirmant toutefois, sans beaucoup d'arguments, que la propagande de la gauche ne valait pas mieux que celle de la droite. Des réponses d’autres élus, ainsi que de l'analyse des débats au Grand Conseil, il faut tirer la conclusion que la droite neuchâteloise, dans son écrasante majorité, prétend réellement croire à l'abracadabrantesque théorie selon laquelle le salaire minimum représenterait un danger pour le niveau de rémunération des travailleurs. A moins que tous ces gens soient victimes d'une hallucination collective, il faut en déduire qu'il s'agit d'une stratégie délibérément mensongère. Quant au conseiller aux Etats libéral-radical Raphaël Comte, il reconnaît que la situation des travailleurs non couverts par les conventions collectives peut poser problème. Toutefois, il estime que le salaire minimum n'est pas la solution et préconise une meilleure organisation des partenaires sociaux afin que tous les secteurs puissent être conventionnés. On doit donc conseiller vivement aux syndicats de l'engager, lui qui affirme clairement que tout le monde doit bénéficier d'un salaire décent. Peut-être parviendra-t-il à faire augmenter le taux de syndicalisation...
Une négligence bénigne de solidaritéS et de la gauche
Malgré toute la monstruosité du tract patronal, on peut malgré tout, sur un point, lui donner partiellement raison. Il renvoie à un arrêt du Tribunal fédéral selon lequel «le salaire minimum devrait se situer à un niveau relativement bas, proche du revenu minimal résultant des systèmes d'assurance ou d'assistance sociale, sous peine de sortir du cadre de la "politique sociale" pour entrer dans celui de la "politique économique" et, donc, d'être contraire à la liberté économique». Or, la documentation de solidaritéS ne fait pas mention de cet arrêt du Tribunal fédéral, qui annulait l’invalidation par le Grand Conseil genevois de l’initiative pour un salaire minimum déposée dans ce canton par solidaritéS, justement. Bien entendu, les militants de solidaritéS veulent vraiment un salaire minimum à 4’000 francs et leur recommandation de vote va vraiment dans ce sens. Ils ne disent donc pas l'exact inverse de ce qu'ils pensent et leur négligence bénigne n'est pas du tout à mettre sur le même plan que l'hypocrisie patronale. Malgré tout, si la gauche veut vraiment améliorer le niveau de culture politique, il convient de dire toute la vérité aux citoyens, sans faire miroiter des promesses qui ne peuvent être tenues.
A Genève, l'affiche du Mouvement Citoyen Genevois (MCG) affirme: «NON au SMIC à la française qui va faire baisser tous les salaires». L'initiative est également combattue par un, excusez du peu, «Comité contre la baisse des salaires».
A Neuchâtel, les électeurs ont découvert dans leur boîte aux lettres un tract au titre des plus étonnants: «Salaire minimum fixé par l'Etat à 2'500 francs? Non merci, c'est indécent!» Dans ce brûlot «ultra-gauchiste» de la CNCI (Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie) et de l’UNAM (Union cantonale neuchâteloise des arts et métiers), on lit aussi que le salaire minimum entraîne «une baisse généralisée des salaires». On se demande bien par quelle mystérieuse contagion l'ensemble des rémunérations devrait être tiré vers le bas. Certes, le tract nous apprend qu’en France, lors de l'introduction du SMIC il y a plus de 30 ans, «environ 10% des travailleurs étaient payés à ce niveau-là. Ils sont actuellement plus de 16%.» Pourtant, aucune loi n'empêche les patrons français d'augmenter ces salaires. En revanche, s'ils avaient le droit de les diminuer, on peut supposer que certains utiliseraient cette possibilité. Les pourfendeurs du SMIC se focalisent sur l'exemple français et ne font jamais référence à l'Allemagne, où l'absence de salaire minimum a ouvert la porte aux pires excès, au point que même la très conservatrice CDU d'Angela Merkel est en passe d'introduire un salaire minimum qui devrait se situer autour de 8 euros de l'heure. Dans Le Temps du 31 octobre, on lit que «cinq millions de salariés touchent des salaires dérisoires. Les cas de coiffeuses payées deux euros de l’heure ou de femmes de chambre gagnant un euro par chambre nettoyée dans les hôtels ont défrayé la chronique ces derniers temps, provoquant la colère de l’opinion.» Il serait curieux de savoir ce que la droite à Neuchâtel et à Genève pense d'Angela Merkel. La suspectent-ils, par le plus terrible des machiavélismes, de vouloir introduire le salaire minimum afin de faire baisser les salaires allemands, faisant ainsi de son pays un compétiteur encore plus redoutable pour l'Europe du Sud?
Raphaël Comte bientôt syndicaliste?
Sidéré par une pareille mauvaise foi, nous avons demandé à quelques personnalités de la droite si elles cautionnaient le tract invraisemblable des patrons neuchâtelois. Seuls le conseiller d’Etat Thierry Grosjean et le président de la Ville de Neuchâtel Alain Ribaux ont eu l'intelligence de prendre leurs distances, en affirmant toutefois, sans beaucoup d'arguments, que la propagande de la gauche ne valait pas mieux que celle de la droite. Des réponses d’autres élus, ainsi que de l'analyse des débats au Grand Conseil, il faut tirer la conclusion que la droite neuchâteloise, dans son écrasante majorité, prétend réellement croire à l'abracadabrantesque théorie selon laquelle le salaire minimum représenterait un danger pour le niveau de rémunération des travailleurs. A moins que tous ces gens soient victimes d'une hallucination collective, il faut en déduire qu'il s'agit d'une stratégie délibérément mensongère. Quant au conseiller aux Etats libéral-radical Raphaël Comte, il reconnaît que la situation des travailleurs non couverts par les conventions collectives peut poser problème. Toutefois, il estime que le salaire minimum n'est pas la solution et préconise une meilleure organisation des partenaires sociaux afin que tous les secteurs puissent être conventionnés. On doit donc conseiller vivement aux syndicats de l'engager, lui qui affirme clairement que tout le monde doit bénéficier d'un salaire décent. Peut-être parviendra-t-il à faire augmenter le taux de syndicalisation...
Une négligence bénigne de solidaritéS et de la gauche
Malgré toute la monstruosité du tract patronal, on peut malgré tout, sur un point, lui donner partiellement raison. Il renvoie à un arrêt du Tribunal fédéral selon lequel «le salaire minimum devrait se situer à un niveau relativement bas, proche du revenu minimal résultant des systèmes d'assurance ou d'assistance sociale, sous peine de sortir du cadre de la "politique sociale" pour entrer dans celui de la "politique économique" et, donc, d'être contraire à la liberté économique». Or, la documentation de solidaritéS ne fait pas mention de cet arrêt du Tribunal fédéral, qui annulait l’invalidation par le Grand Conseil genevois de l’initiative pour un salaire minimum déposée dans ce canton par solidaritéS, justement. Bien entendu, les militants de solidaritéS veulent vraiment un salaire minimum à 4’000 francs et leur recommandation de vote va vraiment dans ce sens. Ils ne disent donc pas l'exact inverse de ce qu'ils pensent et leur négligence bénigne n'est pas du tout à mettre sur le même plan que l'hypocrisie patronale. Malgré tout, si la gauche veut vraiment améliorer le niveau de culture politique, il convient de dire toute la vérité aux citoyens, sans faire miroiter des promesses qui ne peuvent être tenues.
