Ce blog rassemble pour l'essentiel mes textes parus dans la presse suisse romande, notamment dans l'Impartial/l'Express, Gauchebdo, le Courrier, Domaine public et le Temps.

17 octobre 2011

Bonne nouvelle de Hongrie

Le gouvernement hongrois s'illustre par un nationalisme outrancier assez antipathique. Toutefois, en matière économique, il vient de prendre une des rares décisions raisonnables de l'année en Europe. Il a décidé de soulager, au détriment des banques, ses citoyens de classe moyenne étranglés par leurs dettes. En effet, une vaste majorité des hypothèques de ces dernières années avaient été émises en francs suisses, ce qui permettait aux acquéreurs de logements de payer moins d'intérêts. Le problème, c'est que le franc suisse s'est apprécié fortement par rapport au forint hongrois au cours des dernières années, augmentant d'autant les montants dus aux banques. Par bonheur, une récente loi permet de rembourser les dettes en francs suisses au cours de 180 forints (alors que le franc se situe actuellement aux alentours de 235 forints), soit un rabais de 23% pour des dizaines de milliers de propriétaires de logement. Rappelons que la crise économique actuelle est due, pour l'essentiel, à la mauvaise répartition du pouvoir d'achat, de plus en plus concentré entre les mains de ceux qui n'en ont pas besoin et ne vont donc pas dépenser leur argent, ce qui entraîne une baisse de la demande globale, donc une hausse du chômage et des revenus des Etats. Le sauvetage des banques, loin d'être une mesure de soutien à l'économie, contribue en fait à pérenniser la concentration de la richesse entre les mains des financiers, qui est la cause même de la crise. Il faut donc saluer, enfin, une mesure qui vise à affaiblir l'ennemi plutôt qu'à lui donner des munitions.

13 octobre 2011

Avions de combat : un peu de sérieux s'il vous plaît

On nous sert depuis vingt ans un argument certes vrai, mais pourtant totalement absurde : les dépenses militaires créent des emplois. M.Pierre Castella, patron de Dixi, l'a redit récemment (Impartial et Express du 8 octobre). Je vais vous confier le scoop du siècle, n'oubliez pas de le dire à M.Castella : quand on dépense de l'argent, cela donne du travail. Il faudrait vraiment que la Confédération atteigne des sommets de sottise sans précédent pour qu'il n'en soit pas ainsi. De ce point de vue, peu importe que l'on investisse dans les transports, l'éducation, la santé ou la police. Mon avis est que pour notre sécurité, nous avons surtout besoin d'une nouvelle politique énergétique qui permettrait de fermer Mühleberg (qui me fait bien plus peur que les armées étrangères) ou de sortir de cette dépendance au pétrole qui nous met à la merci des conflits internationaux. Si vous pensez sincèrement que de nouveaux avions sont encore plus importants, je peux respecter votre point de vue. Mais de grâce, cessez une bonne fois pour toute de prétendre que cela va créer plus d'emplois.

21 septembre 2011

De l'autoritarisme en pays de Neuchâtel

Annie Clerc, conseillère communale à La Chaux-de-Fonds, n'a pas avalé que le restaurant social Ekir ose contacter l'Impartial (édition du 2 septembre) pour demander une subvention plus élevée. Dans une lettre du 13 septembre, elle affirme sèchement : « Si une décision de subvention doit être remise en cause, elle devrait l'être par un courrier ou par une demande de rencontre ». Il y a un an (Impartial et Express du 9 juillet), Laurence Aellen, alors cheffe intérimaire du service de l'emploi, n'avait pas supporté les critiques de l'Association de défense des chômeurs parues dans les médias, s'indignant qu'une association subventionnée ose se retourner contre le service qui la subventionne. C'est à se demander si nos autorités ne s'inspirent pas de la philosophie de M.Bernasconi, ancien président de Xamax, qui avait affirmé que ceux qui n'ont pas d'argent devraient « fermer leur gueule ». Si tel est le cas, rappelons-leur que l'argent de l'Etat n'est pas leur propriété personnelle, mais bien celle des citoyens, et que chacun a le droit de porter une question sur la place publique. Rappelons aussi à Mme Clerc que le parti socialiste, qu'elle représente, n'a pas toujours demandé la permission avant de s'exprimer. Tel est également mon cas : j'écris cette lettre à titre strictement personnel, ne faisant pas partie de l'équipe d'Ekir, et j'espère donc que Mme Clerc ne se retournera pas contre eux.

Lettre envoyée à l'Impartial, qui n'a pas voulu la publier.

06 septembre 2011

LIVRE : Myret Zaki, la fin du dollar. Favre 2011

La rédactrice en chef adjointe de Bilan nous démontre de façon convaincante que les jours de l'ère du dollar sont comptés. La situation du billet vert n'est pas rose. Il court un très gros risque d'être fortement dévalué au cours des prochaines années, ce qui signifie que les Etats-Unis vont régler une partie de leurs dettes en monnaie de singe, au grand dam notamment de la Chine et du Japon. S'il est toujours difficile de prévoir l'avenir, le scénario que nous prédit Myret Zaki semble presque inéluctable.

Le déficit américain devrait atteindre 1600 000 000 000 de dollars en 2011, soit 10.9% du PIB. Il semble totalement hors de contrôle actuellement car il paraît impossible que le Congrès décide de prélever de nouveaux impôts. Les Etats-Unis préfèrent s'endetter, même si les autres pays seront de moins en moins disposés à leur prêter de l'argent. Aujourd'hui déjà, la Réserve fédérale américaine est désormais le plus gros détenteur de bons du trésor américain, devant la Chine. Autrement dit, l'argent que l'Etat américain ne parvient plus à emprunter lui est fourni à coup de planche à billet.

Une telle politique ne peut déboucher que sur une importante inflation, que la méthode actuelle de calcul sous-estime largement. Il semblerait que si on avait calculé l'inflation de 2010 avec la méthode de 1980, elle aurait été de 8.54% au lieu des 1.14% officiels (p.85). Ce chiffre biaisé entraîne mécaniquement une surestimation de la croissance économique. Cela est d'autant plus grave que le pays a perdu le quart de ses emplois industriels au cours des années Bush (p.93). D'autre part, le chômage serait également largement sous-estimé.

Le dollar ne doit sa position de principale devise mondiale qu'à l'absence d'alternative, à cause notamment du discrédit actuel de l'euro, discrédit non fondé selon Myret Zaki. Elle dénonce « les attaques permanentes depuis le début de l'euro », qui relèveraient selon elle d'une stratégie des milieux financiers et des médias anglo-saxons, qui craignent qu'un euro trop fort représente une concurrence fatale pour le dollar. Ainsi, les attaques contre l'euro au début de 2011 auraient entraîné une ruée vers le dollar.

Toutefois, cette situation ne saurait durer. Il suffirait que les taux d'intérêts, très bas ces dernières années, remontent, pour que le service de la dette américaine devienne gigantesque. Une crise de confiance sur le dollar peut survenir d'un instant à l'autre et surviendra tôt ou tard. Si on en croit Myret Zaki, les dirigeants chinois et européens, conscients de cette situation, réfléchiraient déjà à la réorganisation du système monétaire mondial qui s'avérera alors nécessaire.

Les qualité du livre n'obligent pas, bien entendu, le lecteur à partager l'idéologie économique de Myret Zaki, qui pourfend le keynésianisme et ne semble même pas avoir entendu parler du socialisme. Elle oublie que l'inflation est en principe un jeu à somme nulle et considère que la stabilité monétaire justifie les pires politiques de rigueur. Toutefois, ce point de vue excessif fait de Myret Zaki une excellente critique de l'excès inverse qu'est l'abus de la planche à billet.

31 août 2011

La BNS et ses déficits. (écrit pour le journal La Liberté).

L'être humain a la fâcheuse tendance à confondre les créations de son esprit avec la réalité. Ce n'est nulle part plus vrai qu'en comptabilité, où un raisonnement purement mécanique peut amener à des conclusions abracadabrantesques. Toute la Suisse s'est persuadée, à tort, que la Banque nationale a perdu de l'argent à cause de la baisse de l'euro. Rappelons qu'en 2010, la BNS a acquis de gigantesques quantité de devises étrangères, au point que ses réserves ont presque doublé. Actuellement, ces réserves, principalement constituées d'euros (55% du total), de dollars (25% du total) et de yens (10% du total), représentent à peu près 200 milliards de francs suisses, montant qui varie en fonction du taux de change. Or, depuis janvier 2010, l'euro a perdu 22% de sa valeur par rapport au franc, et l'euro 22%. A cause des ces baisses, la BNS a vu fondre la valeur de ses réserves de devises, exprimée en francs suisses, et aurait « perdu » la somme gigantesque de 44 milliards de francs. Pourtant, cette perte n'est qu'une question de point de vue et n'existerait tout simplement pas si la BNS tenait sa comptabilité en dollars, principale monnaie mondiale, ou en euros, monnaies de nos principaux partenaires commerciaux. La BNS aurait même constaté une énorme plus-value de son stock d'or (actuellement aux alentours de 40 milliards de francs), car le métal jaune a gagné plus de 50% face à l'euro et au dollar depuis janvier 2010. Ceci étant établi, la question est la suivante : la quelle des deux méthodes de comptabilité est-elle la plus sensée ? Il me semble quant à moi que la question est vite décidée. Si cet article vous fait sauter en l'air, sachez bien que c'est vous qui montez et non le sol qui descend. De même, c'est bien notre petit franc suisse qui est monté et non les grandes monnaies de référence de l'économie mondiale qui ont baissé. Il serait temps que les dirigeants de la BNS s'en rendent compte et redistribuent une partie de leurs bénéfices aux cantons, comme l'an dernier, au moment ou l'économie s'achemine probablement vers la récession et a un grand besoin d'investissements.

SOURCES
Le rapport de la BNS au 30 juin est accessible à partir d'un article du Temps :
http://ww.w.letemps.ch/Page/Uuid/233efe84-b9a7-11e0-851d-ec67c3f3ac80|1

Pour l'historique des taux de change :
http://www.oanda.com/lang/fr/currency/historical-rates/

Pour la composition des réserves de change de la BNS :
http://www.snb.ch/fr/iabout/assets/id/assets_reserves

Pour le bilan 2009 de la BNS
http://www.snb.ch/fr/iabout/snb/annacc/id/snb_annac_balance

Pour le cours de l'or
http://www.cpordevises.com/or/cotations/cours-or-pays/06-2011/


PS, j'aurais aimé pourvoir fournir des chiffres plus précis. Mais la comptabilité fournie par la BNS sur son site est peu claire. En effet, on y trouve uniquement le montant des réserves exprimé en francs suisses et il est impossible de suivre avec précision le stock d'euros (exprimé en euros), le stock de dollars (exprimé en dollars) et le stock d'or (exprimé en or) comme j'aurais aimé le faire. Voilà qui illustre à merveille le propos exprimé dans mon texte.

