Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
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13 juin 2013

Quatrième pouvoir: si on essayait la démocratie?

La notion de « liberté de la presse » a quelque chose d’utopique. A la dif­fé­rence du citoyen béné­vole, expri­mant son opi­nion au bis­trot ou sur Inter­net, le jour­na­liste pro­fes­sion­nel, par défi­ni­tion, est payé par quelqu’un. Il doit for­cé­ment répondre aux attentes de la main qui le nour­rit. Il existe de par le monde trois types d’acteurs finan­çant la presse : l’État, les annon­ceurs publi­ci­taires et les lecteurs.
Les démo­crates sou­cieux de sépa­ra­tion des pou­voirs ne peuvent que sou­hai­ter una­ni­me­ment que le contrôle de la presse soit du res­sort des lec­teurs. En ce sens, le suc­cès du jour­nal fran­çais en ligne Media­part, financé essen­tiel­le­ment par ses abon­nés, est tout à fait encourageant.
Mal­heu­reu­se­ment, ce modèle risque de mener à une société à deux vitesses, où la par­tie la moins riche et la moins éduquée de la popu­la­tion se contente d’une presse « gra­tuite » finan­cée par les annon­ceurs publi­ci­taires, pen­dant que seule une élite a accès à l’information de qualité.
On connaît le mythe biblique de la mul­ti­pli­ca­tion des pains, avec ces paniers où les gens pou­vaient se res­ser­vir indé­fi­ni­ment, sans que jamais ils ne soient vides. L’information pos­sède la même carac­té­ris­tique mira­cu­leuse : vous pou­vez lire tout ce que vous vou­lez sans en pri­ver qui que ce soit.
Cha­cun est révolté à la vue de ces images de la crise des années 1930 où l’on détrui­sait de la nour­ri­ture, pour en faire remon­ter le prix, quand nom­breux étaient ceux qui ne man­geaient pas à leur faim. On oublie pour­tant de s’indigner quand l’accès à l’information est limité, quand on empêche les êtres humains de nour­rir leur intel­li­gence dans les paniers inépui­sables qui contiennent le pain du savoir. J’ai ren­con­tré une neu­ro­logue rou­maine qui pei­nait à s’informer des déve­lop­pe­ments de sa branche, parce que son hôpi­tal n’avait pas les moyens de s’abonner aux revues scien­ti­fiques de pointe. Com­bien de spé­cia­listes des pays pauvres sont-ils ainsi entra­vés ? Com­bien de décès en sont-ils la conséquence ?
L’accès des votants à des infor­ma­tions poli­tiques de qua­lité n’est-il pas aussi, pour une démo­cra­tie, une ques­tion de vie ou de mort ? Mais com­ment trou­ver moyen de conci­lier les deux exi­gences contra­dic­toires que sont le contrôle par les lec­teurs et la gra­tuité d’accès ? Autre­ment dit, com­ment faire pour ver­ser de l’argent public aux jour­naux tout en lais­sant le contrôle aux citoyens ? Voilà la ques­tion fon­da­men­tale que les jour­na­listes devraient se poser.
On pour­rait par exemple ima­gi­ner que chaque citoyen reçoive chaque année un « chèque-média » qu’il pour­rait rever­ser aux organes de presse de son choix. Ce sys­tème, qui serait une écono­mie de mar­ché à égalité de pou­voir d’achat, autre­ment dit une démo­cra­tie, ne garan­ti­rait pas for­cé­ment une presse de qua­lité, car il serait à la merci des mau­vais choix des citoyens. Cha­cun le sait, la démo­cra­tie est le pire des sys­tèmes. Mais c’est aussi le moins mauvais…

