Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.
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07 mai 2012

Une idée trop audacieuse


« Qui ose critiquer la pensée dominante ? » Tel est le titre d'un article d'Andreas Höffert (le Temps, 7.5.12), qui se lamente à juste titre du manque d'idées des économistes « orthodoxes », qui n'ont rien à proposer pour sortir de la crise. Aveu magnifique de la part d'un économiste en chef de l'UBS ! A première vue, il est vrai, la crise est mystérieuse. Pourquoi l'économie ne fonctionne-t-elle plus alors qu'il n'y a eu ni tsunami, ni guerre, ni épidémie ? En fait, il s'agit d'un simple problème de lubrification. Les échanges sont bloqués parce l'argent, qui est à l'économie ce que l'huile est à un moteur, ne circule plus suffisamment. De nos jours, dans une grande partie du monde, ceux qui contrôlent la richesse font la grève de l'investissement : le peuple des moutons, trop tondu, n'a plus assez de laine et n'est plus un placement rentable. Sans investissements, l'économie ne peut pas redémarrer. Si l'économie ne redémarre pas, les investissements continueront à ne pas être rentables. Voilà un cercle vicieux dont nous ne sommes pas près de sortir. Comment les Etats pourraient-ils à la fois se désendetter et investir, sans chercher le profit, l'argent que la finance ne veut plus investir ? Comment donner à la population le pouvoir d'achat qui permettrait de relancer l'économie ? Cela semble impossible, à moins de mieux redistribuer les richesses. Mais il s'agit visiblement d'une idée bien trop audacieuse pour M.Höffert et les économistes orthodoxes.

09 janvier 2009

Avancée démocratique: inquiétude des autorités helvétiques.

Plus de 60 000 signatures valables ont été récoltées contre la loi sur le
passeport biométrique. Phénomène extraordinaire, car, comme nous le disent
l'Impar et l'Express du 8 janvier, "ce résultat n'a pas été obtenu par une
grande organisation politique ou de société civile: c'est le résultat des
efforts de groupes de jeunes qui ont su exploiter Internet en leur faveur"
(même si L'Impar et l'Express omettent de mentionner certaines
organisations ayant participé à la récolte de signatures, comme par
exemple le POP et le fan-club du FC Zurich).
Le vice-chancelier de la Confédération nous le rappelle: "Il n'y a eu
aucun vrai débat préalable lorsque la question a été discutée aux
Chambres". Il est réjouissant de
constater que les citoyens, ne se sentant pas représentés par le monde
politique, ont décidé d'agir.
Bizarrement, nos autorités semblent plutôt s'inquiéter de cette
vitalité démocratique. Le Conseil fédéral a entamé une réflexion,
préoccupé non par le fait que la loi avait été votée sans vrai débat,
mais au contraire par la réaction des citoyens, parce qu'il serait
devenu trop facile, à cause d'Internet, de récolter des signatures.
Nos ministres reprendraient-ils à leur compte la fameuse phrase de
Berthold Brecht: "le gouvernement a perdu la confiance du peuple, il
faut changer le peuple"?
Cette fantastique récolte de signature m'amène à en espérer d'autres,
notamment au sujet du scandaleux montage financier concocté l'an
dernier au profit de l'UBS. Pour être bref, et contrairement à ce
qu'avancent MM. Merz et Couchepin, tout a été combiné pour que cette
banque ne doive pas rembourser la totalité de l'argent qu'on lui
prête. Devant ce scandale, le recours à la démocratie directe s'impose
et l'idée d'une initiative fédérale a été avancée dans ce canton à la
fin de l'an dernier. Les événement récents m'incitent à espérer que
les pessimistes se trompent quand ils affirment que la récolte de 100
000 signatures représenterait une tâche trop gigantesque pour être
réalisée sans le soutien d'un grand parti politique.

08 novembre 2008

UBS : Mensonge par omission

Il y a de quoi tomber à la renverse en lisant le Temps du 8 novembre. Lorsque les journalistes Bernard Wutrich et Willy Boder interrogent Hans Rudolf Merz au sujet du « joli cadeau » que représentent les 60 milliards de dollars avancés à l’UBS, notre ministre répond simplement : « J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Réponse vraie, mais vraie pour moins de 10%. En effet, le prêt de la Confédération ne représente que 6 milliards de CHF, alors que la BNS avance 54 milliards de dollars pour acheter des « actifs pourris », prenant ainsi le risque de perdre un très très gros paquet dans l’aventure, pendant que les actionnaires de l’UBS assainie continueront à toucher des dividendes.
« La Confédération ressortira gagnante », nous assure M.Merz. Mais on aurait vraiment aimé entendre son avis concernant la BNS. Que chacun décide qui fait le plus mal son travail : un conseiller fédéral qui ne répond qu’à 10% d’une question, ou bien les journalistes qui publient une telle réponse sans esprit critique ?

17 octobre 2008

Argent public détourné pour l'UBS

Je suis peut-être méfiant de nature, mais « les actifs toxiques » ne m'inspirent pas confiance. « La banque centrale assume tous les risques, car UBS - à qui la gestion des actifs sera déléguée - est totalement déliée de l'obligation de rembourser s'il y a des pertes », nous apprend Le Temps (17.10). Jean-Pierre Roth, directeur de la Banque nationale suisse, ne me rassure guère lorsqu'il affirme que « la diversité des actifs toxiques repris devrait permettre de limiter les dégâts ». Car cela sous-entend que dégâts il y aura, sous forme de cadeaux purs et simples des contribuables aux actionnaires de l'UBS. Même un petit pourcentage des 54 milliards avancés par la Banque nationale suisse, cela fait une somme rondelette.
Il était pourtant élémentaire d'éviter cela. La nécessité de sauver l'UBS n'est en rien une excuse à ce qui ressemble à un détournement de fonds pur et simple. Car on aurait pu exiger que les prévisibles pertes sur les actifs toxiques soient à la charge de l'UBS. Il serait tout simplement normal qu'on bloque tout versement de dividendes aux actionnaires tant que l'Etat n'aura pas été remboursé.
On a un peu trop tendance dans cette crise, à concentrer la critique sur les rentes abusives des PDG (refusons-nous à parler de salaires).  C'est oublier que les dividendes des actionnaires sont encore moins le fruit légitime d'un travail et que la seule chose qui les justifie, c'est que la mise de départ peut être perdue. Rappelons en effet qu'en cas de faillite, les actionnaires ne peuvent recevoir de l'argent que si tous les autres créanciers ont pu être remboursés au préalable.  
En mettant sur pied un montage financier où les pertes seront épongées par la collectivité alors que les actionnaires encaisseront de nouveau des dividendes dans un avenir proche, le Conseil fédéral, qui semble avoir oublié les principes les plus élémentaires du capitalisme, fait de nous une république bananière. Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas rembourser les gens qui perdent au casino? 

Lettre de lecteur publiée dans le Temps, octobre 2008