29 août 2011

Le déficit mythique de la BNS

Les pertes de la BNS défraient la chronique. On annonce qu'elle ne pourra pas reverser de l'argent aux cantons, ses réserves en euros ayant perdu de la valeur. La BNS évite également d'acheter des euros, par peur que ceux-ci baissent, ce qui lui avait, dit-on, fait subir des pertes l'an dernier. Pourtant, une question élémentaire vient à l'esprit : est-ce bien l'euro qui a baissé ou bien le franc qui est monté ? Y a-t-il une raison sérieuse de tenir la comptabilité de la BNS en francs suisses, plutôt qu'en dollars, monnaie internationale de référence, ou en euros, monnaie de nos plus important partenaires commerciaux, voire en or ou en fonction d'un panier de matières premières? Si on procédait selon l'une de ces méthodes, on arriverait certainement à la conclusion que la BNS n'a rien perdu du tout. Or, compte tenu de la taille de notre économie par rapport au reste du monde, considérer que notre devise est la mesure de toutes choses revient à faire tourner le soleil autour de la terre. Rappelons que les réserves de la BNS servent avant tout à garantir la force du franc suisse par rapport aux devises étrangères et qu'elle n'en a donc pas besoin pour l'instant. En imaginant qu'un jour, sans doute lointain, la BNS doive intervenir contre un franc trop bas, alors ses réserves auront repris toute leur valeur.

Chagaev l'affable

Le rêve de Xamax

Imaginons un instant que Xamax soit premier du championnat suisse et que son propriétaire Bulat Chagaev soit un type affable offrant des fleurs à ses joueurs après chaque match, quel que soit le résultat. Imaginons aussi que sa fortune ait été acquise de manière parfaitement légitime (quoique je peine à croire qu'on puisse devenir milliardaire en étant vraiment honnête). Eh bien, même si tout cela était vrai, je trouverais quand même toute cette histoire profondément pathétique. Il est consternant que M.Chagaev soit dépourvu de toute idée intelligente pour utiliser son argent. Alors qu'il pourrait financer des hôpitaux dans son pays, aider les plus pauvres ou promouvoir les énergies renouvelables, il préfère se payer un joujou bling-bling pour se faire reluire l'ego et promouvoir son image de marque. Par bonheur, il ne s'y est pas très bien pris. Cela nous évitera le spectacle consternant des fans criant « on est les meilleurs » simplement parce que leur club à plus d'argent que les autres.

23 juillet 2011

La Grèce ou les banques: qui sauve-t-on?

En grec, «langue de bois » pourrait se traduire par « xyloglossie ». C'est ce que pratique largement la presse en ânonnant que les dirigeants européens se sont mis d'accord, jeudi 21 juillet, pour « sauver la Grèce ». En réalité, on va continuer à imposer à ce pays une politique d'austérité qui va bloquer son économie pour de longues années. Ce qu'on a sauvé, c'est une fois de plus les banques, qui, grâce à la générosité des contribuables européens, ne vont perdre que 20% de l'argent qu'elles avaient prêté à la Grèce et que ce pays ne peut pas rembourser. Quel beau métier que banquier: encaissez les bénéfices quand vous faites de bonnes affaires et faites vous indemniser par l'Etat quand vous en faites de mauvaises!

06 juillet 2011

Entre Mark Muller et son proprio, choisissons le peuple !

On se scandalise que le magistrat genevois Mark Muller ne paie que 2000 francs pour un sept pièces au centre de Genève, loyer qui serait pourtant normal dans d’autres régions du pays. Voilà qui met en lumière le décalage entre deux façons d’estimer le « juste prix » d’un logement : d’un côté, le coût de la construction de l’immeuble et de l’achat du terrain à l’époque ; de l’autre, le jeu de l’offre et de la demande. La différence entre les deux est à la source d’importants profits immérités pour les investisseurs de l’immobilier, même dans une ville comme la Chaux-de-Fonds, réputée pour ses bas loyers. Comparez maintenant les loyers de Genève et de La Chaux-de-Fonds : la différence correspond à un surprofit de plusieurs milliers de francs par locataire. Ce sont ces sommes gigantesques, astronomiques et invraisemblables que les spéculateurs genevois se sont mis et continuent à se mettre dans la poche au cours des ans, que ce soit en encaissant des loyers ou en revendant avec profits, au fil des ans, terrains et immeubles.

On sait que le blocage des prix engendre souvent des files d’attentes, comme celles, proverbiales, des pays autrefois « communistes » d’Europe de l’Est. De même, bloquer les loyers encourage les gens à s’accrocher à leurs logements, même trop grands, et contribue ainsi à aggraver la pénurie. Il n’est donc pas forcément idiot d’adapter les loyers au jeu de l’offre et de la demande. Mark Muller n’a pas vraiment tort de penser que son propre loyer est trop bon marché. Pourtant, nul ne prétend que le propriétaire du logement en question perd de l’argent. Voudrait-on vraiment qu’il encaisse 20 000 francs de loyer en plus par année, sans lever le petit doigt ?

Entre privilégier Mark Muller ou son propriétaire, je préfère quant à moi que l’argent soit rendu à la population. Qu’on adapte la législation pour que dans tous les cas semblables, l’Etat encaisse la différence entre prix coûtant du logement et prix du marché! Cette manne pourrait, entre autres choses, être redistribuée sous forme d’aide au logement ciblée pour ceux qui en ont besoin, dont Mark Muller ne fait à l’évidence pas partie.

22 mai 2011

Conseil de la presse: une prise de position peu sérieuse.

En date du 13 décembre 2010, j'ai déposé une plainte auprès du Conseil suisse de la Presse. Celui-ci vient de publier sa prise de position. Par la présente, je fais connaître ma profonde déception au sujet du manque de sérieux du Conseil.

Pour rappel, l'initiative populaire socialiste "pour des impôts équitables", rejetée en votation le 28 novembre, prévoyait que les cantons aient l'obligation de prélever un impôt de 22% minimum sur les tranches de revenu supérieures à 250 000 francs. Par exemple, sur un revenu de 260 000 francs, seuls les 10 000 francs dépassant la limite auraient été soumis à ce taux minimal.

Cela n'est pas vraiment compliqué, mais dans un article du 13 octobre 2010, un article d'Emmanuel Garessus publié dans le Temps présentait une interprétation erronée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22% au minimum dans tous les cantons. Le Temps a finalement publié un minuscule rectificatif, après que je l'ai demandé avec insistance à 4 reprises.

Il était un peu décevant que la vérité ait fait l'objet d'une toute petite note alors que l'erreur avait figuré dans un article qu'il était difficile de rater, compte tenu de son titre virulent, qui qualifiait l'initiative socialiste de danger pour notre pays. C'est pourquoi j'avais donné une large publicité au rectificatif du Temps, dans un article envoyé à la presse suisse romande et qu'on peut encore lire sur Domaine public ("le Temps admet enfin son erreur").

En réaction, M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, m'écrivit une lettre virulente voire insultante, m'accusant de manque de déontologie. Pourtant, ce donneur de leçon ne s'est pas formalisé que la même erreur réapparaisse une nouvelle fois dans les colonnes de son journal, en date du 18 novembre. Dans un texte de MM.Blankart et Meyer, pourtant économistes bardés de distinctions, on pouvait lire que "un contribuable dont le revenu annuel augmenterait de 20 francs, par exemple de 249'990 à 250'010 francs, serait pénalisé sérieusement".

J'ai donc demandé au Temps la publication d'un nouveau rectificatif, ce qu'il n'a pas fait, préférant publier sans m'en informer un fragment du courriel que j'avais envoyé, ainsi qu'une lettre de lecteur du Conseiller national Roger Nordmann. Comme le reconnaît le Conseil de la presse, le message d'un lecteur à évidemment beaucoup moins de poids qu'un rectificatif de la rédaction. En effet, dans le premier cas, le lecteur peut s'imaginer qu'il existe deux opinions également valables et ne pas savoir quelle est la bonne. Alors que si la rédaction admet elle même avoir tort, aucun doute n'est plus permis. J'estime donc qu'il est tout à fait scandaleux que le Temps n'ait pas voulu reconnaître publiquement que l'article de MM. Blankart et Meyer contenait une erreur aussi grossière que s'ils avaient affirmé que la Terre est plate. Il n'y a aucune marge d'interprétation. Le but principal de ma plainte au Conseil de la presse était de faire établir ce fait crucial.

En déposant une plainte, je m'attendais donc à ce que le Conseil se penche sur cette première question, qui était la plus importante: le Temps avait-il oui ou non publié une contre-vérité? A ma grande surprise, la prise de position ne confirme ni ne nie ce fait. Au point C, il est écrit que "Christophe Schouwey, nie de son côté, que l'initiative socialiste ménerait à un saut d'opposition". Au point 2 des considérants, il est écrit que "Ceux qui ont suivi le débat ... ont été bel et bien en mesure de se former leur propre opinion à ce sujet". Au point B, on peut lire que "Selon Nordmann les deux économistes confondent le taux moyen et le taux marginal d'imposition". En conclusion, il est écrit, au sujet des corrections apportées par M.Nordmann et moi-même que le Temps a bien voulu publier, que celles-ci "précisent un propos contenu dans l'article" du Temps.

Bref, le Conseil de la presse donne l'impression de ne pas savoir clairement si le Temps s'est trompé ou pas. En refusant de prendre position sur le point essentiel du litige, le Conseil s'est en quelque sorte récusé. En effet, comment peut-il, sans avoir établi que le Temps a commis une erreur, décider sérieusement si la publication d'un rectificatif était nécessaire ou pas? Face à ce refus de prise de position tout à fait extravagant, je suis réduit à des hypothèses qui ne le sont pas moins.

1. Cela paraît vraiment gros, mais j'en arrive à me demander si les auteurs de la décision ont une notion claire de la distinction entre des faits clairement établis et une simple interprétation. Le refus de prendre position tend à faire croire que les auteurs de la décision sont des tenants de cette philosophie relativiste à la mode qui remet en cause la notion même de vérité, partant du principe qu'il est toujours possible de faire plusieurs interprétations.

2. Ma deuxième hypothèse serait que les auteurs de la décision manquent des compétences pour se prononcer sur le fond. Il existe de brillants esprits dépourvus de toute fibre mathématique et incapables du calcul le plus élémentaire.

3. La troisième hypothèse, qui me paraît la plus probable, est que les auteurs de la décision ont voulu éviter de se mouiller, craignant de contredire des économistes et/ou ne voulant pas se mettre à dos la rédaction du Temps. Si tel est le cas, c'est très grave. On peut vraiment se demander à quoi sert un Conseil de la presse qui a peur de prendre des positions qui dérangent. A titre de complément au débat, je rappelle que le journaliste Francois Nussbaum avait publié, dans les colonnes de l'Express, la Liberté et l'Impartial, un article qui contenait la même erreur que celle de MM.Garessus, Blankart et Meyer. Toutefois, l'erreur n'était pas le fait du journaliste, mais de Bernard Dafflon, professeur d'économie à Fribourg, que Francoois Nussbaum avait interviewé. Quelques jours plus tard, un nouvel article de M.Nussbaum présentait une explication correcte de l'initiative. Toutefois, l'article de précisait pas qu'une erreur avait été commise dans l'article précédent, laissant ainsi les lecteurs non-informés dans une certaine perplexité. Pourquoi donc est-il si difficile pour les journalistes de dire, tout simplement, "je me suis trompé" ou bien "cette personne s'est trompé"? L'ensemble de la presse gagnerait en crédibilité si les journalistes faisaient preuve d'un peu plus de transparence au sujet de leurs erreurs et de celles des personnes à qui ils donnent la parole.