15 mai 2013

Eloge des éditos de M.Willemin

Dans un éditorial récent, Nicolas Willemin se désolait à juste titre du bas niveau des débats lors de la campagne électorale. En lisant l'Impartial et l'Express, on trouve quelques motifs de lui donner raison. En mars, nous étions gratifié de deux longs articles sur le prix du repas de la St-Valentin au Locle, affaire fondamentale qui menaçait de déstabiliser les autorités locales, de discréditer le POP et de faire perdre à la gauche sa majorité au Grand Conseil. En date du deux mai, juste entre les deux tours, on apprend que Thierry Grosjean a été amendé pour étourderie, n'ayant pas su acheter le bon billet de train. Il n'a du coup plus la moindre chance d'être élu. Voilà le triste point final de sa courte carrière politique!
Dans un autre éditorial, Nicolas Willemin s'inquiétait de la trop grande place prise dans notre société par l'obsession de la compétition et de la performance, à tel point que même les sportifs amateurs en arrivent à se doper. Une fois de plus, la lecture de nos quotidiens régionaux lui donne raison, le cahier sportif étant tellement épais qu'on transpire rien qu'en tournant les pages. J'ai donc bon espoir que si M.Willemin devient un jour rédacteur en chef de l'Impartial et l'Express, il en améliorera considérablement la qualité. Comment? Il l'est déjà? Zut alors, je n'ai rien dit...  

22 mai 2011

Conseil de la presse: une prise de position peu sérieuse.

En date du 13 décembre 2010, j'ai déposé une plainte auprès du Conseil suisse de la Presse. Celui-ci vient de publier sa prise de position. Par la présente, je fais connaître ma profonde déception au sujet du manque de sérieux du Conseil.

Pour rappel, l'initiative populaire socialiste "pour des impôts équitables", rejetée en votation le 28 novembre, prévoyait que les cantons aient l'obligation de prélever un impôt de 22% minimum sur les tranches de revenu supérieures à 250 000 francs. Par exemple, sur un revenu de 260 000 francs, seuls les 10 000 francs dépassant la limite auraient été soumis à ce taux minimal.

Cela n'est pas vraiment compliqué, mais dans un article du 13 octobre 2010, un article d'Emmanuel Garessus publié dans le Temps présentait une interprétation erronée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22% au minimum dans tous les cantons. Le Temps a finalement publié un minuscule rectificatif, après que je l'ai demandé avec insistance à 4 reprises.

Il était un peu décevant que la vérité ait fait l'objet d'une toute petite note alors que l'erreur avait figuré dans un article qu'il était difficile de rater, compte tenu de son titre virulent, qui qualifiait l'initiative socialiste de danger pour notre pays. C'est pourquoi j'avais donné une large publicité au rectificatif du Temps, dans un article envoyé à la presse suisse romande et qu'on peut encore lire sur Domaine public ("le Temps admet enfin son erreur").

En réaction, M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, m'écrivit une lettre virulente voire insultante, m'accusant de manque de déontologie. Pourtant, ce donneur de leçon ne s'est pas formalisé que la même erreur réapparaisse une nouvelle fois dans les colonnes de son journal, en date du 18 novembre. Dans un texte de MM.Blankart et Meyer, pourtant économistes bardés de distinctions, on pouvait lire que "un contribuable dont le revenu annuel augmenterait de 20 francs, par exemple de 249'990 à 250'010 francs, serait pénalisé sérieusement".

J'ai donc demandé au Temps la publication d'un nouveau rectificatif, ce qu'il n'a pas fait, préférant publier sans m'en informer un fragment du courriel que j'avais envoyé, ainsi qu'une lettre de lecteur du Conseiller national Roger Nordmann. Comme le reconnaît le Conseil de la presse, le message d'un lecteur à évidemment beaucoup moins de poids qu'un rectificatif de la rédaction. En effet, dans le premier cas, le lecteur peut s'imaginer qu'il existe deux opinions également valables et ne pas savoir quelle est la bonne. Alors que si la rédaction admet elle même avoir tort, aucun doute n'est plus permis. J'estime donc qu'il est tout à fait scandaleux que le Temps n'ait pas voulu reconnaître publiquement que l'article de MM. Blankart et Meyer contenait une erreur aussi grossière que s'ils avaient affirmé que la Terre est plate. Il n'y a aucune marge d'interprétation. Le but principal de ma plainte au Conseil de la presse était de faire établir ce fait crucial.

En déposant une plainte, je m'attendais donc à ce que le Conseil se penche sur cette première question, qui était la plus importante: le Temps avait-il oui ou non publié une contre-vérité? A ma grande surprise, la prise de position ne confirme ni ne nie ce fait. Au point C, il est écrit que "Christophe Schouwey, nie de son côté, que l'initiative socialiste ménerait à un saut d'opposition". Au point 2 des considérants, il est écrit que "Ceux qui ont suivi le débat ... ont été bel et bien en mesure de se former leur propre opinion à ce sujet". Au point B, on peut lire que "Selon Nordmann les deux économistes confondent le taux moyen et le taux marginal d'imposition". En conclusion, il est écrit, au sujet des corrections apportées par M.Nordmann et moi-même que le Temps a bien voulu publier, que celles-ci "précisent un propos contenu dans l'article" du Temps.