09 novembre 2011
Avions de combats: un peu de sérieux svp 2
J'entends depuis vingt ans un argument certes vrai, mais pourtant totalement absurde : les dépenses militaires créent des emplois. En voyant que le Courrier du 8 novembre proposait une interview de Guy Pamerlin concernant les avions de combats, je savais, avant même de lire l'article, que ce non-sens ridicule allait nous être infligé une fois de plus, alors qu'il aurait dû être banni du débat politique depuis des lustres. Je vais vous confier le scoop du siècle, n'oubliez pas de le dire à M.Pamerlin : quand on dépense de l'argent, cela donne du travail. Si je n'attends rien de bien d'un politicien UDC, je suis déçu que les deux journalistes du Courrier, Arnaud Crevoisier et Jérôme Cachin, ne l'aient pas cuisiné un peu plus: "Expliquez-nous donc, M.Pamerlin, pourquoi l'argent dépensé pour l'armement créerait plus d'emplois que la même somme investie dans un autre secteur? Vous dites que dans le cas de l'industrie militaire, il s'agit d'emplois de haut niveau technologique, mais n'êtes-vous vraiment pas au courant que la recherche scientifique manque justement de moyens?"
03 novembre 2011
Contre-vérités au sujet du salaire minimum
J'ai été littéralement stupéfait en lisant l'article de Marc Moulin dans le Temps du 2 novembre. En effet, pour recommander le « non » au salaire minimum, les opposants genevois invoquent les mêmes arguments ahurissants que les organisations patronales neuchâteloises, dont le tract m'avait déjà profondément choqué deux jours auparavant. Rappelons que le même objet passe en votation dans les deux cantons en même temps, le 27 novembre. A Neuchâtel comme à Genève, les opposants tentent de faire croire au public non informé que le salaire minimum pourrait s'appliquer aux travailleurs dont la rémunération est actuellement plus élevée. Il est invraisemblable que certains patrons de notre pays osent proférer de pareilles contre-vérités : le projet prévoit uniquement d'interdire les salaires trop bas. Pour le reste, la liberté de négocier les salaires reste entière et aucune limite vers le haut n'est prévue pour l'instant, pas même pour les grands patrons (espérons que cela sera pour une autre fois). Pourtant, les opposants neuchâtelois comme genevois évoquent des « salaires fixés par l'Etat » et le député PDC Fabiano Forte ose parler de « salaire communiste ». S'il avait lu le Temps du 31 octobre (article de Nathalie Versieux), il saurait que même la CDU allemande (Christlich-demokratische Union, soit l'équivalent du PDC), a pris parti pour le salaire minimum. M.Forte imagine-t-il vraiment qu'Angela Merkel puisse être communiste ?
Lettre de lecteur envoyée au Temps
Lettre de lecteur envoyée au Temps
17 octobre 2011
Bonne nouvelle de Hongrie
Le gouvernement hongrois s'illustre par un nationalisme outrancier assez antipathique. Toutefois, en matière économique, il vient de prendre une des rares décisions raisonnables de l'année en Europe. Il a décidé de soulager, au détriment des banques, ses citoyens de classe moyenne étranglés par leurs dettes. En effet, une vaste majorité des hypothèques de ces dernières années avaient été émises en francs suisses, ce qui permettait aux acquéreurs de logements de payer moins d'intérêts. Le problème, c'est que le franc suisse s'est apprécié fortement par rapport au forint hongrois au cours des dernières années, augmentant d'autant les montants dus aux banques. Par bonheur, une récente loi permet de rembourser les dettes en francs suisses au cours de 180 forints (alors que le franc se situe actuellement aux alentours de 235 forints), soit un rabais de 23% pour des dizaines de milliers de propriétaires de logement. Rappelons que la crise économique actuelle est due, pour l'essentiel, à la mauvaise répartition du pouvoir d'achat, de plus en plus concentré entre les mains de ceux qui n'en ont pas besoin et ne vont donc pas dépenser leur argent, ce qui entraîne une baisse de la demande globale, donc une hausse du chômage et des revenus des Etats. Le sauvetage des banques, loin d'être une mesure de soutien à l'économie, contribue en fait à pérenniser la concentration de la richesse entre les mains des financiers, qui est la cause même de la crise. Il faut donc saluer, enfin, une mesure qui vise à affaiblir l'ennemi plutôt qu'à lui donner des munitions.
13 octobre 2011
Avions de combat : un peu de sérieux s'il vous plaît
On nous sert depuis vingt ans un argument certes vrai, mais pourtant totalement absurde : les dépenses militaires créent des emplois. M.Pierre Castella, patron de Dixi, l'a redit récemment (Impartial et Express du 8 octobre). Je vais vous confier le scoop du siècle, n'oubliez pas de le dire à M.Castella : quand on dépense de l'argent, cela donne du travail. Il faudrait vraiment que la Confédération atteigne des sommets de sottise sans précédent pour qu'il n'en soit pas ainsi. De ce point de vue, peu importe que l'on investisse dans les transports, l'éducation, la santé ou la police. Mon avis est que pour notre sécurité, nous avons surtout besoin d'une nouvelle politique énergétique qui permettrait de fermer Mühleberg (qui me fait bien plus peur que les armées étrangères) ou de sortir de cette dépendance au pétrole qui nous met à la merci des conflits internationaux. Si vous pensez sincèrement que de nouveaux avions sont encore plus importants, je peux respecter votre point de vue. Mais de grâce, cessez une bonne fois pour toute de prétendre que cela va créer plus d'emplois.
21 septembre 2011
De l'autoritarisme en pays de Neuchâtel
Annie Clerc, conseillère communale à La Chaux-de-Fonds, n'a pas avalé que le restaurant social Ekir ose contacter l'Impartial (édition du 2 septembre) pour demander une subvention plus élevée. Dans une lettre du 13 septembre, elle affirme sèchement : « Si une décision de subvention doit être remise en cause, elle devrait l'être par un courrier ou par une demande de rencontre ». Il y a un an (Impartial et Express du 9 juillet), Laurence Aellen, alors cheffe intérimaire du service de l'emploi, n'avait pas supporté les critiques de l'Association de défense des chômeurs parues dans les médias, s'indignant qu'une association subventionnée ose se retourner contre le service qui la subventionne. C'est à se demander si nos autorités ne s'inspirent pas de la philosophie de M.Bernasconi, ancien président de Xamax, qui avait affirmé que ceux qui n'ont pas d'argent devraient « fermer leur gueule ». Si tel est le cas, rappelons-leur que l'argent de l'Etat n'est pas leur propriété personnelle, mais bien celle des citoyens, et que chacun a le droit de porter une question sur la place publique. Rappelons aussi à Mme Clerc que le parti socialiste, qu'elle représente, n'a pas toujours demandé la permission avant de s'exprimer. Tel est également mon cas : j'écris cette lettre à titre strictement personnel, ne faisant pas partie de l'équipe d'Ekir, et j'espère donc que Mme Clerc ne se retournera pas contre eux.