Deuxième question: Un rectificatif était-il nécessaire?

Au point 2 des considérants, on peut lire que "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure sur le même sujet". Comme il est impossible de rectifier une information correcte, je suis amené à en déduire que le Conseil de la presse, malgré tout et malgré lui, admet tout de même du bout des lèvres que le Temps a publié une contre-vérité. Si tel n'était pas le cas, le Conseil ne se serait d'ailleurs même pas penché sur la deuxième question qu'il avait à traiter: le Temps avait-il le devoir de publier un rectificatif? Si j'analyse correctement la position du Conseil, pas toujours claire, celui-ci répond par la négative pour trois raisons, que je cite par ordre de sérieux croissant:

1. Le premier argument ne mérite d'être cité que pour ses qualités comiques, tant il est ridicule. "Le Temps avait déjà publié une rectification antérieure concernant le même sujet" (à la suite du premier article du Temps, celui de M.Garessus). Ainsi, lorsque qu'on se trompe et qu'on avoue d'être trompé avant de refaire la même erreur, il n'est nul besoin de rougir de honte. Les rectificatifs sont à usages multiples. Il suffit de dire une fois qu'on a fait faux et on a ensuite le droit d'énoncer des contre-vérités ad vitam aeternam. La récidive, loin d'être une circonstance aggravante, est une excuse. Est-ce vraiment-là l'opinion du Conseil de la presse?

2. Selon le Conseil de la presse, le Temps aurait publié deux lettres de lecteurs qui "précisaient" le propos du Temps, dont l'une de ma plume. S'il est bien exact que l'excellente lettre de M.Nordmann est parue, je n'ai quant à moi pas envoyé de lettre destinée à être publiée. J'ai envoyé un message à M.Veya pour exiger la publication d'un rectificatif. Un fragment de ce message a été publié par le Temps. Qualifier ce fragment de "lettre de lecteur" est abusif. Quoiqu'il en soit, comme je l'ai dit plus haut, le Temps aurait dû admettre qu'il s'était trompé et non simplement publier les écrits des personnes défendant la vérité, comme s'il s'était agit d'une simple divergence d'opinion. Je persiste à dire qu'en agissant de la sorte, il a violé le chiffre 5 de la Déclaration des droits et devoirs du journaliste, qui oblige ceux-ci à "rectifier toute information publiée qui se révèle matériellement inexacte". Imaginons un instant qu'un citoyen soit accusé d'avoir commis un vol par un journal, puis que l'information se révèle fausse. Il serait totalement absurde que le journal, plutôt que de se rétracter, se contente de publier un message de l'accusé clamant son innocence. Dans l'affaire qui nous occupe, le Temps a publié une info erronnée au sujet d'une initiative fédérale, puis s'est contenté de publier les protestations de partisans de l'initiative en question. En disculpant le Temps, le Conseil crée un précédent extrêmement grave.

3. Le Conseil de la presse affirme que le texte contesté est reconnaissable comme une opinion d'auteurs extérieurs à la rédaction. Voilà le seul argument qui ne soit pas absurde. Je conçois tout à fait qu'il est difficile, pour un rédacteur en chef, de réprimander des rédacteurs "invités", surtout lorsque ceux-ci sont de prestigieux économistes, pris en flagrant délit d'avoir commis une erreur grossière et de bas niveau. Je ne suis pas surpris que le Conseil ait débouté ma plainte sur cette base (alors que je suis proprement stupéfié et consterné par les points 1 et 2 ci-dessus). Toutefois, j'estime que le Temps avait malgré tout le devoir de corriger ses invités, MM. Blankart et Meyer. En effet, ceux-ci étaient présentés comme des experts, bardés de distinction, dont le public serait en droit d'attendre un minimum de sérieux. Lorsque des personnes bénéficiant d'un statut social pareillement prestigieux pratiquent la désinformation au sujet d'une initiative fédérale en pleine campagne de votation, il est grave que le Temps leur donne son appui par son silence. On peut là aussi se demander si le Conseil de la presse ne crée pas un précédent dangereux. Ainsi, à chaque fois qu'un journal souhaitera pratiquer la désinformation, il lui suffira de recruter des invités n'étant soumis à aucune règle de déontologie.

J'ai évoqué plus haut le cas de Bernard Dafflon, autre professeur d'économie, ayant commis la même erreur grossière que MM.Blankart et Meyer. A ce sujet, M.Pierre Veya m'a accusé de porter atteinte à la probité de M.Dafflon, affirmant que celui-ci avait été mal compris par le journaliste François Nussbaum. MM.Blankart et Meyer ne pouvant avoir été mal compris, étant eux-mêmes auteurs de leur texte, M.Veya devrait donc, s'il est conséquent avec lui-même, les accuser de manquer de probité. Pourtant, il s'est refusé à admettre dans les colonnes du Temps qu'ils s'étaient trompés. On peut éventuellement admettre qu'une rédaction n'est pas dans l'obligation de corriger les erreurs de ses rédacteurs invités, même grossières. Mais il est certain que le Temps ne sort vraiment pas grandi de cette affaire, pas plus d'ailleurs, que le Conseil de la Presse.

12 avril 2011

Contrats-prisons: pour une loi libératrice

S’il est un principe central de notre société, c’est bien la libre concurrence, qui implique le libre choix du consommateur. Pourtant, il est dans la logique même des entreprises d’essayer de limiter cette liberté. Prenons l’exemple des contrats de téléphone et de radio-télévision, qui prévoient très souvent un renouvellement automatique d’un an, voire même deux, si le contrat n’est pas résilié à temps, avec un préavis de trois mois. Ce fil attaché à la patte de l’abonné n’a qu’une seule «justification»: l’empêcher de faire marcher la concurrence.

La suite à lire gratuitement sur "Domaine public"

11 avril 2011

Une vérité pas toujours vraie

"Tous les pays, y compris les pays pauvres, ont intérêt à abolir les barrières douanières". C'est ce que nous affirme péremptoirement Ram Etwareea dans son édito du 30 mars, en première page du Temps. Certes, le commerce, en principe, est créateur de richesses. Chaque partenaire se séparant de ce qu'il a en trop en échange de ce dont il manque, tout le monde, normalement, devrait en profiter. Pourtant, ce principe n'est pas toujours valable, notamment dans le cas d'échanges entre pays. Il arrive souvent que seuls certains habitants en bénéficient alors que la majorité y perd. Par exemple, l'afflux de produits bon marché, bien que profitable aux consommateurs dans l'immédiat, peut détruire des secteurs industriels entiers, alors que leur seul tort est d'avoir un léger retard technologique sur la concurrence internationale. Le commerce peut également favoriser les pays où l'environnement et les travailleurs sont les moins protégés, car c'est souvent là que les entreprises font le plus de profit. Je ne doute pas que M.Etwareea sache tout cela car, pour autant que je sache, tous les défenseurs du libre-échange admettent qu'il y a des exceptions. Autrement dit, le commerce n'est pas toujours bénéfique et certaines barrières douanières sont utiles. Il serait donc souhaitable que M.Etwareea et ses confrères en idéologie cessent d'asséner urbi et orbi, sans les nuances qui s'imposent, une vérité qui n'en est pas toujours une.


Peut-être publié dans le Temps ????????????????

10 avril 2011

Commerce et transferts sociaux: qu'est-ce que la richesse?

Il est courant d'entendre dire que seul le travail crée de la richesse, comme l'affirmait d'ailleurs un certain Karl Marx. Pourtant, il paraît difficile de nier le rôle des échanges, ainsi que du commerce, qui n'en est qu'un forme un peu plus compliquée. Après une transaction où je me sépare de que j'ai en trop pour recevoir ce dont je manque, mes conditions de vie matérielles se sont améliorées. Autrement dit, je suis plus riche, car la seule mesure valable de la richesse matérielle est l'utilité qu'ont pour nous les choses auxquelles nous avons accès. A priori, mon partenaire s'est également enrichi, car s'il a accepté l'échange, c'est en principe parce qu'il avait quelque chose à y gagner. Le commerce est donc un travail créateur de richesses comme les autres, qui consiste à rendre possible des échanges entre personnes ne se connaissant pas entre elles. Cela était déjà vrai il y a des milliers d'années, lorsque des outils, des bijoux ou des ressources minérales ont commencé à circuler sur de grandes distances. Cela est encore plus vrai de nos jours, car notre mode de vie moderne serait impossible sans la spécialisation internationale du travail. Il est bien évident que le commerce est souvent inégal, donne lieu à d'innombrables abus et a souvent des effets pervers. Il n'en demeure pas moins qu'il représente une source de richesse.
Imaginons par exemple l'échange suivant:
1. Le pays A fournit des médicaments au pays B qui ne sait pas les produire.
2. Le pays B fournit du pétrole au pays A qui n'en a pas.
Tout économiste vous expliquera qu'en règle générale, le pétrole est plus utile dans le pays B, où on en manque (sinon on en importerait pas), que dans le pays A, qui en a plus que nécessaire (sinon il ne l'exporterait pas). Le pétrole augmente donc de valeur en changeant de pays. Il en va évidemment de même pour les médicaments, car les pays producteurs sont en général capables d'en fabriquer au-delà de leurs besoins. L'échange commercial est donc doublement producteur de richesse. Ce n'est pas un jeu à somme nulle, mais un jeu gagnant-gagnant.
Bien que les économistes soient coutumiers de telles démonstrations, ils oublient en général d'en tirer une conclusion qui devrait pourtant être évidente: si les points 1 et 2 sont vrais, alors le point 1, même pris tout seul, est vrai. Autrement dit, dès que le pays A fournit des médicaments au pays B, il y a création de richesse, que le pays B donne pas du pétrole en échange ou pas.
En fait, le raisonnement peut être étendu à tous les cas où le nouveau propriétaire d'un bien en a un usage plus grand que l'ancien propriétaire. Par exemple, chacun sait qu'au delà d'un certain point, l'argent n'apporte plus aucun bien-être supplémentaire, alors qu'il peut considérablement améliorer la vie des plus pauvres. Un prélèvement fiscal sur les très hauts revenus, servant à financer des mesures profitant au gens les plus démunis, est donc un moyen très simple de créer de la richesse, au même titre que le commerce et exactement pour la même raison.

Non publié pour l'instant

21 mars 2011

Robin des Bois face à la fraude fiscale



Imaginons que la police, après avoir saisi le butin d'un cambriolage, découvre par hasard que X a commis un meurtre ou un viol. Doit-on renoncer à poursuivre le criminel sous prétexte que les preuves sont arrivée entre les mains des autorités à la suite d'un vol? J'aimerais bien qu'on pose cette question à tous ceux qui se scandalisent que de l'utilisation de documents volés par des tiers pour poursuivre les fraudeurs du fisc. Même s'il existe bien des crimes plus graves que la fraude fiscale, il n'en demeure pas moins que celle-ci représente un grave danger pour la cohésion de nos sociétés, privant l'Etat de ressources plus que jamais indispensables pour une multitude de tâches, comme par exemple le financement d'une révolution énergétique rendue plus urgente que jamais par la récente catastrophe nucléaire. Il n'est pas absurde de se demander si la fraude fiscale ne menace pas la survie de l'humanité. Il est donc tout à fait regrettable que le Matin Dimanche du 20 mars prenne la défense des fraudeurs et se désole que les autorité de divers pays se soient retrouvées en possession de documents qui leur permettront d'appliquer la loi. Le vrai scandale en l'occurence, c'est le labyrinthe juridique et bancaire international qui permet aux fraudeurs, surtout les plus riches d'entre eux, de cacher leur argent à l'étranger. Une riposte à la Robin des Bois est donc loin d'être injustifiée. Que les légalistes qui s'en offusquent fassent preuve de la même indignation envers les fraudeurs!

