Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
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01 octobre 2010

Libéralisation et contrats-prisons

En première page du Temps du 30 septembre, Bernard Wutrich fait un éloge appuyé de la « libéralisation » qui « peut  inciter les opérateurs à améliorer leurs offres ». « Le marché des télécommunications en est la preuve », affirme-t-il. Il ne semble pas y avoir de limite à la foi de M.Wutrich dans le pouvoir privé des entreprises et à sa méfiance envers le pouvoir public contrôlé démocratiquement. En parlant de télécommunications, l’entreprise Cablecom vient de m’envoyer mon nouveau contrat. Tenez-vous bien: dans un an le contrat sera automatiquement reconduit pour une nouvelle période de douze mois, sauf si je le résilie avec trois mois de préavis. Ce qu’on appelle la « libéralisation » m’a donc amené à signer un "contrat-prison" abject, qui vise à me piéger et dont la seule justification est justement d’empêcher la concurrence : Cablecom veut qu’il me soit plus difficile de changer d’opérateur. J’espère que cet exemple fera un peu mieux comprendre à M.Wutrich que pour les capitalistes, la concurrence n’est qu'un prétexte hypocrite et un moyen d’arriver au monopole. 
 
Envoyé à la date ci-dessus. On m'a dit que c'était passé

18 décembre 2009

La morale de Merz est-elle vraiment meilleure?


Hans Rudolf Merz tonitrue contre la France, qui « entend utiliser des documents dont la provenance est illégale » (Le Temps, 17 décembre). Tout cela parce que le fisc français, qui veut poursuivre des clients de la succursale genevoise de la banque HSBC, aurait eu connaissance de l’identité des personnes concernées suite au vol, par un informaticien de la banque, d’une liste confidentielle. Mais la colère de notre ministre est-elle vraiment justifiée ? Imaginons que la police, en perquisitionnant en toute légalité le butin d’un cambrioleur, trouve des documents volés qui prouvent qu’une autre personne a commis un meurtre.  M. Merz trouverait-il alors si scandaleux que la police utilise « des documents dont la provenance est illégale » ?
La question se compliquerait un peu dans l’hypothèse, que rien pour l’instant ne démontre, où l’Etat français aurait acheté la liste à l’informaticien de HSBC, se rendant ainsi complice du vol. On pourrait alors se demander si la fin justifie bien les moyens. Mais les banquiers suisses et leur porte-parole au sein du gouvernement, M. Merz, sont-ils vraiment à même de poser cette question de morale, alors même qu’ils sont prêts, pour parvenir à leurs fins, à employer des moyens aussi discutables que l’assistance à l'évasion fiscale de citoyens étrangers ?

Je ne sais plus s'ils l'ont publiée

21 mars 2009

Capital et travail: qui mérite quoi?


Défendre les privilèges en faisant semblant de défendre le mérite de ceux qui travaillent dur : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, alors que c’est bien ce dernier qui est la cause de la plus grande partie des inégalités. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, j’espère que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société.