Lettre envoyée à l'Impartial, qui n'a pas voulu la publier.
Lettre envoyée à l'Impartial, qui n'a pas voulu la publier.
06 septembre 2011
LIVRE : Myret Zaki, la fin du dollar. Favre 2011
La rédactrice en chef adjointe de Bilan nous démontre de façon convaincante que les jours de l'ère du dollar sont comptés. La situation du billet vert n'est pas rose. Il court un très gros risque d'être fortement dévalué au cours des prochaines années, ce qui signifie que les Etats-Unis vont régler une partie de leurs dettes en monnaie de singe, au grand dam notamment de la Chine et du Japon. S'il est toujours difficile de prévoir l'avenir, le scénario que nous prédit Myret Zaki semble presque inéluctable.
Le déficit américain devrait atteindre 1600 000 000 000 de dollars en 2011, soit 10.9% du PIB. Il semble totalement hors de contrôle actuellement car il paraît impossible que le Congrès décide de prélever de nouveaux impôts. Les Etats-Unis préfèrent s'endetter, même si les autres pays seront de moins en moins disposés à leur prêter de l'argent. Aujourd'hui déjà, la Réserve fédérale américaine est désormais le plus gros détenteur de bons du trésor américain, devant la Chine. Autrement dit, l'argent que l'Etat américain ne parvient plus à emprunter lui est fourni à coup de planche à billet.
Une telle politique ne peut déboucher que sur une importante inflation, que la méthode actuelle de calcul sous-estime largement. Il semblerait que si on avait calculé l'inflation de 2010 avec la méthode de 1980, elle aurait été de 8.54% au lieu des 1.14% officiels (p.85). Ce chiffre biaisé entraîne mécaniquement une surestimation de la croissance économique. Cela est d'autant plus grave que le pays a perdu le quart de ses emplois industriels au cours des années Bush (p.93). D'autre part, le chômage serait également largement sous-estimé.
Le dollar ne doit sa position de principale devise mondiale qu'à l'absence d'alternative, à cause notamment du discrédit actuel de l'euro, discrédit non fondé selon Myret Zaki. Elle dénonce « les attaques permanentes depuis le début de l'euro », qui relèveraient selon elle d'une stratégie des milieux financiers et des médias anglo-saxons, qui craignent qu'un euro trop fort représente une concurrence fatale pour le dollar. Ainsi, les attaques contre l'euro au début de 2011 auraient entraîné une ruée vers le dollar.
Toutefois, cette situation ne saurait durer. Il suffirait que les taux d'intérêts, très bas ces dernières années, remontent, pour que le service de la dette américaine devienne gigantesque. Une crise de confiance sur le dollar peut survenir d'un instant à l'autre et surviendra tôt ou tard. Si on en croit Myret Zaki, les dirigeants chinois et européens, conscients de cette situation, réfléchiraient déjà à la réorganisation du système monétaire mondial qui s'avérera alors nécessaire.
Les qualité du livre n'obligent pas, bien entendu, le lecteur à partager l'idéologie économique de Myret Zaki, qui pourfend le keynésianisme et ne semble même pas avoir entendu parler du socialisme. Elle oublie que l'inflation est en principe un jeu à somme nulle et considère que la stabilité monétaire justifie les pires politiques de rigueur. Toutefois, ce point de vue excessif fait de Myret Zaki une excellente critique de l'excès inverse qu'est l'abus de la planche à billet.
Le déficit américain devrait atteindre 1600 000 000 000 de dollars en 2011, soit 10.9% du PIB. Il semble totalement hors de contrôle actuellement car il paraît impossible que le Congrès décide de prélever de nouveaux impôts. Les Etats-Unis préfèrent s'endetter, même si les autres pays seront de moins en moins disposés à leur prêter de l'argent. Aujourd'hui déjà, la Réserve fédérale américaine est désormais le plus gros détenteur de bons du trésor américain, devant la Chine. Autrement dit, l'argent que l'Etat américain ne parvient plus à emprunter lui est fourni à coup de planche à billet.
Une telle politique ne peut déboucher que sur une importante inflation, que la méthode actuelle de calcul sous-estime largement. Il semblerait que si on avait calculé l'inflation de 2010 avec la méthode de 1980, elle aurait été de 8.54% au lieu des 1.14% officiels (p.85). Ce chiffre biaisé entraîne mécaniquement une surestimation de la croissance économique. Cela est d'autant plus grave que le pays a perdu le quart de ses emplois industriels au cours des années Bush (p.93). D'autre part, le chômage serait également largement sous-estimé.
Le dollar ne doit sa position de principale devise mondiale qu'à l'absence d'alternative, à cause notamment du discrédit actuel de l'euro, discrédit non fondé selon Myret Zaki. Elle dénonce « les attaques permanentes depuis le début de l'euro », qui relèveraient selon elle d'une stratégie des milieux financiers et des médias anglo-saxons, qui craignent qu'un euro trop fort représente une concurrence fatale pour le dollar. Ainsi, les attaques contre l'euro au début de 2011 auraient entraîné une ruée vers le dollar.
Toutefois, cette situation ne saurait durer. Il suffirait que les taux d'intérêts, très bas ces dernières années, remontent, pour que le service de la dette américaine devienne gigantesque. Une crise de confiance sur le dollar peut survenir d'un instant à l'autre et surviendra tôt ou tard. Si on en croit Myret Zaki, les dirigeants chinois et européens, conscients de cette situation, réfléchiraient déjà à la réorganisation du système monétaire mondial qui s'avérera alors nécessaire.
Les qualité du livre n'obligent pas, bien entendu, le lecteur à partager l'idéologie économique de Myret Zaki, qui pourfend le keynésianisme et ne semble même pas avoir entendu parler du socialisme. Elle oublie que l'inflation est en principe un jeu à somme nulle et considère que la stabilité monétaire justifie les pires politiques de rigueur. Toutefois, ce point de vue excessif fait de Myret Zaki une excellente critique de l'excès inverse qu'est l'abus de la planche à billet.
31 août 2011
La BNS et ses déficits. (écrit pour le journal La Liberté).