14 mars 2011

Ping Pong nucléaire

Face à l'inquiétude que soulèvent actuellement les centrales nucléaires, le Temps du 14 mars rapporte en page 3 les propos du président de la commission de l'énergie au Conseil national,le libéral-radical Jacques Bourgeois: "Nous devons rappeler qu'en Suisse des contrôles annuels sont effectués". Manque de chance, dans la même édition du Temps, juste en face, en page 2, on apprend que, comme on s'en doutait un peu, "l'Agence internationale de l'énergie atomique évalue les centrales japonaises tous les ans depuis 30 ans". Non, M.Bourgeois, nous ne sommes pas pleinement rassurés par vos contrôles.
Même jour, même page, juste à côté des propos de M.Bourgeois, on est secoué par la chancelière Angela Merkel, qui affirme que "l'Europe n'est pas exposée à la menace sismique". Et à nouveau juste en face, page 2, on peut lire qu'à Bâle, à la frontière sud de l'Allemagne, il y a eu un séisme de force 7 il y a 600 ans, comme le savaient d'ailleurs déjà de nombreux lecteurs.
Merci au Temps de nous offrir ce merveilleux match de ping-pong, qui illustre si bien l'inconséquence et l'aveuglement collectif des partisans du nucléaire. Oui, pour notre société, sortir de cette forme d'énergie mortifère sera aussi douloureux qu'un sevrage de toxicomane. Oui, cela coûtera très cher, mais certainement pas plus que notre armée, alors qu'il s'agit là de nous protéger d'un risque bien plus probable qu'une invasion étrangère.


On m'a dit que c'était passé dans le Temps

17 novembre 2010

Le Temps, "média suisse de référence", supporte-t-il la critique?

Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, est vraiment furax...

Petit rappel. L'initiative socialiste pour des impôts équitables prévoit que tous les cantons devront prélever au minimum 22% d'impôts sur les tranches de revenus dépassant 250 000 francs. Cela signifie qu'un revenu de 250 000 francs "seulement" ne serait pas concerné. Même un revenu de 500 000 pourrait très bien être imposé plus bas que 22%: un canton pourrait très bien choisir, par exemple, d'imposer à 10% la tranche du revenu au dessous de 250 000 et à 22% la tranche entre 250 000 et 500 000, ce qui donnerait un taux moyen de 16%.
Cette donnée essentielle a été l'objet d'un certain nombre d'erreurs dans les médias. En particulier, Emmanuel Garessus, éditorialiste du Temps, a affirmé qu'un revenu de 250 000 francs serait taxé à 22%. L'erreur était grossière. Il a pourtant fallu que j'adresse quatre messages, en menaçant à deux reprises de saisir le Conseil de la Presse, pour que le Temps accepte enfin de publier un rectificatif.
Comme d'habitude en pareil cas, il y avait inégalité de traitement entre désinformation et vérité. Alors que l'article fautif avait bénéficié d'un gros titre, le rectificatif devait se contenter d'un dérisoire bas de page. Pour tenter d'un peu compenser cette injustice, j'ai diffusé aussi largement que possible un texte intitulé "le Temps admet enfin son erreur", que l'hebdomadaire Domaine public a eu la bonne idée de publier.
Dans cet article, j'expliquais également à quel point il m'avait fallu insister pour obtenir le rectificatif, car cela démontrait que certains journalistes peuvent faire preuve de suffisance lorsqu'un petit lecteur de rien du tout ose les remettre en question. Cela n'a vraiment pas plu au rédacteur en chef du Temps, qui a rédigé une lettre pleines de qualificatifs infamants pour moi, ainsi que pour la rédaction de Domaine public : "sérieux problèmes de déontologie", "procédés intellectuels inqualifiables", "grave du point de vue journalistique".
Plus comiquement, M.Veya m'a accusé de "tomber" dans le "populisme" parce que j'ai osé insinuer que son journal tentait d'exercer une certaine influence sur l'opinion. "Cette initiative fait l'objet d'un traitement équitable dans nos colonnes", affirme-t-il sans rire. Pour juger de son sens de l'équité, rappelons simplement que M.Garessus, dans l'article même qui contenait l'erreur, intitulé « une foudroyante attaque contre le principal atout de la Suisse », affirmait que l'initiative menace d'"anéantir les fondements institutionnels du pays", est une "menace pour la liberté" et "une idée qui s'oppose à l'essence même de la Suisse".
Toujours sans rire, M.Veya n'est pas loin de rectifier le rectificatif de son propre journal, sous-entendant que l'erreur du Temps n'en était pas vraiment une. M.Garessus aurait simplement omis d'expliquer en détail un "mécanisme élémentaire" que chacun est censé connaître. Selon M.Veya, l'article paru dans Domaine public jette le discrédit sur le Temps. Pourtant, cet article n'expose rien d'autre que les faits. Nous laissons donc à M.Veya l'entière responsabilité de son jugement.

LIENS
Article de Domaine public, par Christophe Schouwey: Le Temps admet enfin son erreur
Réponse de M.Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, à l'article de Domaine public
Tableau comparatif entre les cantons, journal le Temps
  

10 novembre 2010

Initiative "impôts équitables": Le "Temps" admet enfin son erreur.

Ce texte peut également être lu dans Domaine public. Je précise toutefois que le Pinocchio qui l'accompagne, quoique très joli, n'est pas mon idée, car je n'ai à aucun moment affirmé que le Temps avait délibérément menti. 
 
L'initiative « pour des impôts équitables », que le peuple vote le 28 novembre, obligerait tous les cantons à imposer à 22% minimum les tranches de revenu au dessus de 250 000.-. Cette augmentation ne concernerait à peu de chose près que les cantons qui pratiquent la sous-enchère fiscale pour "piquer" les contribuables aisés des autres cantons. En outre, il faudrait qu'une personne gagne bien plus que 250 000.- pour vraiment sentir les effets de l'initiative. Par exemple, dans un canton à très basse fiscalité, une personne gagnant 300 000.- pourrait se voir taxer à 10% pour les 250 000 premiers francs et à 22% sur les 50 000 francs suivants. Elle ne payerait donc, en définitive, qu'un modeste taux moyen de 12%, impôt communal compris.

Pourtant le Temps du 13 oct. a considérablement exagéré la portée de l'initiative, affirmant qu'un revenu de 250 000 francs serait imposé à 22%. Tout le monde a le droit de se tromper; en l'occurrence, notre "quotidien romand de référence" en a fait un usage particulièrement abondant. J'ai dû envoyer pas moins de quatre courriels, en menaçant à deux reprises de dénoncer le cas au Conseil de la Presse, pour obtenir la publication du rectificatif ci-dessous, paru le 9 novembre:
"L'analyse de l'initiative fiscale comportait une erreur. Il était faux de dire que le taux d'imposition à Wollerau passerait à 22% pour des revenus de 250 000 francs. Selon l'initiative, le taux de 22% concerne chaque franc supérieur à 22%. "

Rappelons que le Temps a pris parti très vigoureusement contre l'initiative, dans au moins deux articles. Compte tenu de ce qui précède, on peut se demander si cette prise de position est vraiment réfléchie. Rappelons aussi que l'erreur du Temps avait déjà été commise dans l'Impartial, l'Express et la Liberté, qui avaient été induits en erreur par le professeur d'université fribourgeois Bernard Dafflon, pourtant spécialiste de la fiscalité. Tout comme le Temps, ces journaux ont depuis admis qu'ils s'étaient trompés. 

Il n'est pas anodin que la presse romande ait diffusée une information erronée sur un sujet passant en votation. Cette erreur a pu amener certains votants à exagérer la portée de l'initiative socialiste et à croire que leurs impôts risquaient d'augmenter alors que ce n'était pas le cas. J'appelle donc tous les lecteurs de la présente à faire en sorte que la population soit informée correctement et puisse voter en connaissance de cause. 



Pour l'article suivant sur la même affaire:      Le Temps, média suisse de référence, supporte-t-il la critique?

Charlatans et démographes.

Le Temps, qui se veut "quotidien romand de référence", ne devrait pas toujours reprendre telles quelles toutes les dépêches de l'AFP, comme celle du 4 novembre où on peut lire que l'espérance de vie en Allemagne atteint 82 ans pour une fille et 77 ans pour un garçon "nés aujourd’hui". Serais-je tombé sur un scoop? personne ne peut savoir combien d'années vivront en moyenne ceux et celles qui naissent aujourd'hui. En revanche, on connaît le taux de mortalité en 2009 des enfants avant 1 an, le taux de mortalité en 2009 des enfants entre 1 et 2 ans, et ainsi de suite jusqu'au taux de mortalité en 2009 des personnes entre 114 et 115 ans. Si ces taux restaient constants, alors oui, la génération 2009 vivrait en moyenne le nombre d'années calculé par les statisticiens. Mais il est vraiment très très peu probable qu'il en soit ainsi. On espère que la mortalité baisse, mais une épidémie ou un accident nucléaire pourraient inverser la tendance. La notion d'espérance de vie est utile pour résumer en un seul chiffre les taux de mortalité de toute la population, et comparer la situation actuelle d'un pays avec sa situation passée ou avec celle d'autres pays. Mais il ne faudrait pas confondre la calculette des démographes avec la boule de cristal des charlatans.

Envoyé à la date ci-dessus. Je ne sais pas si cela a été publié

25 octobre 2010

Les économistes sont-ils vraiment des scientifiques?


L'Impar-Express du 19 octobre nous explique les arguments des opposants à l'initiative socialiste « pour des impôts équitables ». Ils en appellent à « l'opinion de scientifique » du professeur Bernard Dafflon. Chacun est libre de ses opinions politiques, mais il n'est pas sérieux de faire croire qu'il s'agit de « science ». Ainsi, les opposants prétendent que l'initiative va rendre "les cantons périphériques" vulnérables face à la concurrence internationale. En réalité, elle vise justement l'inverse: nous préserver de la dangereuse concurrence fiscale des cantons de Suisse centrale. Les opposants s'inquiètent également de la perte d'autonomie fiscale des cantons. Mais n'oublions pas que ceux-ci n'ont ni leur propre monnaie, ni le droit de taxer les produits qui traversent leurs frontières. A partir du moment où entreprises, individus et capitaux circulent librement, pourquoi devrait-il y avoir des impôts différents à quelques kilomètres de distance? A tout espace économique unifié devrait correspondre un système fiscal unifié, faute de quoi règne une concurrence fiscale qui ne profite qu'aux privilégiés. L'accumulation de richesse par une petite minorité signifie moins d'argent pour la vaste majorité, donc moins d'activité économique. L'initiative socialiste, qui contribue à réduire les inégalités, est donc une excellente mesure pour lutter contre cette crise qui ne fait peut-être que commencer. En donnant plus de moyens à l'Etat, elle pourrait permettre à ce dernier de diminuer les charges financières qui pèsent sur Monsieur et Madame Tout-le-monde, ainsi que de financer les investissement dont nous avons besoin en matière de transports, de santé ou d'énergie renouvelables.