Bref, le Conseil de la presse donne l'impression de ne pas savoir clairement si le Temps s'est trompé ou pas. En refusant de prendre position sur le point essentiel du litige, le Conseil s'est en quelque sorte récusé. En effet, comment peut-il, sans avoir établi que le Temps a commis une erreur, décider sérieusement si la publication d'un rectificatif était nécessaire ou pas? Face à ce refus de prise de position tout à fait extravagant, je suis réduit à des hypothèses qui ne le sont pas moins.

1. Cela paraît vraiment gros, mais j'en arrive à me demander si les auteurs de la décision ont une notion claire de la distinction entre des faits clairement établis et une simple interprétation. Le refus de prendre position tend à faire croire que les auteurs de la décision sont des tenants de cette philosophie relativiste à la mode qui remet en cause la notion même de vérité, partant du principe qu'il est toujours possible de faire plusieurs interprétations.

2. Ma deuxième hypothèse serait que les auteurs de la décision manquent des compétences pour se prononcer sur le fond. Il existe de brillants esprits dépourvus de toute fibre mathématique et incapables du calcul le plus élémentaire.

3. La troisième hypothèse, qui me paraît la plus probable, est que les auteurs de la décision ont voulu éviter de se mouiller, craignant de contredire des économistes et/ou ne voulant pas se mettre à dos la rédaction du Temps. Si tel est le cas, c'est très grave. On peut vraiment se demander à quoi sert un Conseil de la presse qui a peur de prendre des positions qui dérangent. A titre de complément au débat, je rappelle que le journaliste Francois Nussbaum avait publié, dans les colonnes de l'Express, la Liberté et l'Impartial, un article qui contenait la même erreur que celle de MM.Garessus, Blankart et Meyer. Toutefois, l'erreur n'était pas le fait du journaliste, mais de Bernard Dafflon, professeur d'économie à Fribourg, que Francoois Nussbaum avait interviewé. Quelques jours plus tard, un nouvel article de M.Nussbaum présentait une explication correcte de l'initiative. Toutefois, l'article de précisait pas qu'une erreur avait été commise dans l'article précédent, laissant ainsi les lecteurs non-informés dans une certaine perplexité. Pourquoi donc est-il si difficile pour les journalistes de dire, tout simplement, "je me suis trompé" ou bien "cette personne s'est trompé"? L'ensemble de la presse gagnerait en crédibilité si les journalistes faisaient preuve d'un peu plus de transparence au sujet de leurs erreurs et de celles des personnes à qui ils donnent la parole.

Deuxième question: Un rectificatif était-il nécessaire?

Au point 2 des considérants, on peut lire que "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure sur le même sujet". Comme il est impossible de rectifier une information correcte, je suis amené à en déduire que le Conseil de la presse, malgré tout et malgré lui, admet tout de même du bout des lèvres que le Temps a publié une contre-vérité. Si tel n'était pas le cas, le Conseil ne se serait d'ailleurs même pas penché sur la deuxième question qu'il avait à traiter: le Temps avait-il le devoir de publier un rectificatif? Si j'analyse correctement la position du Conseil, pas toujours claire, celui-ci répond par la négative pour trois raisons, que je cite par ordre de sérieux croissant:

1. Le premier argument ne mérite d'être cité que pour ses qualités comiques, tant il est ridicule. "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure concernant le même sujet" (à la suite du premier article du Temps, celui de M.Garessus). Ainsi, lorsque qu'on se trompe et qu'on avoue d'être trompé avant de refaire la même erreur, il n'est nul besoin de rougir de honte. Les rectificatifs sont à usages multiples. Il suffit de dire une fois qu'on a fait faux et on a ensuite le droit d'énoncer des contre-vérités ad vitam aeternam. La récidive, loin d'être une circonstance aggravante, est une excuse. Est-ce vraiment-là l'opinion du Conseil de la presse?