L'être humain a la fâcheuse tendance à confondre les créations de son esprit avec la réalité. Ce n'est nulle part plus vrai qu'en comptabilité, où un raisonnement purement mécanique peut amener à des conclusions abracadabrantesques. Toute la Suisse s'est persuadée, à tort, que la Banque nationale a perdu de l'argent à cause de la baisse de l'euro. Rappelons qu'en 2010, la BNS a acquis de gigantesques quantité de devises étrangères, au point que ses réserves ont presque doublé. Actuellement, ces réserves, principalement constituées d'euros (55% du total), de dollars (25% du total) et de yens (10% du total), représentent à peu près 200 milliards de francs suisses, montant qui varie en fonction du taux de change. Or, depuis janvier 2010, l'euro a perdu 22% de sa valeur par rapport au franc, et l'euro 22%. A cause des ces baisses, la BNS a vu fondre la valeur de ses réserves de devises, exprimée en francs suisses, et aurait « perdu » la somme gigantesque de 44 milliards de francs. Pourtant, cette perte n'est qu'une question de point de vue et n'existerait tout simplement pas si la BNS tenait sa comptabilité en dollars, principale monnaie mondiale, ou en euros, monnaies de nos principaux partenaires commerciaux. La BNS aurait même constaté une énorme plus-value de son stock d'or (actuellement aux alentours de 40 milliards de francs), car le métal jaune a gagné plus de 50% face à l'euro et au dollar depuis janvier 2010. Ceci étant établi, la question est la suivante : la quelle des deux méthodes de comptabilité est-elle la plus sensée ? Il me semble quant à moi que la question est vite décidée. Si cet article vous fait sauter en l'air, sachez bien que c'est vous qui montez et non le sol qui descend. De même, c'est bien notre petit franc suisse qui est monté et non les grandes monnaies de référence de l'économie mondiale qui ont baissé. Il serait temps que les dirigeants de la BNS s'en rendent compte et redistribuent une partie de leurs bénéfices aux cantons, comme l'an dernier, au moment ou l'économie s'achemine probablement vers la récession et a un grand besoin d'investissements.
SOURCES
Le rapport de la BNS au 30 juin est accessible à partir d'un article du Temps :
http://ww.w.letemps.ch/Page/Uuid/233efe84-b9a7-11e0-851d-ec67c3f3ac80|1
Pour l'historique des taux de change :
http://www.oanda.com/lang/fr/currency/historical-rates/
Pour la composition des réserves de change de la BNS :
http://www.snb.ch/fr/iabout/assets/id/assets_reserves
Pour le bilan 2009 de la BNS
http://www.snb.ch/fr/iabout/snb/annacc/id/snb_annac_balance
Pour le cours de l'or
http://www.cpordevises.com/or/cotations/cours-or-pays/06-2011/
PS, j'aurais aimé pourvoir fournir des chiffres plus précis. Mais la comptabilité fournie par la BNS sur son site est peu claire. En effet, on y trouve uniquement le montant des réserves exprimé en francs suisses et il est impossible de suivre avec précision le stock d'euros (exprimé en euros), le stock de dollars (exprimé en dollars) et le stock d'or (exprimé en or) comme j'aurais aimé le faire. Voilà qui illustre à merveille le propos exprimé dans mon texte.
SOURCES
Le rapport de la BNS au 30 juin est accessible à partir d'un article du Temps :
http://ww.w.letemps.ch/Page/Uuid/233efe84-b9a7-11e0-851d-ec67c3f3ac80|1
Pour l'historique des taux de change :
http://www.oanda.com/lang/fr/currency/historical-rates/
Pour la composition des réserves de change de la BNS :
http://www.snb.ch/fr/iabout/assets/id/assets_reserves
Pour le bilan 2009 de la BNS
http://www.snb.ch/fr/iabout/snb/annacc/id/snb_annac_balance
Pour le cours de l'or
http://www.cpordevises.com/or/cotations/cours-or-pays/06-2011/
PS, j'aurais aimé pourvoir fournir des chiffres plus précis. Mais la comptabilité fournie par la BNS sur son site est peu claire. En effet, on y trouve uniquement le montant des réserves exprimé en francs suisses et il est impossible de suivre avec précision le stock d'euros (exprimé en euros), le stock de dollars (exprimé en dollars) et le stock d'or (exprimé en or) comme j'aurais aimé le faire. Voilà qui illustre à merveille le propos exprimé dans mon texte.
29 août 2011
Le déficit mythique de la BNS
Les pertes de la BNS défraient la chronique. On annonce qu'elle ne pourra pas reverser de l'argent aux cantons, ses réserves en euros ayant perdu de la valeur. La BNS évite également d'acheter des euros, par peur que ceux-ci baissent, ce qui lui avait, dit-on, fait subir des pertes l'an dernier. Pourtant, une question élémentaire vient à l'esprit : est-ce bien l'euro qui a baissé ou bien le franc qui est monté ? Y a-t-il une raison sérieuse de tenir la comptabilité de la BNS en francs suisses, plutôt qu'en dollars, monnaie internationale de référence, ou en euros, monnaie de nos plus important partenaires commerciaux, voire en or ou en fonction d'un panier de matières premières? Si on procédait selon l'une de ces méthodes, on arriverait certainement à la conclusion que la BNS n'a rien perdu du tout. Or, compte tenu de la taille de notre économie par rapport au reste du monde, considérer que notre devise est la mesure de toutes choses revient à faire tourner le soleil autour de la terre. Rappelons que les réserves de la BNS servent avant tout à garantir la force du franc suisse par rapport aux devises étrangères et qu'elle n'en a donc pas besoin pour l'instant. En imaginant qu'un jour, sans doute lointain, la BNS doive intervenir contre un franc trop bas, alors ses réserves auront repris toute leur valeur.
Chagaev l'affable
Le rêve de Xamax
Imaginons un instant que Xamax soit premier du championnat suisse et que son propriétaire Bulat Chagaev soit un type affable offrant des fleurs à ses joueurs après chaque match, quel que soit le résultat. Imaginons aussi que sa fortune ait été acquise de manière parfaitement légitime (quoique je peine à croire qu'on puisse devenir milliardaire en étant vraiment honnête). Eh bien, même si tout cela était vrai, je trouverais quand même toute cette histoire profondément pathétique. Il est consternant que M.Chagaev soit dépourvu de toute idée intelligente pour utiliser son argent. Alors qu'il pourrait financer des hôpitaux dans son pays, aider les plus pauvres ou promouvoir les énergies renouvelables, il préfère se payer un joujou bling-bling pour se faire reluire l'ego et promouvoir son image de marque. Par bonheur, il ne s'y est pas très bien pris. Cela nous évitera le spectacle consternant des fans criant « on est les meilleurs » simplement parce que leur club à plus d'argent que les autres.
Imaginons un instant que Xamax soit premier du championnat suisse et que son propriétaire Bulat Chagaev soit un type affable offrant des fleurs à ses joueurs après chaque match, quel que soit le résultat. Imaginons aussi que sa fortune ait été acquise de manière parfaitement légitime (quoique je peine à croire qu'on puisse devenir milliardaire en étant vraiment honnête). Eh bien, même si tout cela était vrai, je trouverais quand même toute cette histoire profondément pathétique. Il est consternant que M.Chagaev soit dépourvu de toute idée intelligente pour utiliser son argent. Alors qu'il pourrait financer des hôpitaux dans son pays, aider les plus pauvres ou promouvoir les énergies renouvelables, il préfère se payer un joujou bling-bling pour se faire reluire l'ego et promouvoir son image de marque. Par bonheur, il ne s'y est pas très bien pris. Cela nous évitera le spectacle consternant des fans criant « on est les meilleurs » simplement parce que leur club à plus d'argent que les autres.
23 juillet 2011
La Grèce ou les banques: qui sauve-t-on?