Non publié

15 octobre 2010

initiative socialiste et liberté

Journal possédé par des riches, le Temps défend les intérêts des riches. Dans son article du 13 octobre, Emmanuel Garessus qualifie l'initiative socialiste contre les abus de la concurrence fiscale de "menace pour la liberté". Il n'a visiblement pas compris la différence entre la liberté, droit à décider de sa propre vie, et le pouvoir, droit à décider de la vie des autres. A partir d'un certain niveau, la richesse relève clairement de la seconde catégorie. M.Garessus déplore également que les cantons risquent de perdre leur "souveraineté fiscale". Mais la concurrence fiscale entre cantons, et plus largement entre pays, ne sert qu'à préserver les intérêts de ceux qui ont les moyens de déplacer leur domicile comme bon leur semble. Contre ce tourisme de l'évasion fiscale, la logique et l'équité voudraient qu'à tout marché unique corresponde un système fiscal harmonisé. Cela garantirait aux Etats les moyens financiers de cette souveraineté que M.Garessus prétend défendre. En récupérant une partie plus importante de la richesse accaparée par une minorité, l'Etat pourrait se donner les moyens d'assurer des prestations de qualité en baissant les impôts des classes modestes et moyennes. Pour la plupart des gens, l'initiative socialiste est donc tout le contraire d'un "programme de hausse d'impôts". La seule chose qu'on puisse lui reprocher, c'est qu'elle ne dépasse pas les frontières de la Suisse, alors que l'Union europénne aurait un urgent besoin d'une réforme du même genre. Dans un grand moment de comique, M.Garessus affirme également que "les cantons en bonne santé recevraient davantage d’argent que nécessaire et seraient incités à le dépenser dans des tâches superflues". Il pense apparemment que les particuliers ne font jamais rien de "superflu". Si on le suit jusqu'au bout, une Rolls Royce ou une piscine privée, c'est utile, alors que des transports publics performants ou des piscines municipales haut de gamme, c'est superflu. Lorsque la Norvège, pays qui a "trop" de revenu, fait des réserves pour les générations futures, c'est superflu, au contraire des bulles spéculatives gonflées par ces riches qui utilisent l'argent tellement mieux que les autorités élues démocratiquement.

01 octobre 2010

Libéralisation et contrats-prisons

En première page du Temps du 30 septembre, Bernard Wutrich fait un éloge appuyé de la « libéralisation » qui « peut  inciter les opérateurs à améliorer leurs offres ». « Le marché des télécommunications en est la preuve », affirme-t-il. Il ne semble pas y avoir de limite à la foi de M.Wutrich dans le pouvoir privé des entreprises et à sa méfiance envers le pouvoir public contrôlé démocratiquement. En parlant de télécommunications, l’entreprise Cablecom vient de m’envoyer mon nouveau contrat. Tenez-vous bien: dans un an le contrat sera automatiquement reconduit pour une nouvelle période de douze mois, sauf si je le résilie avec trois mois de préavis. Ce qu’on appelle la « libéralisation » m’a donc amené à signer un "contrat-prison" abject, qui vise à me piéger et dont la seule justification est justement d’empêcher la concurrence : Cablecom veut qu’il me soit plus difficile de changer d’opérateur. J’espère que cet exemple fera un peu mieux comprendre à M.Wutrich que pour les capitalistes, la concurrence n’est qu'un prétexte hypocrite et un moyen d’arriver au monopole. 
 
Envoyé à la date ci-dessus. On m'a dit que c'était passé

20 septembre 2010

Les caisses-maladies mentent grossièrement !


Une vaste campagne d'affichage couvre actuellement les murs de nos villes pour glorifier les caisses-maladie, très probablement financée d'une façon où d'une autre avec l'argent de nos primes. Comme si cela n'était pas assez scandaleux, on peut lire sur une de ces affiches que les caisses n'ont « pas le droit de faire de profit ». Cela est un mensonge si grossier qu'il devrait être poursuivi en justice, mais je ne sais pas s'il existe une loi qui interdit la diffusion volontaire de fausses informations par des moyens de communication de masse.
Rappelons que si la LAMal interdit bel et bien aux caisses-maladie de faire du profit sur l'assurance de base, elles ont tout à fait le droit d'en faire avec les complémentaires. En quelque sorte, les caisses-maladie travaillent à but non lucratif le matin et cherchent à gagner le plus d'argent possible l'après-midi (à moins que cela soit l'inverse). C'est ce système bizarre qui crée la confusion et permet aux caisses-maladie de nous mentir toute la journée.




Envoyé à tout mon fichier presse. Publié, paraît-il, dans le Nouvelliste et le Courrier

15 septembre 2010

Le PLR est-il vraiment contre la bureaucratie?

Difficile de ne pas hurler de rire en apprenant qu'un parti gouvernemental, en l'occurrence le Parti libéral-radical, lance une initiative pour lutter contre la bureaucratie. La « montagne de papier » qu'ils dénoncent à juste titre, c'est eux qui l'ont érigée.

Lorsque dans les années 60, le POP a lancé une initiative pour augmenter les rentes AVS, les partis gouvernementaux ont préféré créer le deuxième pilier. Deux systèmes de retraite au lieu d'un: bravo pour la simplicité. Des centaines de milliers de gens sont obligés de changer de caisse-maladie chaque année et la droite ose appeler cela libre choix. Dans nôtre drôle de pays, plutôt que de calculer en une seule fois l'argent que le salarié doit à la collectivité (ou l'inverse), différents services facturent séparément impôt cantonal, impôt fédéral, AVS-AI, deuxième pilier, assurance-maladie, assurance-accidents, taxe déchet, voire taxe militaire, tout en reversant simultanément des allocations familiales et des subsides pour l'assurance-maladie. Autant imaginer un supermarché avec des caisses séparées pour les bananes, les raisins secs, les melons et la salade. Tout cela complique non seulement la vie des citoyens, en particulier les petits entrepreneurs, mais amène également toutes sortes d'injustices et d'incohérences, comme ces cas de personnes qui se retrouvent avec moins d'argent quand leur salaire augmente. La seule fonction de cette ridicule usine à gaz, c'est de donner argent, pouvoir et prestige aux juristes et aux politiciens qui la maîtrisent.

Impossible de ne pas signer une initiative qui affirme que «toute personne a droit à des lois compréhensibles et à leur application simple, non bureaucratique et efficace», mais non sans dénoncer le double jeu de ceux qui la lancent.

05 juillet 2010

Pressions politiques sur l’ADC

La dernière assemblée de l’Association de défense des chômeurs de La Chaux-de-Fonds, tenue le 30 juin, a été honorée de la présence de Laurence Aellen, cheffe par intérim du Service de l’emploi. Mme Aellen est venue faire part de son mécontentement quant aux critiques émises envers l’ORP par la permanente de l’ADC, Virginie Rochat, qui avait dénoncé à la presse le cas d’une femme injustement exclue des prestations de l’assurance-chômage : "Elle s'est fait «piéger», comme beaucoup de chômeurs qui oublient que le conseiller ORP a aussi une casquette de policier"(Impartial et Express, 6 et 8 mai derniers). Mme Aellen a le droit de contester l’interprétation des faits en question. Mais elle a choqué la plupart des personnes présentes en rappelant haut et fort que l’ADC est subventionnée par « ses » services et en laissant clairement entendre que l’association a du soucis à se faire si elle ne se tient pas tranquille. Difficile de faire passer plus clairement le message « qui paye commande ». Permettons-nous donc de rappeler à Mme Aellen que ce n’est pas de son argent qu’il s’agit, mais bien de celui du contribuable. Toute démocratie a besoin de contre-pouvoirs, tout particulièrement notre canton dont le gouvernement est en panne de crédibilité. Il est donc tout à fait sain que l’ADC, subventionnée pour un travail social consistant à assister les personnes en difficulté sur le marché du travail, ait le droit de critiquer l’ORP.

03 janvier 2010

Terrorisme : éduquer pour prévenir

Le monde entier est consterné qu’un jeune homme de bonne famille nigériane comme Abdul Farouk Omar Abdulmutallab ait tenté de se faire sauter en compagnie de près de trois cent passagers du vol Amsterdam-Détroit. Pourtant, qu’un fils de banquier devienne terroriste, cela n’est pas si étonnant (même si cela aurait pu être
détonnant).

Les banquiers adorent Pluton, le dieu de la richesse et des enfers. Ils cherchent l’enrichissement personnel, financent les marchands d’armes et sont prêts en toute mauvaise conscience à exterminer des masses humaines à petit feu, en s’alliant à des vendeurs de tabac, de pétrole ou de boissons sucrées. Ils espèrent que cela se sache le moins possible. Ils recrutent des armées d’avocats pour contourner les
lois des hommes.

Les terroristes vénèrent Allah. Ils sont prêts à sacrifier leur vie,sont client des marchants d’armes et considèrent que leur devoir est de tuer des infidèles à coup de grandes explosions. Ils font tout pour faire parler d’eux. Ils pensent que seul Dieu peut les juger.

Même si tant de différences nous interdisent tout amalgame, force est de constater que les uns comme les autres considèrent que la fin justifie les moyens. Le destin d’Abdul Farouk Omar Abdulmutallab n’est donc pas si illogique qu’on essaie de nous le faire croire. Il convient donc dès à présent que les services secrets du monde
entier surveillent de plus près l’éducation des enfants de banquiers. Peut-être même faudrait-il les confier à des institutions spécialisées. Nous devons nous mobiliser sans tarder, car notre
sécurité en dépend.

C'est bien évident, cela n'a été publié nulle part!

02 janvier 2010

M.Frédéric Hainard est-il un voyant ?


En ce début d’année, l’Impartial et l’Express ont une curieuse tendance à rapporter les propos de personnes prétendant prévoir l’avenir. Après avoir consacré un article entier à un soi-disant voyant, ils nous ont fait part de la prédiction de… M.Frédéric Hainard, conseiller d’Etat.
Nous sommes un certain nombre à penser qu’il est regrettable qu’un article ait offert de la publicité gratuite à un diseur de bonne aventure, dont la profession consiste à exploiter la naïveté des personnes les moins éduquées et les plus fragiles pour leur soutirer un maximum d’argent. L’Impartial et l’Express sont même allés jusqu’à publier le numéro de téléphone de cet individu ! L'ayant appelé pour voir, je me suis vu proposer une consultation à 100 francs. A ce prix-là, on peut se demander si L’Impar et l’Express ont vraiment envie que leurs lecteurs soient fauchés au point de ne plus pouvoir payer leurs abonnements.
Quelques jours plus tard, soit le 9 janvier, ont pouvait lire que, selon M.Hainard, « la hausse du chômage pourrait se poursuivre jusqu'en 2013 ». Rien à reprocher ici à nos journaux préférés, qui n’ont fait que rapporter les propos d’un membre de notre gouvernement. Mais on peut s’interroger quant au sens des responsabilités d’un Conseiller d’Etat qui essaie de nous faire croire qu’il sait combien de temps va durer la crise. Evoquer une date précise relève d’un manque de respect pour les citoyens. M.Hainard devrait avoir le courage de nous avouer que, pas plus que quiconque, il ne peut prévoir la conjoncture économique plusieurs années à l’avance, car elle dépend de la combinaison des actes imprévisibles et souvent peu rationnels des habitants de toute la planète. Les économistes qui prétendent le contraire ne valent guère mieux que les voyants.
Mes seules prédictions pour 2013, c’est qu’il y aura des élections. Peut-être alors M.Hainard nous dira–t-il : « J’avais bien dit que l’économie irait mal jusqu’en 2013. Mais en 2014, tout ira mieux. Vous pouvez donc me réélire en toute confiance ».  Bien sûr, le calcul que je prête à M.Hainard n’est qu’une interprétation. Mais s’il la conteste, qu’il nous dise alors par quelle savante équation, par quelle boule de cristal, par quelle illumination, la date de 2013 lui a été révélée.