2. Selon le Conseil de la presse, le Temps aurait publié deux lettres de lecteurs qui "précisaient" le propos du Temps, dont l'une de ma plume. S'il est bien exact que l'excellente lettre de M.Nordmann est parue, je n'ai quant à moi pas envoyé de lettre destinée à être publiée. J'ai envoyé un message à M.Veya pour exiger la publication d'un rectificatif. Un fragment de ce message a été publié par le Temps. Qualifier ce fragment de "lettre de lecteur" est abusif. Quoiqu'il en soit, comme je l'ai dit plus haut, le Temps aurait dû admettre qu'il s'était trompé et non simplement publier les écrits des personnes défendant la vérité, comme s'il s'était agit d'une simple divergence d'opinion. Je persiste à dire qu'en agissant de la sorte, il a violé le chiffre 5 de la Déclaration des droits et devoirs du journaliste, qui oblige ceux-ci à "rectifier toute information publiée qui se révèle matériellement inexacte". Imaginons un instant qu'un citoyen soit accusé d'avoir commis un vol par un journal, puis que l'information se révèle fausse. Il serait totalement absurde que le journal, plutôt que de se rétracter, se contente de publier un message de l'accusé clamant son innocence. Dans l'affaire qui nous occupe, le Temps a publié une info erronnée au sujet d'une initiative fédérale, puis s'est contenté de publier les protestations de partisans de l'initiative en question. En disculpant le Temps, le Conseil crée un précédent extrêmement grave.

3. Le Conseil de la presse affirme que le texte contesté est reconnaissable comme une opinion d'auteurs extérieurs à la rédaction. Voilà le seul argument qui ne soit pas absurde. Je conçois tout à fait qu'il est difficile, pour un rédacteur en chef, de réprimander des rédacteurs "invités", surtout lorsque ceux-ci sont de prestigieux économistes, pris en flagrant délit d'avoir commis une erreur grossière et de bas niveau. Je ne suis pas surpris que le Conseil ait débouté ma plainte sur cette base (alors que je suis proprement stupéfié et consterné par les points 1 et 2 ci-dessus). Toutefois, j'estime que le Temps avait malgré tout le devoir de corriger ses invités, MM. Blankart et Meyer. En effet, ceux-ci étaient présentés comme des experts, bardés de distinction, dont le public serait en droit d'attendre un minimum de sérieux. Lorsque des personnes bénéficiant d'un statut social pareillement prestigieux pratiquent la désinformation au sujet d'une initiative fédérale en pleine campagne de votation, il est grave que le Temps leur donne son appui par son silence. On peut là aussi se demander si le Conseil de la presse ne crée pas un précédent dangereux. Ainsi, à chaque fois qu'un journal souhaitera pratiquer la désinformation, il lui suffira de recruter des invités n'étant soumis à aucune règle de déontologie.

J'ai évoqué plus haut le cas de Bernard Dafflon, autre professeur d'économie, ayant commis la même erreur grossière que MM.Blankart et Meyer. A ce sujet, M.Pierre Veya m'a accusé de porter atteinte à la probité de M.Dafflon, affirmant que celui-ci avait été mal compris par le journaliste François Nussbaum. MM.Blankart et Meyer ne pouvant avoir été mal compris, étant eux-mêmes auteurs de leur texte, M.Veya devrait donc, s'il est conséquent avec lui-même, les accuser de manquer de probité. Pourtant, il s'est refusé à admettre dans les colonnes du Temps qu'ils s'étaient trompés. On peut éventuellement admettre qu'une rédaction n'est pas dans l'obligation de corriger les erreurs de ses rédacteurs invités, même grossières. Mais il est certain que le Temps ne sort vraiment pas grandi de cette affaire, pas plus d'ailleurs, que le Conseil de la Presse.

17 novembre 2010

Le Temps, "média suisse de référence", supporte-t-il la critique?

Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, est vraiment furax...