En grec, «langue de bois » pourrait se traduire par « xyloglossie ». C'est ce que pratique largement la presse en ânonnant que les dirigeants européens se sont mis d'accord, jeudi 21 juillet, pour « sauver la Grèce ». En réalité, on va continuer à imposer à ce pays une politique d'austérité qui va bloquer son économie pour de longues années. Ce qu'on a sauvé, c'est une fois de plus les banques, qui, grâce à la générosité des contribuables européens, ne vont perdre que 20% de l'argent qu'elles avaient prêté à la Grèce et que ce pays ne peut pas rembourser. Quel beau métier que banquier: encaissez les bénéfices quand vous faites de bonnes affaires et faites vous indemniser par l'Etat quand vous en faites de mauvaises!
06 juillet 2011
Entre Mark Muller et son proprio, choisissons le peuple !
On se scandalise que le magistrat genevois Mark Muller ne paie que 2000 francs pour un sept pièces au centre de Genève, loyer qui serait pourtant normal dans d’autres régions du pays. Voilà qui met en lumière le décalage entre deux façons d’estimer le « juste prix » d’un logement : d’un côté, le coût de la construction de l’immeuble et de l’achat du terrain à l’époque ; de l’autre, le jeu de l’offre et de la demande. La différence entre les deux est à la source d’importants profits immérités pour les investisseurs de l’immobilier, même dans une ville comme la Chaux-de-Fonds, réputée pour ses bas loyers. Comparez maintenant les loyers de Genève et de La Chaux-de-Fonds : la différence correspond à un surprofit de plusieurs milliers de francs par locataire. Ce sont ces sommes gigantesques, astronomiques et invraisemblables que les spéculateurs genevois se sont mis et continuent à se mettre dans la poche au cours des ans, que ce soit en encaissant des loyers ou en revendant avec profits, au fil des ans, terrains et immeubles.
On sait que le blocage des prix engendre souvent des files d’attentes, comme celles, proverbiales, des pays autrefois « communistes » d’Europe de l’Est. De même, bloquer les loyers encourage les gens à s’accrocher à leurs logements, même trop grands, et contribue ainsi à aggraver la pénurie. Il n’est donc pas forcément idiot d’adapter les loyers au jeu de l’offre et de la demande. Mark Muller n’a pas vraiment tort de penser que son propre loyer est trop bon marché. Pourtant, nul ne prétend que le propriétaire du logement en question perd de l’argent. Voudrait-on vraiment qu’il encaisse 20 000 francs de loyer en plus par année, sans lever le petit doigt ?
Entre privilégier Mark Muller ou son propriétaire, je préfère quant à moi que l’argent soit rendu à la population. Qu’on adapte la législation pour que dans tous les cas semblables, l’Etat encaisse la différence entre prix coûtant du logement et prix du marché! Cette manne pourrait, entre autres choses, être redistribuée sous forme d’aide au logement ciblée pour ceux qui en ont besoin, dont Mark Muller ne fait à l’évidence pas partie.
On sait que le blocage des prix engendre souvent des files d’attentes, comme celles, proverbiales, des pays autrefois « communistes » d’Europe de l’Est. De même, bloquer les loyers encourage les gens à s’accrocher à leurs logements, même trop grands, et contribue ainsi à aggraver la pénurie. Il n’est donc pas forcément idiot d’adapter les loyers au jeu de l’offre et de la demande. Mark Muller n’a pas vraiment tort de penser que son propre loyer est trop bon marché. Pourtant, nul ne prétend que le propriétaire du logement en question perd de l’argent. Voudrait-on vraiment qu’il encaisse 20 000 francs de loyer en plus par année, sans lever le petit doigt ?
Entre privilégier Mark Muller ou son propriétaire, je préfère quant à moi que l’argent soit rendu à la population. Qu’on adapte la législation pour que dans tous les cas semblables, l’Etat encaisse la différence entre prix coûtant du logement et prix du marché! Cette manne pourrait, entre autres choses, être redistribuée sous forme d’aide au logement ciblée pour ceux qui en ont besoin, dont Mark Muller ne fait à l’évidence pas partie.
22 mai 2011
Conseil de la presse: une prise de position peu sérieuse.
En date du 13 décembre 2010, j'ai déposé une plainte auprès du Conseil suisse de la Presse. Celui-ci vient de publier sa prise de position. Par la présente, je fais connaître ma profonde déception au sujet du manque de sérieux du Conseil.
Pour rappel, l'initiative populaire socialiste "pour des impôts équitables", rejetée en votation le 28 novembre, prévoyait que les cantons aient l'obligation de prélever un impôt de 22% minimum sur les tranches de revenu supérieures à 250 000 francs. Par exemple, sur un revenu de 260 000 francs, seuls les 10 000 francs dépassant la limite auraient été soumis à ce taux minimal.
Cela n'est pas vraiment compliqué, mais dans un article du 13 octobre 2010, un article d'Emmanuel Garessus publié dans le Temps présentait une interprétation erronée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22% au minimum dans tous les cantons. Le Temps a finalement publié un minuscule rectificatif, après que je l'ai demandé avec insistance à 4 reprises.
Il était un peu décevant que la vérité ait fait l'objet d'une toute petite note alors que l'erreur avait figuré dans un article qu'il était difficile de rater, compte tenu de son titre virulent, qui qualifiait l'initiative socialiste de danger pour notre pays. C'est pourquoi j'avais donné une large publicité au rectificatif du Temps, dans un article envoyé à la presse suisse romande et qu'on peut encore lire sur Domaine public ("le Temps admet enfin son erreur").
En réaction, M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, m'écrivit une lettre virulente voire insultante, m'accusant de manque de déontologie. Pourtant, ce donneur de leçon ne s'est pas formalisé que la même erreur réapparaisse une nouvelle fois dans les colonnes de son journal, en date du 18 novembre. Dans un texte de MM.Blankart et Meyer, pourtant économistes bardés de distinctions, on pouvait lire que "un contribuable dont le revenu annuel augmenterait de 20 francs, par exemple de 249'990 à 250'010 francs, serait pénalisé sérieusement".
J'ai donc demandé au Temps la publication d'un nouveau rectificatif, ce qu'il n'a pas fait, préférant publier sans m'en informer un fragment du courriel que j'avais envoyé, ainsi qu'une lettre de lecteur du Conseiller national Roger Nordmann. Comme le reconnaît le Conseil de la presse, le message d'un lecteur à évidemment beaucoup moins de poids qu'un rectificatif de la rédaction. En effet, dans le premier cas, le lecteur peut s'imaginer qu'il existe deux opinions également valables et ne pas savoir quelle est la bonne. Alors que si la rédaction admet elle même avoir tort, aucun doute n'est plus permis. J'estime donc qu'il est tout à fait scandaleux que le Temps n'ait pas voulu reconnaître publiquement que l'article de MM. Blankart et Meyer contenait une erreur aussi grossière que s'ils avaient affirmé que la Terre est plate. Il n'y a aucune marge d'interprétation. Le but principal de ma plainte au Conseil de la presse était de faire établir ce fait crucial.
