Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
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13 juin 2013

Fichés et saignés pour 30 centimes !

Vous est-il déjà arrivé de vous tromper de billet dans les transports publics ? Certainement oui, à moins que vous ne les preniez jamais. Entre autres pièges, citons la documentation de TransN (Transports publics neuchâtelois), qui précise que le « court parcours » à 1.90 est valable pour 30 minutes, indépendamment du nombre d'arrêts, sur « les réseaux urbains respectifs des villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle ». Seul le mot « respectif » indique que pour un trajet d'une ville à l'autre, le billet est à 2.20. Cette petite inattention à 30 centimes suffit à faire de vous un « semi-fraudeur » et vous donnera droit à un fichage en règle dans les dossiers de TransN, ainsi qu'à une amende de 75 francs, soit 250 fois le montant de votre étourderie. Si, indigné par ce multiplicateur astronomique, vous refusez de vous en acquitter immédiatement, l'amende passera alors à 140 francs après une dizaine de jours, soit 467 fois le montant de votre « semi-fraude », comme cela est arrivé récemment à une dame de 78 ans. Le but de TransN est-il de servir la population ou de la dégoûter des transports publics?

01 septembre 2012

Deux trajets pour le prix d'un

Toutes les dépenses sont désagréables, mais certaines sont parfois incontournables. Ainsi, il est idiot de repousser une visite chez le dentiste pour faire des économies. De même, dans notre pays où on se déplace de plus en plus, il faut investir dans les transports publics. Même les automobilistes les plus accros, incapables de marcher cinq minutes (pour de bonnes ou de mauvaises raisons), ont tout intérêt à ce qu'on transfère une partie du trafic vers le rail. La Vue-des-Alpes est déjà saturée. En 2022, date prévue pour la mise en service, le Transrun sera devenu urgent pour accueillir au moins une partie des automobilistes en trop. On devra aussi augmenter les cadences sur les autres lignes. Or, le Transrun, qui entrera à Neuchâtel par le côté est, laissera de la place à l'ouest, dans le fameux goulet de Vauseyon, pour d'avantage de trains en direction de Fleurier ou Lausanne.
De sympathiques amateurs proposent des alternatives au Transrun. Ils ne rendent pas compte que les CFF ne creusent pas des tunnels au hasard, mais en fonction de l'ensemble du réseau suisse, en établissant les horaires des années à l'avance pour 75 000 trains par jour.
En réduisant de moitié la distance entre Neuch et la Tchaux, on usera deux fois moins les locomotives et les wagons et on payera deux fois moins longtemps le personnel. On pourra donc faire deux trajets pour le prix d'un, même si on ne sait pas encore si l'argent ainsi économisé sera utilisé pour faire baisser le prix du billet, pour financer les lignes de bus pour les villages ou simplement pour améliorer le budget de l'Etat et compenser une partie des frais de percement du tunnel.

31 janvier 2012

Langue de bois à La Chaux-de-Fonds


En haut, sur le plan 1, nous sommes plongés dans le chaos. Bientôt, tout sera ordre, calme et limpidité, comme on le voit sur le plan 2. Tel est le message subliminal qu'essaient de faire passer les autorités chaux-de-fonnières au sujet du projet de réaménagement de la Place de Gare. Pourtant, un examen même rapide du plan 2 permet de constater que le soi-disant "espace piéton" est partagé avec des bus, alors que l'autoproclamé "espace détente" est traversé par des voitures. On sait que les autorités chaux-de-fonnières sont échaudées par le rejet de plusieurs projets d'urbanisme en votation. Apparemment, elles en ont définitivement tiré la conclusion que le peuple est idiot. (source: http://www.placedelagare.ch/circulations.php)

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Plan 1. Avant transformation. Le chaos.
Plan 2. Après transformation. Ordre, calme et volupté

21 juillet 2001

Quito: l’enfer des bus.


Une colonne d’épaisse fumée noire s’élève devant le ministère de l’environnement. Il ne s’agit pas d’un train à vapeur, mais d’un des innombrables bus de la capitale de l’Equateur. Rapidement, il poursuit sa course, ne laissant derrière lui qu’une odeur nauséabonde. D’autres bus suivent, tout aussi polluants et tout aussi pleins. Je crache toute ma salive pour tenter de me débarrasser du goût infâme qui envahit ma bouche, en vain.

Enfin, de la porte du cinquième ou sixième bus, quelqu’un me fait signe qu’il y a de la place. Je cours et je saute en marche: il est inutile d’attendre qu’il s’arrête. Les retraités et les enfants en savent quelque chose: aux heures de pointes, rares sont les chauffeurs qui se soucieront d’eux, qui ne paient que demi-tarif alors qu’ils utilisent un siège entier.

Le véhicule étant un peu bas de plafond, je ne manque pas de me cogner la tête. Je m’agrippe où je peux, la spécialité des chauffeurs du crû étant d’accélérer brusquement au moment où on s’y attend le moins. Mes genoux douloureux et mon orgueil meurtri se souviennent encore de leur chute du premier jour. La moindre seconde d’inattention peut être fatale.

Fort heureusement, je peux m’asseoir, comme toujours. En règle générale, les passagers debout ne sont pas admis. Mais le propriétaire de ce bus-ci a découvert une astuce pour compenser ce qu’il considère sans doute comme un manque à gagner: il a simplement ajouté une rangée de sièges supplémentaire. Bien entendu, je suis un peu à l’étroit. Mon sentiment de claustrophobie est renforcé par l’obscurité, car comme tous les jours, le soleil s’est couché à six heures, et il n’y pas d’éclairage à l’intérieur du véhicule. En plus, pour changer, il y a un embouteillage dans le tunnel. À nouveau, j’ai l’impression que tous les gaz d’échappements du monde me prennent à la gorge.

Le bus repart à tombeaux ouverts pour rattraper le temps perdu. La pente est vertigineuse. Je suis un peu inquiet dans ce véritable funiculaire sans câble. N’ai-je pas lu dans le journal que certains chauffeurs louent des pneus neufs uniquement pour passer l’expertise1?

Je suis bientôt à destination. Dans la pénombre et malgré les nids-de-poules, je parviens à préparer les 20 cents de dollars des États-Unis dont j’ai besoin pour régler ma course. Il n’y a pas moyen d’y couper, la notion d’abonnement semble inconnue ici. Pour les Équatoriens qui doivent prendre le bus tous les jours, cela finit par représenter une proportion importante de leur salaire.

Enfin, je suis arrivé. En voyant les irrégularités du trottoir qui défilent devant moi, j’hésite un peu à sauter en marche. Mais devant l’insistance du chauffeur, je n’ai guère le choix. Par chance, j’atterris sans dommage. Enfin la terre ferme!

1 El Comercio, 1.7.01