Petit rappel. L'initiative socialiste pour des impôts équitables prévoit que tous les cantons devront prélever au minimum 22% d'impôts sur les tranches de revenus dépassant 250 000 francs. Cela signifie qu'un revenu de 250 000 francs "seulement" ne serait pas concerné. Même un revenu de 500 000 pourrait très bien être imposé plus bas que 22%: un canton pourrait très bien choisir, par exemple, d'imposer à 10% la tranche du revenu au dessous de 250 000 et à 22% la tranche entre 250 000 et 500 000, ce qui donnerait un taux moyen de 16%.
Cette donnée essentielle a été l'objet d'un certain nombre d'erreurs dans les médias. En particulier, Emmanuel Garessus, éditorialiste du Temps, a affirmé qu'un revenu de 250 000 francs serait taxé à 22%. L'erreur était grossière. Il a pourtant fallu que j'adresse quatre messages, en menaçant à deux reprises de saisir le Conseil de la Presse, pour que le Temps accepte enfin de publier un rectificatif.
Comme d'habitude en pareil cas, il y avait inégalité de traitement entre désinformation et vérité. Alors que l'article fautif avait bénéficié d'un gros titre, le rectificatif devait se contenter d'un dérisoire bas de page. Pour tenter d'un peu compenser cette injustice, j'ai diffusé aussi largement que possible un texte intitulé "le Temps admet enfin son erreur", que l'hebdomadaire Domaine public a eu la bonne idée de publier.
Dans cet article, j'expliquais également à quel point il m'avait fallu insister pour obtenir le rectificatif, car cela démontrait que certains journalistes peuvent faire preuve de suffisance lorsqu'un petit lecteur de rien du tout ose les remettre en question. Cela n'a vraiment pas plu au rédacteur en chef du Temps, qui a rédigé une lettre pleines de qualificatifs infamants pour moi, ainsi que pour la rédaction de Domaine public : "sérieux problèmes de déontologie", "procédés intellectuels inqualifiables", "grave du point de vue journalistique".
Plus comiquement, M.Veya m'a accusé de "tomber" dans le "populisme" parce que j'ai osé insinuer que son journal tentait d'exercer une certaine influence sur l'opinion. "Cette initiative fait l'objet d'un traitement équitable dans nos colonnes", affirme-t-il sans rire. Pour juger de son sens de l'équité, rappelons simplement que M.Garessus, dans l'article même qui contenait l'erreur, intitulé « une foudroyante attaque contre le principal atout de la Suisse », affirmait que l'initiative menace d'"anéantir les fondements institutionnels du pays", est une "menace pour la liberté" et "une idée qui s'oppose à l'essence même de la Suisse".
Toujours sans rire, M.Veya n'est pas loin de rectifier le rectificatif de son propre journal, sous-entendant que l'erreur du Temps n'en était pas vraiment une. M.Garessus aurait simplement omis d'expliquer en détail un "mécanisme élémentaire" que chacun est censé connaître. Selon M.Veya, l'article paru dans Domaine public jette le discrédit sur le Temps. Pourtant, cet article n'expose rien d'autre que les faits. Nous laissons donc à M.Veya l'entière responsabilité de son jugement.

LIENS
Article de Domaine public, par Christophe Schouwey: Le Temps admet enfin son erreur
Réponse de M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, à l'article de Domaine public
Tableau comparatif entre les cantons, journal le Temps
  

10 novembre 2010

Initiative "impôts équitables": Le "Temps" admet enfin son erreur.

Ce texte peut également être lu dans Domaine public. Je précise toutefois que le Pinocchio qui l'accompagne, quoique très joli, n'est pas mon idée, car je n'ai à aucun moment affirmé que le Temps avait délibérément menti. 
 
L'initiative « pour des impôts équitables », que le peuple vote le 28 novembre, obligerait tous les cantons à imposer à 22% minimum les tranches de revenu au dessus de 250 000.-. Cette augmentation ne concernerait à peu de chose près que les cantons qui pratiquent la sous-enchère fiscale pour "piquer" les contribuables aisés des autres cantons. En outre, il faudrait qu'une personne gagne bien plus que 250 000.- pour vraiment sentir les effets de l'initiative. Par exemple, dans un canton à très basse fiscalité, une personne gagnant 300 000.- pourrait se voir taxer à 10% pour les 250 000 premiers francs et à 22% sur les 50 000 francs suivants. Elle ne payerait donc, en définitive, qu'un modeste taux moyen de 12%, impôt communal compris.