En déposant une plainte, je m'attendais donc à ce que le Conseil se penche sur cette première question, qui était la plus importante: le Temps avait-il oui ou non publié une contre-vérité? A ma grande surprise, la prise de position ne confirme ni ne nie ce fait. Au point C, il est écrit que "Christophe Schouwey, nie de son côté, que l'initiative socialiste ménerait à un saut d'opposition". Au point 2 des considérants, il est écrit que "Ceux qui ont suivi le débat ... ont été bel et bien en mesure de se former leur propre opinion à ce sujet". Au point B, on peut lire que "Selon Nordmann les deux économistes confondent le taux moyen et le taux marginal d'imposition". En conclusion, il est écrit, au sujet des corrections apportées par M.Nordmann et moi-même que le Temps a bien voulu publier, que celles-ci "précisent un propos contenu dans l'article" du Temps.
Bref, le Conseil de la presse donne l'impression de ne pas savoir clairement si le Temps s'est trompé ou pas. En refusant de prendre position sur le point essentiel du litige, le Conseil s'est en quelque sorte récusé. En effet, comment peut-il, sans avoir établi que le Temps a commis une erreur, décider sérieusement si la publication d'un rectificatif était nécessaire ou pas? Face à ce refus de prise de position tout à fait extravagant, je suis réduit à des hypothèses qui ne le sont pas moins.
1. Cela paraît vraiment gros, mais j'en arrive à me demander si les auteurs de la décision ont une notion claire de la distinction entre des faits clairement établis et une simple interprétation. Le refus de prendre position tend à faire croire que les auteurs de la décision sont des tenants de cette philosophie relativiste à la mode qui remet en cause la notion même de vérité, partant du principe qu'il est toujours possible de faire plusieurs interprétations.
2. Ma deuxième hypothèse serait que les auteurs de la décision manquent des compétences pour se prononcer sur le fond. Il existe de brillants esprits dépourvus de toute fibre mathématique et incapables du calcul le plus élémentaire.
3. La troisième hypothèse, qui me paraît la plus probable, est que les auteurs de la décision ont voulu éviter de se mouiller, craignant de contredire des économistes et/ou ne voulant pas se mettre à dos la rédaction du Temps. Si tel est le cas, c'est très grave. On peut vraiment se demander à quoi sert un Conseil de la presse qui a peur de prendre des positions qui dérangent. A titre de complément au débat, je rappelle que le journaliste Francois Nussbaum avait publié, dans les colonnes de l'Express, la Liberté et l'Impartial, un article qui contenait la même erreur que celle de MM.Garessus, Blankart et Meyer. Toutefois, l'erreur n'était pas le fait du journaliste, mais de Bernard Dafflon, professeur d'économie à Fribourg, que Francoois Nussbaum avait interviewé. Quelques jours plus tard, un nouvel article de M.Nussbaum présentait une explication correcte de l'initiative. Toutefois, l'article de précisait pas qu'une erreur avait été commise dans l'article précédent, laissant ainsi les lecteurs non-informés dans une certaine perplexité. Pourquoi donc est-il si difficile pour les journalistes de dire, tout simplement, "je me suis trompé" ou bien "cette personne s'est trompé"? L'ensemble de la presse gagnerait en crédibilité si les journalistes faisaient preuve d'un peu plus de transparence au sujet de leurs erreurs et de celles des personnes à qui ils donnent la parole.
Deuxième question: Un rectificatif était-il nécessaire?
Au point 2 des considérants, on peut lire que "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure sur le même sujet". Comme il est impossible de rectifier une information correcte, je suis amené à en déduire que le Conseil de la presse, malgré tout et malgré lui, admet tout de même du bout des lèvres que le Temps a publié une contre-vérité. Si tel n'était pas le cas, le Conseil ne se serait d'ailleurs même pas penché sur la deuxième question qu'il avait à traiter: le Temps avait-il le devoir de publier un rectificatif? Si j'analyse correctement la position du Conseil, pas toujours claire, celui-ci répond par la négative pour trois raisons, que je cite par ordre de sérieux croissant:
1. Le premier argument ne mérite d'être cité que pour ses qualités comiques, tant il est ridicule. "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure concernant le même sujet" (à la suite du premier article du Temps, celui de M.Garessus). Ainsi, lorsque qu'on se trompe et qu'on avoue d'être trompé avant de refaire la même erreur, il n'est nul besoin de rougir de honte. Les rectificatifs sont à usages multiples. Il suffit de dire une fois qu'on a fait faux et on a ensuite le droit d'énoncer des contre-vérités ad vitam aeternam. La récidive, loin d'être une circonstance aggravante, est une excuse. Est-ce vraiment-là l'opinion du Conseil de la presse?
2. Selon le Conseil de la presse, le Temps aurait publié deux lettres de lecteurs qui "précisaient" le propos du Temps, dont l'une de ma plume. S'il est bien exact que l'excellente lettre de M.Nordmann est parue, je n'ai quant à moi pas envoyé de lettre destinée à être publiée. J'ai envoyé un message à M.Veya pour exiger la publication d'un rectificatif. Un fragment de ce message a été publié par le Temps. Qualifier ce fragment de "lettre de lecteur" est abusif. Quoiqu'il en soit, comme je l'ai dit plus haut, le Temps aurait dû admettre qu'il s'était trompé et non simplement publier les écrits des personnes défendant la vérité, comme s'il s'était agit d'une simple divergence d'opinion. Je persiste à dire qu'en agissant de la sorte, il a violé le chiffre 5 de la Déclaration des droits et devoirs du journaliste, qui oblige ceux-ci à "rectifier toute information publiée qui se révèle matériellement inexacte". Imaginons un instant qu'un citoyen soit accusé d'avoir commis un vol par un journal, puis que l'information se révèle fausse. Il serait totalement absurde que le journal, plutôt que de se rétracter, se contente de publier un message de l'accusé clamant son innocence. Dans l'affaire qui nous occupe, le Temps a publié une info erronnée au sujet d'une initiative fédérale, puis s'est contenté de publier les protestations de partisans de l'initiative en question. En disculpant le Temps, le Conseil crée un précédent extrêmement grave.
3. Le Conseil de la presse affirme que le texte contesté est reconnaissable comme une opinion d'auteurs extérieurs à la rédaction. Voilà le seul argument qui ne soit pas absurde. Je conçois tout à fait qu'il est difficile, pour un rédacteur en chef, de réprimander des rédacteurs "invités", surtout lorsque ceux-ci sont de prestigieux économistes, pris en flagrant délit d'avoir commis une erreur grossière et de bas niveau. Je ne suis pas surpris que le Conseil ait débouté ma plainte sur cette base (alors que je suis proprement stupéfié et consterné par les points 1 et 2 ci-dessus). Toutefois, j'estime que le Temps avait malgré tout le devoir de corriger ses invités, MM. Blankart et Meyer. En effet, ceux-ci étaient présentés comme des experts, bardés de distinction, dont le public serait en droit d'attendre un minimum de sérieux. Lorsque des personnes bénéficiant d'un statut social pareillement prestigieux pratiquent la désinformation au sujet d'une initiative fédérale en pleine campagne de votation, il est grave que le Temps leur donne son appui par son silence. On peut là aussi se demander si le Conseil de la presse ne crée pas un précédent dangereux. Ainsi, à chaque fois qu'un journal souhaitera pratiquer la désinformation, il lui suffira de recruter des invités n'étant soumis à aucune règle de déontologie.
