On se scandalise que le magistrat genevois Mark Muller ne paie que 2000 francs pour un sept pièces au centre de Genève, loyer qui serait pourtant normal dans d’autres régions du pays. Voilà qui met en lumière le décalage entre deux façons d’estimer le « juste prix » d’un logement : d’un côté, le coût de la construction de l’immeuble et de l’achat du terrain à l’époque ; de l’autre, le jeu de l’offre et de la demande. La différence entre les deux est à la source d’importants profits immérités pour les investisseurs de l’immobilier, même dans une ville comme la Chaux-de-Fonds, réputée pour ses bas loyers. Comparez maintenant les loyers de Genève et de La Chaux-de-Fonds : la différence correspond à un surprofit de plusieurs milliers de francs par locataire. Ce sont ces sommes gigantesques, astronomiques et invraisemblables que les spéculateurs genevois se sont mis et continuent à se mettre dans la poche au cours des ans, que ce soit en encaissant des loyers ou en revendant avec profits, au fil des ans, terrains et immeubles.
On sait que le blocage des prix engendre souvent des files d’attentes, comme celles, proverbiales, des pays autrefois « communistes » d’Europe de l’Est. De même, bloquer les loyers encourage les gens à s’accrocher à leurs logements, même trop grands, et contribue ainsi à aggraver la pénurie. Il n’est donc pas forcément idiot d’adapter les loyers au jeu de l’offre et de la demande. Mark Muller n’a pas vraiment tort de penser que son propre loyer est trop bon marché. Pourtant, nul ne prétend que le propriétaire du logement en question perd de l’argent. Voudrait-on vraiment qu’il encaisse 20 000 francs de loyer en plus par année, sans lever le petit doigt ?
Entre privilégier Mark Muller ou son propriétaire, je préfère quant à moi que l’argent soit rendu à la population. Qu’on adapte la législation pour que dans tous les cas semblables, l’Etat encaisse la différence entre prix coûtant du logement et prix du marché! Cette manne pourrait, entre autres choses, être redistribuée sous forme d’aide au logement ciblée pour ceux qui en ont besoin, dont Mark Muller ne fait à l’évidence pas partie.
Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
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06 juillet 2011
12 avril 2011
Contrats-prisons: pour une loi libératrice
S’il est un principe central de notre société, c’est bien la libre concurrence, qui implique le libre choix du consommateur. Pourtant, il est dans la logique même des entreprises d’essayer de limiter cette liberté. Prenons l’exemple des contrats de téléphone et de radio-télévision, qui prévoient très souvent un renouvellement automatique d’un an, voire même deux, si le contrat n’est pas résilié à temps, avec un préavis de trois mois. Ce fil attaché à la patte de l’abonné n’a qu’une seule «justification»: l’empêcher de faire marcher la concurrence.
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16 novembre 2009
Assurance gratuite contre les islamistes
« Les loyers augmenteront si la nouvelle loi sur l’énergie est acceptée ». C’est que nous affirment certains milieux de l’immobilier dans l’Impartial du 15 novembre. En guise de preuve, ils nous brandissent le devis d’un seul immeuble et affirment que la loi entraînerait, pour un loyer de 950 francs, une augmentation de CHF 134.25, car les frais d’isolation du bâtiment ne seraient pas amortis par l’économie d’énergie réalisée. Toutefois, il n’est pas précisé que ce chiffre, prétentieusement donné au centime près, n’est qu’une estimation dépendante du prix du pétrole, qui augmentera à coup sûr dans un avenir pas si lointain. S’il n’est certes pas impossible que la loi sur l’énergie entraîne une hausse temporaire des dépenses de certains locataires, ceux-ci seront gagnants à la longue. De plus, l’argent dépensé pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments le sera dans la région et contribuera aux finances de l’Etat neuchâtelois plutôt qu'à celles de Khaddafi ou du régime Saoudien. Plutôt que de vouloir interdire des minarets totalement inoffensifs, j’espère que le peuple neuchâtelois aura la sagesse de se rendre moins dépendant des régimes islamistes et de prendre une assurance gratuite contre les prochains chocs pétroliers en votant OUI à la nouvelle loi sur l’énergie.
01 octobre 2006
Chiffres et réalité
Je ne sais pas si les psychiatres ont inventé un mot pour désigner la maladie qui consiste à croire que les chiffres sont plus importants que la réalité. Ce qui est sûr, c'est que les collectivités publiques attachent plus d'importance à leurs comptes qu'à leur véritable situation économique. Ainsi, parmi les raisons qui, au soir du 3 octobre, ont poussé le Conseil général à vendre l'immeuble communal Bel-Air 51, le « bénéfice » (L'Impartial, 5.10) réalisé a pesé de manière importante, vu la situation préoccupante des comptes de la Ville.