On m'a dit que c'était passé 

18 décembre 2009

La morale de Merz est-elle vraiment meilleure?


Hans Rudolf Merz tonitrue contre la France, qui « entend utiliser des documents dont la provenance est illégale » (Le Temps, 17 décembre). Tout cela parce que le fisc français, qui veut poursuivre des clients de la succursale genevoise de la banque HSBC, aurait eu connaissance de l’identité des personnes concernées suite au vol, par un informaticien de la banque, d’une liste confidentielle. Mais la colère de notre ministre est-elle vraiment justifiée ? Imaginons que la police, en perquisitionnant en toute légalité le butin d’un cambrioleur, trouve des documents volés qui prouvent qu’une autre personne a commis un meurtre.  M. Merz trouverait-il alors si scandaleux que la police utilise « des documents dont la provenance est illégale » ?
La question se compliquerait un peu dans l’hypothèse, que rien pour l’instant ne démontre, où l’Etat français aurait acheté la liste à l’informaticien de HSBC, se rendant ainsi complice du vol. On pourrait alors se demander si la fin justifie bien les moyens. Mais les banquiers suisses et leur porte-parole au sein du gouvernement, M. Merz, sont-ils vraiment à même de poser cette question de morale, alors même qu’ils sont prêts, pour parvenir à leurs fins, à employer des moyens aussi discutables que l’assistance à l'évasion fiscale de citoyens étrangers ?

Je ne sais plus s'ils l'ont publiée

14 décembre 2009

Legrix tapis dans l'ombre

M.Pierre Hainard, conseiller communal chaux-de-fonnier démissionnaire et candidat au Parlement fédéral, n’est pas un UDC typique. Nombre d’observateurs avertis estiment d’ailleurs qu’il a participé à la création de l’UDC dans le canton uniquement par ambition personnelle, parce que c’était à l’époque la seule façon pour lui d’accéder au Conseil communal, pour lequel ses ex-camarades de parti, les radicaux, n’avaient pas voulu le désigner.
Son image d’UDC modéré et consensuel, encore largement fidèle aux idées radicales, permet à M.Hainard d’être apprécié au-delà des rangs de son parti: au dernières élections communales, plus de 30% de ses voix provenaient de l’électorat non-UDC. Ces électeurs se doutaient-ils alors que leurs voix allaient favoriser l’entrée à l’exécutif de la Chaux-de-Fonds du premier vient-ensuite, M.Jean-Charles Legrix, qui représente l’aile la plus dure et antisociale de l’UDC ? La question est plus importante qu’il n’y paraît, car le scénario pourrait se répéter prochainement. En effet, si les électeurs neuchâtelois propulsent M.Hainard à Berne le 17 janvier prochain, ils le placeront en position idéale pour être réélu en 2011. Rien n’indique alors qu’il ira au bout de son mandat : rappelons qu’il vient de démissionner d’un poste auquel il avait pourtant promis de rester quatre ans. S’il se retire, comme la loi aura changé, cela entraînera alors automatiquement l’élection de son premier vient-ensuite, dont on peut parier qu’il sera comme d’habitude M.Legrix. Avant de voter pour M.Hainard, les électeurs neuchâtelois feraient donc bien de se demander s’ils souhaitent vraiment prendre le risque de favoriser la carrière d’un représentant de l’aile dure de l’UDC…

04 décembre 2009

Une recette faite de bénévolat et de convivialité

Lieu social, le restaurant Ekir à La Chaux-de-Fonds inaugure une nouvelle façon de consommer.
C’est sans doute le meilleur rapport qualité-prix en ville de La Chaux-de-Fonds. Le restaurant Ekir vous accueille tous les midis du lundi au vendredi dans les anciens locaux de l’Association de défense des chômeurs, rue de la Serre 90, à deux pas de la gare. Le repas complet avec la salade, le dessert et la cruche d’eau posée sur la table ne coûte que sept francs pour les adultes et trois francs pour les enfants. Pour ceux qui souhaitent compléter par un verre de vin ou un café, les boissons sont toutes à un franc. Ekir est un lieu ouvert à tout un chacun, sans exception. Les clients qui se sentiraient gênés par les prix trop bas sont tout à fait libres de verser une contribution supplémentaire au moment de l’addition ou de glisser un petit quelque chose dans la boîte prévue à cet effet. A moins qu’ils ne préfèrent se contenter des soirées de soutien organisées de temps à autre, où le repas est à 20 francs.
Etre comme on est vraiment
Le secret tient en un mot : bénévolat. Certains sont là tous les jours ou presque, d’autres ne viennent qu’occasionnellement : ils sont plusieurs dizaines au total. Il suffit d’avoir « du temps et du cœur », que l’on soit débutant ou cuisinier chevronné. Rentiers AI, bénéficiaires de l’aide sociale, chômeurs ou sans-papiers font la cuisine, le service ou le nettoyage aux côtés de gens plus aisés, sans aucune différence de traitement. Peu importe que tous n’aient pas le même rythme de travail. Tous bénéficient d’un repas gratuit les jours où ils travaillent, mais viennent avant tout chercher le contact humain et le plaisir de donner quelque chose.
Programme d’insertion
Si le rendement n’est pas la préoccupation essentielle d’Ekir, cela n’empêche pas certaines personnes de faire preuve d’une efficacité et d’un sens des responsabilités remarquables, alors qu’elles sont rejetées par le marché de l’emploi, voire même considérées officiellement comme incapables de travailler. Elles expliquent ce paradoxe par l’absence d’obligations, l’absence de hiérarchie et le droit d’aller à leur propre rythme : « Ici, on peut être comme on est vraiment, pas comme dans la vraie vie ». Le plaisir de voir immédiatement le résultat de son travail est également invoqué, par opposition à ces usines où l’on fabrique des composants dont on ne sait même pas à quoi ils vont servir. Ekir est donc en quelque sorte un programme d’insertion autogéré. Là encore, le rapport qualité-prix est imbattable, car il n’y a pas besoin de salarier le moindre travailleur social, ce qui contribue également à renforcer l’attrait du lieu pour les gens qui ont des problèmes d’insertion. Ici, on n’est pas un « dossier » à traiter, mais simplement un collaborateur dont le travail est reconnu et apprécié et auquel les clients sont redevables.
Avis aux amateurs
Dans cette association sans comité et sans hiérarchie, chacun a son mot à dire à l’assemblée, où entre dix et vingt personnes planifient chaque mercredi soir le travail de la semaine suivante. Le menu hebdomadaire est ensuite largement diffusé, afin que les clients puissent choisir le jour dont le menu les allèche le plus. Le vendredi est le jour des spécialités, qui sont aussi variées que les origines géographiques des cuisiniers. Les bénévoles d’Ekir ne se contentent pas de faire de la restauration mais cultivent également un jardin, d’où ils tirent une partie de leurs légumes. Les murs de la salle à manger, qui accueillent pour l’instant les toiles de Samuel Müller, sont prêts à s’ouvrir à d’autres artistes. En soirée, Ekir abritait également un cybercafé encore très récemment, mais les locaux se sont finalement révélés inadaptés. Il y a donc de la place pour de nouvelles activités, avis aux amateurs.
Une grande ambition
Pourtant, la survie à long terme d’Ekir n’est pas encore complètement assurée. En effet, si le prix payé par les clients pour le repas couvre l’achat de la nourriture, l’association dépend pour son loyer de soutiens au coup par coup. Les négociations avec les autorités chaux-de-fonnières en vue d’une subvention permanente sont toujours en cours. Paradoxalement, le dossier est plus avancé avec la ville voisine, Le Locle, qui semble disposée à verser quelques milliers de francs par année à un restaurant social qui ne se trouve pourtant pas sur son territoire. Une ouverture d’esprit admirable qui permettra peut-être à Ekir de réaliser une de ses plus grandes ambitions : baisser le prix du repas…

20 novembre 2009

Pourquoi je ne suis pas communiste

A l’heure où le Parti suisse du Travail envisage sérieusement de s’appeler « Parti communiste suisse », il est important de rappeler que tous ses membres ne se considèrent pas comme « communistes ». Ne pouvant parler au nom de tous, je n’exposerai dans ici que ma vision personnelle, même si je pense que de nombreux camarades me rejoignent sur bien des points.

J’étais communiste à quinze ans. Je rêvais d’une société sans argent, formée de citoyens suffisamment responsables pour travailler bénévolement et consommer sans abuser. D’ailleurs, tout le monde agit de temps à autre dans l’intérêt collectif sans chercher d’avantage personnel, que ce soit en travaillant bénévolement ou simplement en triant ses déchets. Plus ces comportements seront répandus, mieux nous vivrons ; peu importe que l’on appelle cela « communisme », « christianisme », « islam », « humanisme » ou « sens civique ». Mais je ne crois plus que toute la société puisse reposer sur ce principe et que des gens ordinaires tels que moi-même puissent construire une société complètement communiste. J’éprouve la même sympathie pour ceux qui croient à un futur communiste que pour ceux qui croient en un Dieu d’amour, mais je suis incroyant dans les deux cas.

Chacun choisit sa vie

Le peuple n’étant pas spontanément communiste, on a parfois envie que l’Etat l’y force. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en partie, en Suisse comme ailleurs, et c’est très bien ainsi. Des institutions comme l’impôt progressif, les assurances sociales et bien d’autres, que le Parti a toujours défendues, sont inspirées de la devise communiste « de chacun ses capacités, à chacun ses besoins ». Ce principe contribue à rendre notre société plus humaine et plus juste. Mais un Etat qui le pousserait jusqu’à son extrême limite, décidant des capacités et besoins de chacun dans les moindres détails, ne serait-il pas liberticide ?

Certains souhaitent avoir un minimum de soucis et un maximum de temps libre, pendant que d’autres aspirent aux responsabilités et sont prêts à travailler quatre-vingts heures par semaines. Ceux qui attachent peu d’importance aux biens matériels sont perplexes face à ceux qui rêvent de luxe et sont prêts à trimer comme des fous, contribuant de la sorte à la prospérité commune. Au nom de quoi devrions-nous empêcher chacun de choisir sa vie ?