J'ai évoqué plus haut le cas de Bernard Dafflon, autre professeur d'économie, ayant commis la même erreur grossière que MM.Blankart et Meyer. A ce sujet, M.Pierre Veya m'a accusé de porter atteinte à la probité de M.Dafflon, affirmant que celui-ci avait été mal compris par le journaliste François Nussbaum. MM.Blankart et Meyer ne pouvant avoir été mal compris, étant eux-mêmes auteurs de leur texte, M.Veya devrait donc, s'il est conséquent avec lui-même, les accuser de manquer de probité. Pourtant, il s'est refusé à admettre dans les colonnes du Temps qu'ils s'étaient trompés. On peut éventuellement admettre qu'une rédaction n'est pas dans l'obligation de corriger les erreurs de ses rédacteurs invités, même grossières. Mais il est certain que le Temps ne sort vraiment pas grandi de cette affaire, pas plus d'ailleurs, que le Conseil de la Presse.
Pour rappel, l'initiative populaire socialiste "pour des impôts équitables", rejetée en votation le 28 novembre, prévoyait que les cantons aient l'obligation de prélever un impôt de 22% minimum sur les tranches de revenu supérieures à 250 000 francs. Par exemple, sur un revenu de 260 000 francs, seuls les 10 000 francs dépassant la limite auraient été soumis à ce taux minimal.
Cela n'est pas vraiment compliqué, mais dans un article du 13 octobre 2010, un article d'Emmanuel Garessus publié dans le Temps présentait une interprétation erronée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22% au minimum dans tous les cantons. Le Temps a finalement publié un minuscule rectificatif, après que je l'ai demandé avec insistance à 4 reprises.
Il était un peu décevant que la vérité ait fait l'objet d'une toute petite note alors que l'erreur avait figuré dans un article qu'il était difficile de rater, compte tenu de son titre virulent, qui qualifiait l'initiative socialiste de danger pour notre pays. C'est pourquoi j'avais donné une large publicité au rectificatif du Temps, dans un article envoyé à la presse suisse romande et qu'on peut encore lire sur Domaine public ("le Temps admet enfin son erreur").
En réaction, M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, m'écrivit une lettre virulente voire insultante, m'accusant de manque de déontologie. Pourtant, ce donneur de leçon ne s'est pas formalisé que la même erreur réapparaisse une nouvelle fois dans les colonnes de son journal, en date du 18 novembre. Dans un texte de MM.Blankart et Meyer, pourtant économistes bardés de distinctions, on pouvait lire que "un contribuable dont le revenu annuel augmenterait de 20 francs, par exemple de 249'990 à 250'010 francs, serait pénalisé sérieusement".
J'ai donc demandé au Temps la publication d'un nouveau rectificatif, ce qu'il n'a pas fait, préférant publier sans m'en informer un fragment du courriel que j'avais envoyé, ainsi qu'une lettre de lecteur du Conseiller national Roger Nordmann. Comme le reconnaît le Conseil de la presse, le message d'un lecteur à évidemment beaucoup moins de poids qu'un rectificatif de la rédaction. En effet, dans le premier cas, le lecteur peut s'imaginer qu'il existe deux opinions également valables et ne pas savoir quelle est la bonne. Alors que si la rédaction admet elle même avoir tort, aucun doute n'est plus permis. J'estime donc qu'il est tout à fait scandaleux que le Temps n'ait pas voulu reconnaître publiquement que l'article de MM. Blankart et Meyer contenait une erreur aussi grossière que s'ils avaient affirmé que la Terre est plate. Il n'y a aucune marge d'interprétation. Le but principal de ma plainte au Conseil de la presse était de faire établir ce fait crucial.
En déposant une plainte, je m'attendais donc à ce que le Conseil se penche sur cette première question, qui était la plus importante: le Temps avait-il oui ou non publié une contre-vérité? A ma grande surprise, la prise de position ne confirme ni ne nie ce fait. Au point C, il est écrit que "Christophe Schouwey, nie de son côté, que l'initiative socialiste ménerait à un saut d'opposition". Au point 2 des considérants, il est écrit que "Ceux qui ont suivi le débat ... ont été bel et bien en mesure de se former leur propre opinion à ce sujet". Au point B, on peut lire que "Selon Nordmann les deux économistes confondent le taux moyen et le taux marginal d'imposition". En conclusion, il est écrit, au sujet des corrections apportées par M.Nordmann et moi-même que le Temps a bien voulu publier, que celles-ci "précisent un propos contenu dans l'article" du Temps.
Bref, le Conseil de la presse donne l'impression de ne pas savoir clairement si le Temps s'est trompé ou pas. En refusant de prendre position sur le point essentiel du litige, le Conseil s'est en quelque sorte récusé. En effet, comment peut-il, sans avoir établi que le Temps a commis une erreur, décider sérieusement si la publication d'un rectificatif était nécessaire ou pas? Face à ce refus de prise de position tout à fait extravagant, je suis réduit à des hypothèses qui ne le sont pas moins.
1. Cela paraît vraiment gros, mais j'en arrive à me demander si les auteurs de la décision ont une notion claire de la distinction entre des faits clairement établis et une simple interprétation. Le refus de prendre position tend à faire croire que les auteurs de la décision sont des tenants de cette philosophie relativiste à la mode qui remet en cause la notion même de vérité, partant du principe qu'il est toujours possible de faire plusieurs interprétations.
2. Ma deuxième hypothèse serait que les auteurs de la décision manquent des compétences pour se prononcer sur le fond. Il existe de brillants esprits dépourvus de toute fibre mathématique et incapables du calcul le plus élémentaire.
3. La troisième hypothèse, qui me paraît la plus probable, est que les auteurs de la décision ont voulu éviter de se mouiller, craignant de contredire des économistes et/ou ne voulant pas se mettre à dos la rédaction du Temps. Si tel est le cas, c'est très grave. On peut vraiment se demander à quoi sert un Conseil de la presse qui a peur de prendre des positions qui dérangent. A titre de complément au débat, je rappelle que le journaliste Francois Nussbaum avait publié, dans les colonnes de l'Express, la Liberté et l'Impartial, un article qui contenait la même erreur que celle de MM.Garessus, Blankart et Meyer. Toutefois, l'erreur n'était pas le fait du journaliste, mais de Bernard Dafflon, professeur d'économie à Fribourg, que Francoois Nussbaum avait interviewé. Quelques jours plus tard, un nouvel article de M.Nussbaum présentait une explication correcte de l'initiative. Toutefois, l'article de précisait pas qu'une erreur avait été commise dans l'article précédent, laissant ainsi les lecteurs non-informés dans une certaine perplexité. Pourquoi donc est-il si difficile pour les journalistes de dire, tout simplement, "je me suis trompé" ou bien "cette personne s'est trompé"? L'ensemble de la presse gagnerait en crédibilité si les journalistes faisaient preuve d'un peu plus de transparence au sujet de leurs erreurs et de celles des personnes à qui ils donnent la parole.
Deuxième question: Un rectificatif était-il nécessaire?