Pourtant, quand la Ville vend un immeuble pour 915 000 francs, elle se retrouve certes avec 915 000 francs de plus sur son compte en banque, mais elle cesse de posséder un objet qui valait 915 000 francs. On peut retourner cela dans tous les sens, on n'arrivera jamais à démontrer comment la Ville peut être plus riche après qu'avant.
On m'a expliqué que dans le bilan de la Ville, l'immeuble était évalué à seulement 589 000 francs. Par conséquent, la vente à 915 000 francs permettait d'améliorer les comptes de 326 000 francs. Pourtant, si un promoteur immobilier est prêt à mettre 915 000 francs pour l'immeuble, on peut être sûr qu'il vaut au minimum cette somme. Par conséquent, il paraîtrait logique de corriger le bilan : un immeuble dont on croyait qu'il ne valait que 589 000 francs en vaut en réalité 915 000. Nous sommes donc plus riches de 325 000 francs que ce que nous croyions, que nous vendions l'immeuble ou pas. Il ne reste plus qu'à fêter ça !
Mais tout n'est pas si simple. Pour modifier la valeur de ses biens immobiliers dans son bilan, la Ville a besoin de l'autorisation du Canton. Et elle ne peut recourir à de telles opérations que tous les cinq ans. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il existe une loi qui interdit au bilan de la Ville de correspondre à la réalité !
On aurait envie de dire qu'il ne faut pas attacher autant d'importance aux comptes de la Ville, qui ne sont après tout que des jeux d'écriture, et qu'il faut raisonner en fonction de la réalité, en l'occurrence des murs de pierre bien solides dans lesquels des citoyens peuvent habiter. Le hic, c'est que si la Ville n'équilibre pas ses comptes, elle risque d'être mise sous tutelle par le Canton.
Et c'est pour cela que lundi, nos élus ont pris une décision en fonction d'un « bénéfice » purement fictif, alors qu'il s'agit d'un enjeu de société pourtant fondamental, qui est de savoir s'il vaut mieux que la Ville garde la propriété de ses immeubles ou les vende à des privés.
Cela est suffisamment grave en soi, mais par dessus le marché, la Ville, qui avait reçu par le passé 58 000 francs de subsides fédéraux pour cet immeuble, doit maintenant les rembourser. En lieu et place du bénéfice annoncé, la Ville a donc, en réalité, perdu de l'argent !
Publié dans Gauchebdo, l'Impartial et l'Express
Pourtant, quand la Ville vend un immeuble pour 915 000 francs, elle se retrouve certes avec 915 000 francs de plus sur son compte en banque, mais elle cesse de posséder un objet qui valait 915 000 francs. On peut retourner cela dans tous les sens, on n'arrivera jamais à démontrer comment la Ville peut être plus riche après qu'avant.
On m'a expliqué que dans le bilan de la Ville, l'immeuble était évalué à seulement 589 000 francs. Par conséquent, la vente à 915 000 francs permettait d'améliorer les comptes de 326 000 francs. Pourtant, si un promoteur immobilier est prêt à mettre 915 000 francs pour l'immeuble, on peut être sûr qu'il vaut au minimum cette somme. Par conséquent, il paraîtrait logique de corriger le bilan : un immeuble dont on croyait qu'il ne valait que 589 000 francs en vaut en réalité 915 000. Nous sommes donc plus riches de 325 000 francs que ce que nous croyions, que nous vendions l'immeuble ou pas. Il ne reste plus qu'à fêter ça !
Mais tout n'est pas si simple. Pour modifier la valeur de ses biens immobiliers dans son bilan, la Ville a besoin de l'autorisation du Canton. Et elle ne peut recourir à de telles opérations que tous les cinq ans. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il existe une loi qui interdit au bilan de la Ville de correspondre à la réalité !
On aurait envie de dire qu'il ne faut pas attacher autant d'importance aux comptes de la Ville, qui ne sont après tout que des jeux d'écriture, et qu'il faut raisonner en fonction de la réalité, en l'occurrence des murs de pierre bien solides dans lesquels des citoyens peuvent habiter. Le hic, c'est que si la Ville n'équilibre pas ses comptes, elle risque d'être mise sous tutelle par le Canton.
Et c'est pour cela que lundi, nos élus ont pris une décision en fonction d'un « bénéfice » purement fictif, alors qu'il s'agit d'un enjeu de société pourtant fondamental, qui est de savoir s'il vaut mieux que la Ville garde la propriété de ses immeubles ou les vende à des privés.
Cela est suffisamment grave en soi, mais par dessus le marché, la Ville, qui avait reçu par le passé 58 000 francs de subsides fédéraux pour cet immeuble, doit maintenant les rembourser. En lieu et place du bénéfice annoncé, la Ville a donc, en réalité, perdu de l'argent !
Publié dans Gauchebdo, l'Impartial et l'Express
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