Pourtant le Temps du 13 oct. a considérablement exagéré la portée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22%. Tout le monde a le droit de se tromper; en l'occurrence, notre "quotidien romand de référence" en a fait un usage particulièrement abondant. J'ai dû envoyer pas moins de quatre courriels, en menaçant à deux reprises de dénoncer le cas au Conseil de la Presse, pour obtenir la publication du rectificatif ci-dessous, paru le 9 novembre:
"L'analyse de l'initiative fiscale comportait une erreur. Il était faux de dire que le taux d'imposition à Wollerau passerait à 22% pour des revenus de 250 000 francs. Selon l'initiative, le taux de 22% concerne chaque franc supérieur à 22%. "

Rappelons que le Temps a pris parti très vigoureusement contre l'initiative, dans au moins deux articles. Compte tenu de ce qui précède, on peut se demander si cette prise de position est vraiment réfléchie. Rappelons aussi que l'erreur du Temps avait déjà été commise dans l'Impartial, l'Express et la Liberté, qui avaient été induits en erreur par le professeur d'université fribourgeois Bernard Dafflon, pourtant spécialiste de la fiscalité. Tout comme le Temps, ces journaux ont depuis admis qu'ils s'étaient trompés. 

Il n'est pas anodin que la presse romande ait diffusée une information erronée sur un sujet passant en votation. Cette erreur a pu amener certains votants à exagérer la portée de l'initiative socialiste et à croire que leurs impôts risquaient d'augmenter alors que ce n'était pas le cas. J'appelle donc tous les lecteurs de la présente à faire en sorte que la population soit informée correctement et puisse voter en connaissance de cause. 



Pour l'article suivant sur la même affaire:      Le Temps, média suisse de référence, supporte-t-il la critique?

26 septembre 2008

LETTRE OUVERTE A M.WILLEMIN



Monsieur le rédacteur en chef,

Au cours du débat du mercredi 24 septembre au Club 44, un spectateur vous a interrogé au sujet des profits de l'Impartial et l'Express. Vous avez donné au public présent l'impression d'une étrange ignorance.
Vous ne vous êtres apparemment jamais soucié de savoir combien les journaux que vous dirigez rapportent à leur propriétaire, le mystérieux M.Hersant que vous n'avez paraît-il vu qu'une seule fois, mais dont on peut soupçonner qu'il a envie de réaliser quelque profit financier grâce à ses acquisitions dans la région. Vous n'ignorez sans doute pas que nous vivons dans un monde où les gens riches estiment que leur argent leur donne droit à un revenu; où celui qui, ayant placé 1 millions, touche 100 000 francs par année (sans fournir aucun travail en contrepartie) aimerait en recevoir 150 000.
Lors de l'apéritif qui a suivi le débat, nous étions plusieurs à nous dire que le montant des profits de M.Hersant, s'il n'intéresse peut-être pas pas le rédacteur en chef que vous êtes, est d'un très grand intérêt pour les lecteurs. Vous avez souligné à plusieurs reprise à quel point les gens sont attachés à leurs quotidiens régionaux: ne seraient-ils pas en droit de savoir quel proportion de leurs frais d'abonnement finissent dans les poches du nabab qui s'est payé un élément si important de la vie des Montagnes neuchâteloises et des régions environnantes?

01 août 2006

Villes : un classement pour les riches

Evénement inventé par les médias et repris par les médias, le traditionnel classement des villes suisses « les plus attrayantes » fait une fois de plus des siennes (LT, 26.7). Parmi les nombreuses raisons de le remettre en cause, on peut notamment citer le fait que le niveau des loyers n’est pas pris en compte. Sinon, les soi-disant « experts » attribueraient un meilleur classement à des villes comme La Chaux-de-Fonds ou Le Locle, dont les appartements spacieux et moins chers qu’ailleurs font se pâmer d’envie les visiteurs lémaniques. Mais cette bizarrerie méthodologique s’explique lorsqu’on constate que l’étude a été réalisée par un « centre d’information et de formations immobilière », c’est-à-dire par des représentants de cette minorité fortunée qui cherche à acheter des immeubles afin d’encaisser oisivement des loyers. Certes, il est normal que ces gens analysent la réalité en fonction de leurs préoccupations et de leurs intérêts. Mais on peut se demander s’il est opportun que la presse destinée aux citoyens ordinaires se fasse systématiquement l’écho de leur point de vue.