Au point 2 des considérants, on peut lire que "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure sur le même sujet". Comme il est impossible de rectifier une information correcte, je suis amené à en déduire que le Conseil de la presse, malgré tout et malgré lui, admet tout de même du bout des lèvres que le Temps a publié une contre-vérité. Si tel n'était pas le cas, le Conseil ne se serait d'ailleurs même pas penché sur la deuxième question qu'il avait à traiter: le Temps avait-il le devoir de publier un rectificatif? Si j'analyse correctement la position du Conseil, pas toujours claire, celui-ci répond par la négative pour trois raisons, que je cite par ordre de sérieux croissant:
1. Le premier argument ne mérite d'être cité que pour ses qualités comiques, tant il est ridicule. "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure concernant le même sujet" (à la suite du premier article du Temps, celui de M.Garessus). Ainsi, lorsque qu'on se trompe et qu'on avoue d'être trompé avant de refaire la même erreur, il n'est nul besoin de rougir de honte. Les rectificatifs sont à usages multiples. Il suffit de dire une fois qu'on a fait faux et on a ensuite le droit d'énoncer des contre-vérités ad vitam aeternam. La récidive, loin d'être une circonstance aggravante, est une excuse. Est-ce vraiment-là l'opinion du Conseil de la presse?
2. Selon le Conseil de la presse, le Temps aurait publié deux lettres de lecteurs qui "précisaient" le propos du Temps, dont l'une de ma plume. S'il est bien exact que l'excellente lettre de M.Nordmann est parue, je n'ai quant à moi pas envoyé de lettre destinée à être publiée. J'ai envoyé un message à M.Veya pour exiger la publication d'un rectificatif. Un fragment de ce message a été publié par le Temps. Qualifier ce fragment de "lettre de lecteur" est abusif. Quoiqu'il en soit, comme je l'ai dit plus haut, le Temps aurait dû admettre qu'il s'était trompé et non simplement publier les écrits des personnes défendant la vérité, comme s'il s'était agit d'une simple divergence d'opinion. Je persiste à dire qu'en agissant de la sorte, il a violé le chiffre 5 de la Déclaration des droits et devoirs du journaliste, qui oblige ceux-ci à "rectifier toute information publiée qui se révèle matériellement inexacte". Imaginons un instant qu'un citoyen soit accusé d'avoir commis un vol par un journal, puis que l'information se révèle fausse. Il serait totalement absurde que le journal, plutôt que de se rétracter, se contente de publier un message de l'accusé clamant son innocence. Dans l'affaire qui nous occupe, le Temps a publié une info erronnée au sujet d'une initiative fédérale, puis s'est contenté de publier les protestations de partisans de l'initiative en question. En disculpant le Temps, le Conseil crée un précédent extrêmement grave.
3. Le Conseil de la presse affirme que le texte contesté est reconnaissable comme une opinion d'auteurs extérieurs à la rédaction. Voilà le seul argument qui ne soit pas absurde. Je conçois tout à fait qu'il est difficile, pour un rédacteur en chef, de réprimander des rédacteurs "invités", surtout lorsque ceux-ci sont de prestigieux économistes, pris en flagrant délit d'avoir commis une erreur grossière et de bas niveau. Je ne suis pas surpris que le Conseil ait débouté ma plainte sur cette base (alors que je suis proprement stupéfié et consterné par les points 1 et 2 ci-dessus). Toutefois, j'estime que le Temps avait malgré tout le devoir de corriger ses invités, MM. Blankart et Meyer. En effet, ceux-ci étaient présentés comme des experts, bardés de distinction, dont le public serait en droit d'attendre un minimum de sérieux. Lorsque des personnes bénéficiant d'un statut social pareillement prestigieux pratiquent la désinformation au sujet d'une initiative fédérale en pleine campagne de votation, il est grave que le Temps leur donne son appui par son silence. On peut là aussi se demander si le Conseil de la presse ne crée pas un précédent dangereux. Ainsi, à chaque fois qu'un journal souhaitera pratiquer la désinformation, il lui suffira de recruter des invités n'étant soumis à aucune règle de déontologie.
J'ai évoqué plus haut le cas de Bernard Dafflon, autre professeur d'économie, ayant commis la même erreur grossière que MM.Blankart et Meyer. A ce sujet, M.Pierre Veya m'a accusé de porter atteinte à la probité de M.Dafflon, affirmant que celui-ci avait été mal compris par le journaliste François Nussbaum. MM.Blankart et Meyer ne pouvant avoir été mal compris, étant eux-mêmes auteurs de leur texte, M.Veya devrait donc, s'il est conséquent avec lui-même, les accuser de manquer de probité. Pourtant, il s'est refusé à admettre dans les colonnes du Temps qu'ils s'étaient trompés. On peut éventuellement admettre qu'une rédaction n'est pas dans l'obligation de corriger les erreurs de ses rédacteurs invités, même grossières. Mais il est certain que le Temps ne sort vraiment pas grandi de cette affaire, pas plus d'ailleurs, que le Conseil de la Presse.
12 avril 2011
Contrats-prisons: pour une loi libératrice
S’il est un principe central de notre société, c’est bien la libre concurrence, qui implique le libre choix du consommateur. Pourtant, il est dans la logique même des entreprises d’essayer de limiter cette liberté. Prenons l’exemple des contrats de téléphone et de radio-télévision, qui prévoient très souvent un renouvellement automatique d’un an, voire même deux, si le contrat n’est pas résilié à temps, avec un préavis de trois mois. Ce fil attaché à la patte de l’abonné n’a qu’une seule «justification»: l’empêcher de faire marcher la concurrence.
La suite à lire gratuitement sur "Domaine public"
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11 avril 2011
Une vérité pas toujours vraie
"Tous les pays, y compris les pays pauvres, ont intérêt à abolir les barrières douanières". C'est ce que nous affirme péremptoirement Ram Etwareea dans son édito du 30 mars, en première page du Temps. Certes, le commerce, en principe, est créateur de richesses. Chaque partenaire se séparant de ce qu'il a en trop en échange de ce dont il manque, tout le monde, normalement, devrait en profiter. Pourtant, ce principe n'est pas toujours valable, notamment dans le cas d'échanges entre pays. Il arrive souvent que seuls certains habitants en bénéficient alors que la majorité y perd. Par exemple, l'afflux de produits bon marché, bien que profitable aux consommateurs dans l'immédiat, peut détruire des secteurs industriels entiers, alors que leur seul tort est d'avoir un léger retard technologique sur la concurrence internationale. Le commerce peut également favoriser les pays où l'environnement et les travailleurs sont les moins protégés, car c'est souvent là que les entreprises font le plus de profit. Je ne doute pas que M.Etwareea sache tout cela car, pour autant que je sache, tous les défenseurs du libre-échange admettent qu'il y a des exceptions. Autrement dit, le commerce n'est pas toujours bénéfique et certaines barrières douanières sont utiles. Il serait donc souhaitable que M.Etwareea et ses confrères en idéologie cessent d'asséner urbi et orbi, sans les nuances qui s'imposent, une vérité qui n'en est pas toujours une.
Peut-être publié dans le Temps ????????????????
Peut-être publié dans le Temps ????????????????
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