Ne pas confondre pouvoir et liberté

Jusqu’à présent, certains lecteurs se demandent peut-être en quoi je me distingue de la droite modérée, qui défend elle aussi un compromis entre liberté économique et solidarité. Il faut, tout simplement, différencier clairement liberté et pouvoir : faire ce qu’on veut de sa vie, ce n’est pas la même chose que faire ce qu’on veut de la vie des autres. La liberté de garder le fruit de son labeur est une bonne chose et n’a rien de capitaliste, car l’essence même du capitalisme est le pouvoir de garder le fruit du labeur des autres. Le petit entrepreneur qui crée des richesses en ne gagnant pas forcément plus que ses employés n’est pas un capitaliste. Au contraire, il vit de son travail et est exploité lui aussi par les millionnaires et milliardaires, ceux qui sont convaincus que c’est leur argent qui travaille. Eux que nous laissons à tort s’appeler « libéraux », alors qu’ils ne défendent pas tant la liberté de créer de la richesse que le pouvoir de se l’approprier.

Une tendance parmi d’autres

Au sein du Parti, Je n’ai jamais affirmé quoi que ce soit de contraire à ce qui figure dans cet article. Il est vrai que j’ai laissé, sans réagir, des camarades affirmer que nous étions un parti communiste, sous-entendant ainsi que j’étais d’accord avec eux, moi qui voulais simplement éviter un long et épuisant débat dont je ne percevais pas l’utilité, alors même que nous sommes d’accord sur l’essentiel des actions à mener ici et maintenant. Mais s’il y a un malentendu, je n’en suis pas le seul responsable, car on ne m’a jamais demandé si j’étais communiste ou pas. Le Parti ressemble un peu à une église qui accepterait les athées : on peut y adhérer sans être communiste, mais il ne faut pas le dire trop fort. J’ai toujours espéré quant à moi que ceux qui se disent « communistes » accepteraient à la longue de devenir une tendance du Parti parmi d’autres. Leur volonté de s’approprier maintenant le Parti en changeant son nom est un facteur de division et risque d’en éloigner des militants potentiels. Même si j’étais communiste, j’hésiterais donc sérieusement à baptiser ainsi Parti suisse du Travail.

16 novembre 2009

Assurance gratuite contre les islamistes

« Les loyers augmenteront si la nouvelle loi sur l’énergie est acceptée ». C’est que nous affirment certains milieux de l’immobilier dans l’Impartial du 15 novembre. En guise de preuve, ils nous brandissent le devis d’un seul immeuble et affirment que la loi entraînerait, pour un loyer de 950 francs, une augmentation de CHF 134.25, car les frais d’isolation du bâtiment ne seraient pas amortis par l’économie d’énergie réalisée. Toutefois, il n’est pas précisé que ce chiffre, prétentieusement donné au centime près, n’est qu’une estimation dépendante du prix du pétrole, qui augmentera à coup sûr dans un avenir pas si lointain. S’il n’est certes pas impossible que la loi sur l’énergie entraîne une hausse temporaire des dépenses de certains locataires, ceux-ci seront gagnants à la longue. De plus, l’argent dépensé pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments le sera dans la région et contribuera aux finances de l’Etat neuchâtelois plutôt qu'à celles de Khaddafi ou du régime Saoudien. Plutôt que de vouloir interdire des minarets totalement inoffensifs, j’espère que le peuple neuchâtelois aura la sagesse de se rendre moins dépendant des régimes islamistes et de prendre une assurance gratuite contre les prochains chocs pétroliers en votant OUI à la nouvelle loi sur l’énergie.

13 mai 2009

La pseudo-science de la finance


« La physique quantique pour nous sortir de la crise financière » : c'est ce que propose M. Sandro Schmidt dans le Temps du 12 mai. Voilà un financier de plus qui veut nous faire croire que lui-même ou ses collègues, grâce aux mathématiques, ont des dons qui dépassent notre entendement. Il veut nous faire oublier que sa branche a une fonction en fait assez terre à terre : collecter l’argent des épargnants pour le prêter à des entrepreneurs soumis aux aléas les plus imprévisibles de la folie humaine (domaine dans lequel un certain bon sens est un guide plus sûr que des modèles mathématiques irréalistes).
Malheureusement, les financiers se sont rendu compte qu’ils gagnaient plus d’argent en jouant un rôle d’intermédiaires parasites inventant des « produits financiers » si tarabiscotés que même certains professionnels avouent qu’ils ne savent pas ce qu’ils vendent. Ce n’est sans doute pas les mathématiques de la physique quantique, encore plus complexes, qui vont les y aider.
Il n’est pas sans piquant de rappeler que la fonction première des « produits » financiers les plus élaborés est en théorie de permettre une meilleure gestion du risque, maintenant que cette croyance a contribué à aggraver la pauvreté dans le monde entier (alors la plupart des responsables du désastre continuent à encaisser de juteux salaires pour propager leurs superstitions nuisibles).  
Il est temps de comprendre enfin l’évidence: plus on ajoute d’intermédiaires et plus on complexifie les modèles, plus les rapports économiques sont opaques. En dernière analyse, la prolifération parasitaire des financiers a pour principale conséquence d’amener les épargnants à prêter de  l’argent à des gens  à qui ils ne devraient pas en prêter. Et nous ne sommes pas encore relevés de la crise que M. Sandro Schmidt nous invite à nous faire de nouvelles illusions pour de nouvelles chutes...
« La physique quantique pour nous sortir de la crise financière » : c'est ce que propose M. Sandro Schmidt dans le Temps du 12 mai. Voilà un financier de plus qui veut nous faire croire que lui-même ou ses collègues, grâce aux mathématiques, ont des dons qui dépassent notre entendement. Il veut nous faire oublier que sa branche a une fonction en fait assez terre à terre : collecter l’argent des épargnants pour le prêter à des entrepreneurs soumis aux aléas les plus imprévisibles de la folie humaine (domaine dans lequel un certain bon sens est un guide plus sûr que des modèles mathématiques irréalistes).
Malheureusement, les financiers se sont rendu compte qu’ils gagnaient plus d’argent en jouant un rôle d’intermédiaires parasites inventant des « produits financiers » si tarabiscotés que même certains professionnels avouent qu’ils ne savent pas ce qu’ils vendent. Ce n’est sans doute pas les mathématiques de la physique quantique, encore plus complexes, qui vont les y aider.
Il n’est pas sans piquant de rappeler que la fonction première des « produits » financiers les plus élaborés est en théorie de permettre une meilleure gestion du risque, maintenant que cette croyance a contribué à aggraver la pauvreté dans le monde entier (alors la plupart des responsables du désastre continuent à encaisser de juteux salaires pour propager leurs superstitions nuisibles).  
Il est temps de comprendre enfin l’évidence: plus on ajoute d’intermédiaires et plus on complexifie les modèles, plus les rapports économiques sont opaques. En dernière analyse, la prolifération parasitaire des financiers a pour principale conséquence d’amener les épargnants à prêter de  l’argent à des gens  à qui ils ne devraient pas en prêter. Et nous ne sommes pas encore relevés de la crise que M. Sandro Schmidt nous invite à nous faire de nouvelles illusions pour de nouvelles chutes...

Lettre de lecteur publiée dans le Temps

29 avril 2009

Démocratie à la mode Raiffeisen


Je me souviens il y a quelques années avoir vu à la télévision une assemblée des actionnaires de l’UBS où deux ou trois « gros » actionnaires, debout au premier rang, mettaient à eux seuls en minorité une salle entière de petits actionnaires en colère. Une telle chose n’est évidemment pas possible dans une coopérative comme la banque Raiffeisen des Montagnes neuchâteloises, qui a tenu son assemblée le 24 avril dernier : la voix de chacun des 619 coopérateurs présents au Locle avait la même valeur. Etant de ceux qui croient que la démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes des entreprises, j’y ai proposé que Raiffeisen Montagnes neuchâteloises prenne position contre les salaires abusifs des dirigeants de Raiffeisen Suisse et se prononce en faveur d’un plafonnement à 600 000 francs par an du salaire du directeur, qui se déplacerait paraît-il en jet privé et gagnerait un ou deux millions par année (Je m’excuse de l’imprécision, mais le Conseil d’administration de Raiffeisen Montagnes neuchâteloises n’a pas été en mesure de me donner des chiffres plus précis, faisant preuve d’un étonnant manque d’intérêt pour un sujet qui devrait pourtant le concerner au premier chef).
Je dois avouer que j’ai un peu honte de ma modération presque extrémiste, sachant ce que 600 000 francs représentent pour la plupart des gens, sachant aussi que nombreuses personnes dont l’activité demande des qualités bien plus pointues que celles d’un directeur de banque se contentent de rémunération infiniment moins élevés. Bien des banquiers nous ont d’ailleurs prouvé ces derniers temps que les salaires pharaoniques ne sont nullement une preuve de compétence. 
Pourtant, le président du Conseil d’administration a refusé de mettre ma proposition au vote, sans même m’expliquer pourquoi il s'y  opposait. Il m’a simplement expliqué que le Conseil d’administration détient la prérogative exclusive de fixer l’ordre du jour de l’Assemblée des coopérateurs, dont les compétences sont ainsi extrêmement réduites, puisqu'elle doit se contenter de dire "oui" ou "non" à ce qu'on lui propose. Et c’est ainsi que j’ai découvert les limites de la démocratie à la mode Raiffeisen... Reconnaissons malgré tout que la fondue chinoise offerte était excellente.


Non publié

09 avril 2009

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?

Obama et le Conseil fédéral : qui est pire ?
Les économistes les plus en vue critiquent sévèrement le nouveau plan de sauvetage des banques américaines…

« J’aimerais dissiper un malentendu. La Confédération ne verse pas l'argent du contribuable dans une banque. Je n'aurais jamais admis une telle décision. Il s'agit simplement d'un prêt à UBS, au taux de 12,5% ». Voilà ce qu’Hans-Rudolf Merz répondait le 8 novembre de l’an dernier aux journalistes du Temps qui l’interrogeaient au sujet du « joli cadeau » accordé à l’UBS. Merz disait la vérité, mais à hauteur de moins de 10%, soit les 6 milliards de francs suisses prêtés par la Confédération à l’UBS.
Les journalistes du Temps se gardaient bien de lui poser la question qui fait mal : que pensez-vous donc des 54 milliards de dollars avancés par la Banque Nationale Suisse ? Rappelons que la BNS prête cette somme, supérieure au budget annuel de la Confédération, dans une « société à but spécial ». En cas de faillite de cette société, une partie de l’argent prêté pourra être perdu par la BNS, sans possibilité de le réclamer à l’UBS, même si celle-ci retrouve le chemin du profit dans l’intervalle. Cette éventualité est tout sauf improbable, quand on sait que le « but spécial » en question est de racheter à l’UBS des « actifs pourris » à un prix d’achat fixé par des « experts », qui sera à n’en pas douter un prix « politique », un prix que personne d’autre n’est prêt à mettre.

Marché faussé
Confronté au même problème que la Confédération, Barack Obama a choisi une « solution » similaire. Personne sur le marché n’est prêt à acheter les actifs pourris à un prix que les banques pourraient accepter sans se retrouver immédiatement en faillite. Donc, il faut les racheter au prix fort avec de l’argent public. 
Toutefois, plutôt que sur des experts, l’administration américaine compte sur le marché pour fixer le prix. Mais comment faire pour que ce prix soit artificiellement surévalué ? Comment convaincre les investisseurs d’acheter des actifs trop cher, c’est à dire en sachant qu’une baisse est beaucoup plus probable qu’une hausse ? Personne ne serait assez fou pour faire un tel pari, à moins de pouvoir jouer l’argent de quelqu’un d’autre, en l’occurrence celui des contribuables américains.
Afin de fausser le marché dans le sens désiré, l’Etat américain a lancé récemment un programme permettant aux investisseurs de créer des fonds d’investissements publics-privés, destinés à racheter des actifs pourris. L’argent nécessaire sera avancé à 93% par l’Etat, à raison de 86% sous forme de prêt et 7% sous forme d’actions du fonds. Un investisseur peut donc acquérir des actifs pourris en avançant seulement 7% de leur prix, ce qui correspond à la moitié des actions du fonds. En cas de faillite du fonds, le prêt de l’Etat ne sera pas remboursable.
De ces petits montages entre amis, il résulte qu’en cas de baisse des actifs, l’Etat peut perdre jusqu’à 13 fois plus d’argent que l’investisseur ! En revanche, si le prix des actifs monte, le gain est partagé à 50-50 entre l’investisseur et l’Etat, qui sont actionnaires à parts égales, bien que l’Etat ait investi 11 fois plus! Dans l’hypothèse où le prix d’un paquet actif augmenterait de 50%, le gain de l’investisseur serait de 350% de la mise de départ, alors que l’Etat ne gagnerait que 27% de sa mise !

Obama pire que Bush ?
Certains des plus fameux économistes américains ont vertement critiqué ce plan, dont les deux prix Nobel classés « à gauche » que sont Paul Krugman et Joseph Stieglitz, ce dernier estimant qu’il s’agit d’« un partenariat dans lequel un partenaire vole l’autre ». Même pour Jeffrey Sachs, néo-libéral promoteur des thérapie de choc, le plan de l’administration Obama est « une tentative à peine voilée de transférer des centaines de milliards de dollars d’argent public aux banques commerciales, en achetant aux banques des actifs toxiques bien au dessus de leur valeur de marché… Pas étonnant que la capitalisation boursière des banques ait augmenté de 50% ».
Sachs considère même que du point de vue du contribuable américain, le nouveau plan est pire que celui adopté l’automne dernier à l’époque de George W.Bush.  Il met également en évidence un autre effet pervers du système : si les banques veulent racheter leurs propres actifs pourris à des prix surfaits avec l’argent de l’Etat, en avançant seulement 7% de la somme, il sera très difficile de les en empêcher, car “il y a des tas de manières de le faire indirectement, comme par exemple acheter les actifs d’une autre banque qui en retour achètera les vôtres”.

Aucune excuse
Le plan de l’admnistration américaine, pas plus que les cadeaux fait à l’UBS, n’est nécessaire pour sauver l’économie. Rien ne justifie ces détournements d’argent public. Pour Jeffrey Sachs, « il existe d’excellentes alternatives ». Il propose par exemple de fonder une « bonne Citibank », qui reprendrait les activités viables, pendant que l’entreprise originelle, la « mauvaise Citibank », garderait les actifs pourris. Les actions de la « bonne Citibank », propriété de la « mauvaise Citibank », serviraient à indemniser les créanciers et les actionnaires de cette dernière, destinée à être liquidée.
Bien évidemment, un tel plan aurait également pu s’appliquer à l’UBS. Mais peut-être eût-il fallu que les principaux partis au pouvoir, ici comme aux Etats-Unis, n’aient pas été stipendiés par les banquiers…

25 mars 2009

Péclet et la défense hypocrite des rentiers

Défendre les rentiers du capital en faisant semblant de défendre le mérite des travailleurs : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet s’inquiète du « risque de passer d’une extrême à l’autre ». Il trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, qui est pourtant le cœur du problème. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, je suis sûr que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société.

21 mars 2009

Subvention communale pour les lave-vaisselle


« Le métal que nous récupérons n’est pas assez propre ! » C’est ce que le Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, présent in corpore hier soir à Espacité, tenait à faire savoir à la population. Cause du problème : les gens ne lavent pas assez bien les boîtes de conserves usagées. Beaucoup se contentent de nettoyer à la main, alors que les instructions figurant sur les bennes de récupération sont pourtant sans ambiguïté, comme nos lecteurs pourront le vérifier sur la photo ci-contre.  « Beaucoup trop de bactéries  survivent sans aucune difficulté à un lavage à la main et sécrètent ensuite des acides qui rendent problématique la cohésion du métal en fusion ». Pour assurer un recyclage optimal, le lave-vaisselle est indispensable.
Malgré tout, nos autorités reconnaissent qu’il n’est pas à la portée de tous d’accomplir ce devoir civique. « Il faut bien se rendre compte que tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter un lave-vaisselle », nous a rappelé un conseiller communal, « la Ville serait mal venue de faire la morale à ces gens sans leur donner les moyens d’agir ». Raison pour laquelle les personnes qui ne posséderaient pas encore de lave-vaisselle et auraient des difficultés à en acheter un peuvent dès à présent d’adresser à l’administration communale, qui leur octroiera, selon leur situation, des aides ciblées sous forme de prêts ou de dons. 

Non publié

Capital et travail: qui mérite quoi?


Défendre les privilèges en faisant semblant de défendre le mérite de ceux qui travaillent dur : c’est dans ce travers commun que tombe Jean-Claude Péclet dans son éditorial du 19 mars. En effet, M.Péclet trouve paradoxal que l’on s’attaque aux riches alors qu’ils sont « plus touchés que les classes moyennes par la chute des marchés ». Car pour lui, « le plus important pour celui qui part dans bas, est la possibilité de gravir les échelons s’il en montre l’énergie et la ténacité ».
A aucun moment, M.Péclet ne fait de distinction entre l’enrichissement par le travail et l’enrichissement par l’argent, alors que c’est bien ce dernier qui est la cause de la plus grande partie des inégalités. Un million bien placé peut rapporter l’équivalent du salaire d’un travailleur. De quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas organiser la société autrement ? Quel rapport entre la rente de celui qui se contente de placer son argent et le travail, la récompense, le mérite, l’esprit d’entreprise ? On me répond sans cesse que ce million qui rapporte des profits, il a bien fallu le gagner d’abord par la sueur. Si c’est le cas bravo, mais le travail en question mérite-t-il vraiment d’être payé une deuxième fois sous forme de profits ? Et puis qui osera prétendre que toutes les fortunes sont le résultat d’un travail honnête, plutôt qu’héritée du trafic d’esclave des temps passés ou acquises plus récemment par le trafic de drogue ? Lorsque la valeur d’un terrain est multipliée par dix grâce à l’essor économique d’une ville, pourquoi cette plus value revient-elle au propriétaire du terrain, qui n’a fourni aucun travail, plutôt qu’à l’ensemble des habitants ?
Sans aller jusqu’à des « extrêmes » socialistes qui ne sont pas à l’ordre du jour, j’espère que M.Péclet lui-même conviendra qu’une imposition plus élevée des revenus de l’argent et des gains spéculatif permettrait d’offrir une fiscalité plus basse et des taux d’intérêts privilégiés aux entrepreneurs tenaces qui veulent s’enrichir tout en fournissant un travail utile à la société. 

15 mars 2009

Endettement : agir à la source du problème



L’impartial et l’Express du 13 mars nous apprennent que nous sommes «
champions de Suisse » de l’endettement et que le conseiller d’Etat
Roland Débely veut « comprendre les mécanismes », puis « définir des
mesures » pour « atténuer les effets néfastes». On peut pourtant se
demander si le gouvernement cantonal ne devrait pas commencer par
balayer devant sa porte. Rappelons en effet qu’il a renoncé à
introduire un prélèvement à la source de l'impôt alors que les retards
de payement sont une cause importante de paupérisation, même pour les
« bons contribuables ». Ayant moi-même aidé les gens à remplir leurs
feuilles d’impôts au secrétariat du POP (qui est spécialisé dans cette
tâche depuis pas mal d’années), j’en ai rencontrés beaucoup qui ne
savaient pas que les bulletins de versement qu’ils reçoivent au cours
de l’année ne reposent que sur des estimations. Ayant tout payé
ponctuellement, ces contribuables expriment une stupéfaction
désespérée lorsque je leur explique qu’ils devront encore verser des
milliers de francs. L’Etat devrait, au strict minimum, mieux informer
les populations à risque : jeunes en fin de formation, étrangers qui
obtiennent un permis C (et ne sont donc plus imposés à la source comme
les permis B), chômeurs dont le revenu augmentera lorsqu’ils
retrouveront du travail.
L’autre source d’endettement importante est bien sûr le petit crédit.
Là encore, la volonté affichée par le Conseil d’Etat contraste avec
les affiches publicitaires omniprésentes qui incitent les gens à
s’endetter à des taux d’intérêts très élevés, alors que dans bien des
cas d’autres solutions existent (par exemple, négocier des facilités
de payement avec le dentiste coûte moins cher que d’emprunter à 12%).
La publicité jouant un rôle très important dans l’éducation de la
population, il semble évident que des messages incitant les gens à se
mettre dans la m… devraient être interdits. Si M.Debély voulait nous
convaincre de sa bonne foi, il devrait prendre clairement position en
faveur d’une loi fédérale allant dans ce sens.

09 janvier 2009

Avancée démocratique: inquiétude des autorités helvétiques.

Plus de 60 000 signatures valables ont été récoltées contre la loi sur le
passeport biométrique. Phénomène extraordinaire, car, comme nous le disent
l'Impar et l'Express du 8 janvier, "ce résultat n'a pas été obtenu par une
grande organisation politique ou de société civile: c'est le résultat des
efforts de groupes de jeunes qui ont su exploiter Internet en leur faveur"
(même si L'Impar et l'Express omettent de mentionner certaines
organisations ayant participé à la récolte de signatures, comme par
exemple le POP et le fan-club du FC Zurich).
Le vice-chancelier de la Confédération nous le rappelle: "Il n'y a eu
aucun vrai débat préalable lorsque la question a été discutée aux
Chambres". Il est réjouissant de
constater que les citoyens, ne se sentant pas représentés par le monde
politique, ont décidé d'agir.
Bizarrement, nos autorités semblent plutôt s'inquiéter de cette
vitalité démocratique. Le Conseil fédéral a entamé une réflexion,
préoccupé non par le fait que la loi avait été votée sans vrai débat,
mais au contraire par la réaction des citoyens, parce qu'il serait
devenu trop facile, à cause d'Internet, de récolter des signatures.
Nos ministres reprendraient-ils à leur compte la fameuse phrase de
Berthold Brecht: "le gouvernement a perdu la confiance du peuple, il
faut changer le peuple"?
Cette fantastique récolte de signature m'amène à en espérer d'autres,
notamment au sujet du scandaleux montage financier concocté l'an
dernier au profit de l'UBS. Pour être bref, et contrairement à ce
qu'avancent MM. Merz et Couchepin, tout a été combiné pour que cette
banque ne doive pas rembourser la totalité de l'argent qu'on lui
prête. Devant ce scandale, le recours à la démocratie directe s'impose
et l'idée d'une initiative fédérale a été avancée dans ce canton à la
fin de l'an dernier. Les événement récents m'incitent à espérer que
les pessimistes se trompent quand ils affirment que la récolte de 100
000 signatures représenterait une tâche trop gigantesque pour être
réalisée sans le soutien d'un grand parti politique.